Accueil
     |

L’art contemporain et la “vox populi”

Visite, il y a quelques jours, au Collège des Bernardins pour jeter un œil à son exposition inaugurale, du plasticien italien Claudio Parmiggiani. Un œil suffit largement, vu la pauvreté de “l’œuvre” exposée : des parois de verre fracassées, des cloches entassées, une bibliothèque dont on comprend, en lisant le dossier de presse, qu’elle est censée être la proie des flammes. Tout cela censé établir un “discours” – une fois encore d’une affligeante pauvreté – sur « la destruction et l’oubli ». A en croire les commentaires sur le livre d’or, cela mérite surtout l’oubli : « vandalisme », « saccage », « nullité » et « imposture » sont les mots qui reviennent sans cesse, manifestant une quasi unanimité de visiteurs d’autant plus choqués que ce fatras prétentieux jure péniblement avec un lieu superbe, et dont on avait cru comprendre que, du moins dans l’esprit de son initiateur le cardinal Lustiger, la vocation n’était pas de se conformer au gloubi-boulga aujourd’hui de saison – fût-il saupoudré de parmesan. Pourtant, y avait-il un lieu plus approprié que le collège des Bernardins pour qu’en matière d’art contemporain, la “vox Dei” se fasse – enfin ! - l’écho de la “vox populi” ?

L’euthanasie en échec ?

Le pire n’est pas toujours sûr. Alors que Nicolas Sarkozy avait tenu durant sa campagne présidentielle des propos ambigus et inquiétants sur le sujet, le rapport Leonetti, remis aujourd’hui au premier ministre, concluant sa mission d’évaluation de la loi sur la fin de vie, préconise le statu quo et exclut d’introduire en France l’exception d’euthanasie. Malgré de récurrentes tentatives de chantage à l’opinion – voir l’affaire Sébire –, le gouvernement semble désormais décidé à tenir bon sur la question, comme le laissaient présager les déclarations du président de la république recevant Benoît XVI à l’Elysée : « C’est parce qu’il y a la souffrance et la capacité à la surmonter que l’homme prouve sa dignité première », déclarait-il alors, en allusion au principal argument des défenseurs de l’euthanasie. Mais ne nous y trompons pas : ceux-ci n’ont nullement l’intention de relâcher la pression. Laurent Fabius s’apprête à déposer une proposition de loi pour légaliser l’aide active à mourir ; membre de la commission Léonetti, le député PS Gaëtan Gorce continue, dans « le Monde » du 3 décembre, à plaider pour l’exception d’euthanasie ; député du Nouveau Centre et lui aussi membre de la commission, Olivier Jardé n’hésite pas quant à lui à réclamer le droit de faire mourir « par sédation » les grands prématurés, dont il s’arroge le droit d’estimer que leur vie « n’a même pas commencé » et qu’ils représentent « un projet de vie inacceptable » ! Dans les débats bioéthiques qui vont occuper l’année 2009, souhaitons que nos dirigeants s’inspirent de la fermeté du grand duc Henri de Luxembourg, qui refuse actuellement de signer une loi légalisant l’euthanasie. Afin que jamais personne, politique, médecin, ou même membre de la famille, ne soit jamais en position de décréter à notre place ce qu’est un « projet de vie inacceptable ».

Silence complice autour d’une religieuse victime de l’insécurité « ordinaire »…

C’est un petit article en bas de la page 13 du « Parisien » de mardi : « Violence : une religieuse décédée après le vol à l’arraché de son sac à main ». L’affaire, qui s’est déroulée à L’Haÿ-les-Roses, dans le Val de Marne, remonte à samedi (3 jours plus tôt !) et personne n’en a parlé – surtout pas la télévision. L’histoire est pourtant « exemplaire » et « vendeuse » comme on pourrait le dire avec cynisme. Cette religieuse de 74 ans, tombée au sol après s’être fait dérober son sac, est morte quelques heures plus tard à l’hôpital. Victime, manifestement, d’une bande de jeunes terrorisant le quartier. La bonté, l’innocence et la fragilité sacrifiées ! Je suis accablé – et ulcéré.

Trois questions : 1. Pourquoi les télévisions ont-elles passé cette information sous silence ? 2. Pourquoi le gouvernement – et le chef de l’Etat, autrefois spécialiste de ces « effets de manche » – n’ont-ils pas eu un mot pour cette malheureuse et ne se sont-ils pas déplacés ? 3. Qui a intérêt, et pourquoi, à cacher la réalité aux Français ? C’est la France entière qui devrait être présente à ses obsèques. Elle sera seule, ou presque. Comme le jour où elle s’est faite agresser…

So-ro-ri-té !

Heureusement que l’irruption des femmes en politique, selon les tenants de la parité, était censée nous apporter un peu de tendresse dans un monde de brutes, sinon qu’est-ce que ça aurait été ! Ségolène Royal voulait un parti joyeux : c’est réussi. A côté de la violence de l’affrontement Aubry-Royal, la lutte inexpiable entre Sarkozy et Villepin ressemble à une longue lune de miel, la haine entre Chirac et Sarkozy à une partie de pétanque un peu disputée, les rivalités au sein de l’UMP à des facéties de jeunes chiots. On devrait pourtant le savoir depuis Margaret Thatcher, et les militants de l’IRA ou les syndicalistes du charbon peuvent en témoigner : la féminité en politique n’est pas incompatible avec la compétence ou la détermination, mais elle n’est en aucun cas une garantie de douceur et de bénignité, et la sororité n’est pas plus tendre que ne le fut, sous la Révolution française, le règne de la Fraternité. Et d’autant plus facilement que, comme on le voit bien avec Ségolène Royal, elle porte la politique sur le terrain des sentiments et de la morale. Car, lorsqu’on s’identifie au Bien, au Progrès et à la Fraternité, toute critique portée contre vous ne peut être qu’une infamie, toute opposition un coup bas, et toute défaite électorale le fruit d’une immonde tricherie – Ségolène Royal, en renonçant à contester formellement l’élection de sa rivale, ne s’est-elle pas félicitée d’avoir pu convaincre la moitié du parti « et même plus », ce qui, en bon français, ne peut vouloir que dire qu’on lui a volé sa victoire ? Aussi est-ce en toute Fraternité qu’on traitera ses adversaires des pires noms d’oiseaux et, au nom de la Joie, on mettra le pays à feu et à sang, en toute bonne conscience. Les partisans de Ségolène Royal croient défendre une assistante sociale ou une Mère courage : c’est sous la bannière d’une Médée, furieuse et enragée, qu’ils combattent en réalité.

Deseperate house(PS)wife !

C’est un inédit du célèbre feuilleton américain auquel nous assistons depuis samedi dernier. Mais contrairement à l’original, celui-ci est diffusé simultanément sur toutes les chaînes de télévision et les radios périphériques françaises. Martine et Ségolène ainsi que leurs porte-paroles s’y bousculent pour faire entendre leurs récriminations, dénoncer la tricherie (dans les camps adverses) et demander un nouveau vote car le résultat n’est pas celui escompté. Bel exemple donné par ces parangons de la moralité : généralement ils sont les premiers à donner des leçons de démocratie à la majorité, mais ils nous montrent surtout, à moins que je sois très naïf, qu’au Parti socialiste, la démocratie est à géométrie variable.

Investisseur avisé

C’est reparti ! L’Etat crée son fonds souverain, le fonds stratégique d’investissement chargé de protéger « les intérêts souverains de la France » mais aussi d’agir « en investisseur avisé » pour investir dans des PME de croissance , des entreprises moyennes d’avenir, des grandes entreprises cotées. C’est la Caisse des dépôts qui en détiendra la majorité et l’Etat 49%. Ce sera, en quelque sorte, un Wendel public. L’idée de défendre nos intérêts est en soi séduisante. Mais l’Etat est-il le mieux placé pour agir en investisseur avisé, détecter à l’avance les secteurs d’avenir, déterminer les bonnes stratégies industrielles ? Et comment concilier l’intervention de l’Etat au capital de sociétés privées avec les règles européennes garantissant une concurrence équitable entre les entreprises privées ? Ne risque-t-on pas de voir prévaloir les copinages politiques plutôt que l’intérêt économique dans les choix qui seront faits ? Le fonds sera financé à hauteur de 6 milliards d’euros par de l’argent emprunté sur les marchés qui viendront s’ajouter à une dette déjà colossale et par l’apport de participations dans les entreprises déjà détenues par la Caisse des dépôts et l’Etat. Cette nouvelle marque le retour en force de l’économie mixte dont la France a pourtant beaucoup souffert jusqu’au milieu des années 1990.

La Passion de Mesrine

De loin, on ne voit que ça. La photo d’une tête suppliciée, dévorée par la barbe, du front de laquelle perle une goutte de sang, comme d’une couronne d’épines. Le Christ, à coup sûr. D’autant que la pose, de profil, et le regard, dirigé vers le bas, évoquent immanquablement le dernier film en date sur la Passion du Christ, celui de Mel Gibson. Le Christ donc. Erreur : c’est de Mesrine qu’il s’agit, sous les traits de Vincent Cassel. Bien que le metteur en scène et l’acteur se soient répandus, à longueur d’interview, sur leur volonté de ne pas glorifier le criminel, l’intention de l’affiche n’est pas douteuse de le présenter en victime expiatoire de la violence étatique et de la répression policière. Comme n’est pas douteux le cynisme répété de ces artistes et publicitaires qui ne perdent pas une occasion de proclamer le mépris qu’ils éprouvent pour le christianisme (quand ce n’est pas de la haine), mais que ça n’empêche nullement d’y puiser quand l’imagerie catholique, détournée de son sens, instrumentalisée et désacralisée, peut leur permettre de remplir leur tiroir-caisse. Avant de voir cette affiche, j’avais plutôt de l’indifférence pour ce film mi-chèvre mi-chou. Bravo aux génies du marketing qui ont réussi à transformer cette indifférence en franche antipathie.

Black is beautiful

« Any colour as long as it’s black » : Henry Ford – qui n’aurait sans doute pas voté Obama – se vantait par cette formule de mettre à la disposition de ses clients des voitures de n’importe quelle couleur, du moment que c’était du noir. La formule, subliminalement, semble reprise par les thuriféraires d’Obama auquel, à en croire par exemple l’édito d’hier du Monde (« Obama a fait coïncider l’espoir avec le noir », écrit ainsi Eric Fottorino dans une de ces envolées poétiques dont il a le secret), sa couleur seule conférerait un caractère salvifique. Sur ce plan comme sur d’autres, la fortune médiatique d’Obama tient moins à lui-même, à sa personnalité, à son programme, qu’à ce qu’il symbolise : la réconciliation raciale, donc, mais aussi, la fin de l’ère Bush, de ce rapt fantasmatique que, selon leurs détracteurs, les néo-conservateurs auraient perpétré sur l’identité américaine. Mais, s’il est à peu près certain que l’élection d’Obama va effectivement (sans pour autant tout résoudre d’un coup de baguette magique) faire progresser la cause des minorités raciales aux Etats-Unis, on peut être à peu près tout aussi certain qu’il est condamné à décevoir ses partisans quant à ce qui est de la place et du rôle des Etats-Unis dans le monde. « L’Amérique peut changer », a affirmé Obama dans son discours de vainqueur, mais aussi « Nous sommes et nous serons toujours les Etats-Unis d’Amérique » : c’est-à-dire, expliquait Jean-François Colosimo dans son essai Dieu est américain (Fayard), un pays par essence messianique, abîmé dans un culte de lui-même qui est sa plus authentique religion, persuadé d’être un nouvel Israël chargé par la Providence d’apporter au monde la liberté, la prospérité et la paix. « Opposer une Amérique “démocratique” à une Amérique “religieuse” ne sert de rien », écrit Colosimo. « C’est au contraire toute la singularité des Etats-Unis que d’avoir constitué la démocratie en politique religieuse et en religion politique. » Et de citer par exemple le discours d’investiture de George Washington, qui pourtant n’était pas un “born again” à la mode Bush : « L’entretien du feu sacré de la liberté et l’avenir du modèle républicain de gouvernement reposent sur l’expérience qui en a été confiée au peuple américain et remise entre ses mains. » Et Obama, le 4 novembre, d’annoncer « une nouvelle aube du leadership américain ». Pour le moment, les commentateurs voient essentiellement en Obama un président noir. Ils ne devraient pas tarder à s’apercevoir qu’il est, d’abord, un président américain.

Sous les cocotiers !

Charles Milhaud, l’ancien président de la Caisse nationale d’épargne, a dû renoncer à son poste à la suite d’une fraude qui a coûté aux Caisses d’épargne 750 millions. Il est parti sans indemnité. Nous avons appris quelques jours plus tard qu’il conservait la présidence d’Oceor, filiale de l’Ecureuil qui regroupe des établissements en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, à l'Ile Maurice, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à la Réunion, dans les Antilles, au Luxembourg, en Tunisie et au Maroc. Pour calmer les inquiétudes soulevées par cette information, Oceor a précisé que Charles Milhaud n’aurait pas de fonctions exécutives, autrement dit qu’il n’aurait pas grand-chose à faire. Gageons cependant que la surveillance de ces établissements nécessitera quelques déplacements, sans doute fatigants, mais pas sans agréments. Pas de parachute, mais un transat doré.

Quand l’UMP promeut la « discrimination positive ethnique » !!!

En plein milieu des turbulences de la crise, le sujet pourrait paraître accessoire. Il ne l’est pas, tant il participe, en plus des mesures économiques étatistes, à l’actuelle « gauchisation » de la droite. De quoi s’agit-il ? De la proposition complètement folle que fait sur son blog Benjamin Lancar, le président des Jeunes UMP : « Je suis favorable, écrit-il, à une discrimination positive temporaire sur critères ethniques » - en faveur des minorités s’entend, sans quoi il s’agirait, bien sûr, de racisme ! Cette idée, Lancar, imposé par Sarkozy à la tête de la « relève » de l’UMP, l’avait déjà publiquement évoquée quelque jours plus tôt à Nice devant un autre ultra-sarkozyste, Christian Estrosi. Lequel n’avait (déjà) pas réagi… Est-ce à dire que c’est ce que pensent Sarkozy et plus généralement l’UMP aujourd’hui ? Espérons que nous serons nombreux à leur faire savoir que pour nous, c’est NON !

Au secours, le socialisme revient !

Avec la crise économique, les idées socialistes relèvent la tête. Même Sarkozy se reconnaît socialiste au parlement européen. Eric Woerth pourfend les paradis fiscaux. La majorité se félicite que le libertin Dominique Strauss-Kahn soit maintenu au FMI pour contenir les libéraux encore trop nombreux à son goût au sein de l’institution. En France les préfets sont mobilisés pour surveiller les banques. A quand le retour de la planification ? La gauche pourrait bien gagner à la corbeille ce qu’elle avait perdu dans les urnes.

Save the date for the Académie !

C’est une épidémie qui, depuis environ un an, ne cesse de faire des ravages : les traditionnelles mentions « A vos agendas ! » ou « Réservez cette date » qui accompagnaient les communiqués de presse et autres invitations à des vernissages ou à des conférences de presse se sont volatilisées au profit d’un universel et barbaresque « Save the date ». Si une telle unanimité dans le conformisme anglo-saxon et l’aplatissement langagier n’étonne guère, provenant du milieu particulièrement moutonnier des attachés de presse, on doit confesser un singulier abattement lorsqu’un courrier électronique vous enjoint de « save the date » pour la remise d’un prix décerné par… l’Académie des beaux-arts. Même si, en l’occurrence, le coupable semble être le service de communication du mécène de ladite manifestation, à savoir Fimalac, voir les locataires de l’Institut se prêter, même par ce biais détourné, à pareil escamotage de la langue française, a quelque chose de particulièrement désolant. Comme s’il signalait un universel consentement, y compris de ceux qui devraient être ses ultimes défenseurs et illustrateurs, à une humiliation généralisée de notre langue à coups de jargon publicitaire qui l’ignore, de logiciels informatiques qui la martyrisent (qui se soucie que désormais, grâce à l’informatique, les césures en fin de ligne se pratiquent à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire n’importe où dans le mot ?), de branchitude à deux sous. On sait qu’en médecine, tout traitement est inutile quand le patient n’a plus la volonté de survivre. Est-il encore utile de se pencher au chevet de la langue française ?

Expérience vécue d’une insécurité qui n’a pas diminué…

Samedi, 1h 30 du matin. Un coup de fil du commissariat du Vème. Mon fils, 16 ans, et l’un de ses amis viennent de se faire agresser place du Panthéon. Leurs portables ont été dérobés par quatre « jeunes » d’une vingtaine d’années. Je viens donc chercher mon fils pour déposer plainte au commissariat et discute avec plusieurs policiers. La soirée de ces « jeunes » a été une longue succession de violences : à 23h, ils ont tenté de s’introduire par la force, dans une soirée privée, dont l’un des organisateurs a été frappé au visage et plusieurs participants fouillés ; à partir de 23h 30, outre mon fils et son ami, quatre autres personnes seront « dépouillées » de leurs portables – l’une d’elle ayant résisté recevra plusieurs coups de poings. Je m’étonne que la place du Panthéon soit devenue une zone d’insécurité. « Tous les week-ends, me répond un policier, de grandes beuveries sont organisées, qui se terminent en vols et en bagarres. C’est un lieu à absolument éviter la nuit, comme les alentours du champ de Mars et les berges de la Seine » - bref, trois des lieux les plus touristiques de Paris ! « Les jeunes de banlieue viennent y faire leur « course » », m’explique un policier. J’apprends, du même coup, que ces violences sont en constante augmentation. « Vous êtes journaliste, me lance un policier, comment expliquez-vous que les médias l’écrivent si peu ? » Effet de mode ? Chiffres truqués ? Consignes « d’en haut » ? Autocensure ? J’ai promis à ce gardien de la Paix de lancer le débat sur mon blog (qu’il consultera).

Voilà qui est fait. Nous attendons maintenant vos réponses et témoignages.

Jargon pédagogiste

C’est un « chantier » auquel s’est attaqué Xavier Darcos dès son arrivée : la réforme des programmes de l’école primaire, qu’il voulait « recentrer » sur les disciplines fondamentales (le français et les maths) et simplifier pour qu’ils soient compréhensibles par tous, bon nombre de parents n’entendant plus rien à ce qu’apprennent leurs enfants. C’est chose faite dans les instructions officielles : les programmes sont clarifiés. Reste que l’édition scolaire n’a pas encore suivi ce mouvement et que la lecture des manuels en circulation laisse pantois. Un exemple ? Le fils d’un de mes amis vient d’entrer en Cours Préparatoire cette année. Son école a choisi une méthode, Super Gafi CP, accompagnée d’un cahier d’exercices. Je ne résiste pas à vous citer un extrait de l’avant-propos de ce cahier : « Les premiers exercices des pages de gauche entraînent à l’automatisation de la prise d’indices auditifs et visuels élémentaires : discrimination de sons et de lettres, reconnaissance de combinaisons de base, maîtrise de la combinatoire, développement de la lecture par voies indirecte et directe… Ces activités vont du simple au complexe puisqu’elles partent du rapport lettre/son pour aller au mot et à la phrase. Elles permettent aux élèves d’atteindre une maîtrise du son telle qu’ils peuvent s’en libérer pour privilégier le sens ». Si quelqu’un y a compris quelque chose, qu’il soit assez gentil pour m’expliquer le sens de ce jargon…

Entre les oreilles

On l’a écrit dans le guide cinéma du dernier VA : “Entre les murs”, le film de Laurent Cantet, est atteint de schizophrénie galopante. D’un côté, un constat assez réaliste, celui de profs condamnés, dans certains établissements “difficiles”, à s’épuiser en négociations permanentes pour obtenir de leurs élèves quelques minutes d’attention – où, aussi, est forte la tentation, pour y parvenir, de s’abaisser au niveau des élèves, de leurs approximations, de leur jargon, de leur confusion mentale. De l’autre, un constat quasi idyllique, où finalement, à une ou deux exceptions près, les élèves, contents de leur année, en ont appris beaucoup plus qu’il n’y paraissait, assez savants même pour réinventer “la République” de Platon avec leurs mots à eux. Comme cette conclusion irénique n’occupait que les dix dernières minutes du film, on pensait naïvement que les commentaires allaient davantage s’attarder sur les deux heures qui précédent. Mais à lire la déferlante d’optimisme des critiques parues dans la presse, on se demande si nos confrères ne sont pas arrivés dix minutes avant la fin. De “Libé” qui y voit un apprentissage de la démocratie et la description d’« une institution en état de marche », au “Monde”, qui y reconnaît une moderne leçon de maïeutique, en passant par “l’Express”, où Daniel Pennac y trouve une parfaite illustration de l’art d’enseigner, ou “Télérama”, qui y voit surtout un « feu d’artifice de la langue » – il n’y a pas jusqu’au metteur en scène lui-même, dont on finit par se demander s’il a vu son film, qui ne l’interprète comme une réfutation du « fantasme » sur la faillite de l’école. Alors qu’“Entre les murs” est au contraire symptomatique, à l’évidence, de l’impossibilité d’enseigner dans un système où la négociation et la séduction ont remplacé l’éducation, où l’autorité a disparu devant l’égalité, où, comme le montre excellemment Jean-Noël Dumont dans une tribune du “Figaro”, la règle n’est plus posée, mais sans cesse réinventée. Quoi qu’en pensent tous les sectateurs obséquieux du monde tel qu’il ne va pas, la pédagogie décrite et proposée, par “Entre les murs”, condamne les élèves à sortir de l’école sans avoir grand-chose entre les oreilles. Et à être les éternelles victimes de ceux qui les condamnent, par démagogie ou conservatisme, à la médiocrité.

     |