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(Horte)feu le repos dominical ?

Quelle mouche a piqué Brice Hortefeux ? Annoncer, à quelques jours des défilés syndicaux du 1er mai, le dépôt d’une nouvelle proposition de loi sur l’extension du travail le dimanche ; donner cette information un dimanche et, cerise sur le gâteau, que ce soit un ministre qui se charge d’annoncer ce qui est censé être une initiative parlementaire : tout cela ressemble à s’y méprendre à une provocation. Si l’on ajoute que cette annonce pour le moins prématurée (la proposition de loi, qui n’a pas encore d’auteur bien qu’elle ait déjà un contenu, ne sera pas inscrite à l’ordre du jour avant juillet) coïncide avec une nouvelle montée des chiffres du chômage (63 400 chômeurs supplémentaires en mars, ce qui porte le total de demandeurs d’emploi à 2,44 millions), tandis que de plus en plus d’entreprises mettent partiellement leurs employés au chômage technique, cette nouvelle offensive contre le dimanche paraîtra pour le moins décalée. Et même carrément surréaliste si l’on entend le ministre du Travail expliquer sur tous les tons sa volonté de « bien souligner qu’il ne s’agit pas d’une remise en cause du repos dominical ». On a beau être habitués, à chaque fois que l’Europe fait un pas vers la supranationalité, à entendre nos gouvernants nous expliquer que c’est pour mieux défendre l’Etat-nation, ce genre de grand écart orwellien n’en écorche pas moins les oreilles. Sans revenir une fois encore sur la contradiction criante d’une politique qui se veut « de civilisation » tout en détricotant, maille à maille, tous les repères qui distinguent une société civilisée d’un simple agglomérat d’individus, on comprend mal au nom de quelle pseudo efficacité économique il faudrait consentir cette nouvelle entorse au principe du repos hebdomadaire : alors que la crise économique et financière met le pouvoir d’achat à rude épreuve, qui peut sérieusement croire que l’ouverture des hypermarchés un jour de plus va miraculeusement inciter les gens à dépenser davantage ? La veille de l’annonce de M. Hortefeux, “le Monde” publiait en une un article montrant que « les consommateurs boudent les grandes surfaces », le directeur du Credoc y voyant même un signe de « la fin de l’ère de l’hyper-consommation ». Apparemment, au gouvernement, on n’est plus abonné au “Monde”…

Hommage à Maurice Druon

On dirait qu’il n’a écrit que le Chant des partisans avec son oncle Joseph Kessel et les « Rois maudits ». Quelle richesse pourtant que la pensée, l’écriture et l’action de Maurice Druon. Emporté par une maladie encore plus tenace que lui le 14 avril, il aurait eu 91 ans la semaine prochaine. Citant son ami Pierre Messmer, il disait : « Je n’aime pas les coups d’encensoir, ça fait mal à la tête. » Il aura mal à la tête ces jours-ci et pour de bonnes raisons. Officier de cavalerie à Saumur à vingt ans, engagé dans la France Libre, romancier à succès, gaulliste militant, il devait être ministre de la Culture de Georges Pompidou qu’il aimait avant d’être élu député de Paris. Mais c’est à l’Académie française qui l’avait élu en 1966, à 48 ans, qu’il aura réservé ses plus beaux textes. Comme académicien et comme secrétaire perpétuel durant quinze ans. Il en aura été jusqu’au bout le bretteur infatigable. « Quand passent les défilés qui célèbrent l’honneur de la nation, disait-il, ce n’est le porte-drapeau qu’on salue, c’est le drapeau. » Lui incarnait à la fois le porte-drapeau et le drapeau. C’était un imprécateur pour la défense du français. Il prononçait des mots de colère avec une voix qui résonnait comme un cantique dans une cathédrale. « Cette langue a donné noblesse à notre littérature, notre histoire, notre philosophie, notre droit. Et ne pas avoir souci de lui conserver ses vertus, c’est ne pas aimer la France. » Il dénonçait ceux qui la défigurent, « les principaux agents internes des dégradations langagières : les micros de l’audiovisuel, l’industrie publicitaire et une partie du corps enseignant… » Il ajoutait : « Vais-je une fois de plus m’indigner de ce que les personnels parlants de la radio et de la télévision du service public n’aient à satisfaire à aucune épreuve, aucun examen d’élocution et de diction, alors que ce sont eux qui mettent le français dans l’oreille de la jeunesse, eux qui sont les propagateurs les plus ordinaires des impropriétés, absences d’accords, barbarismes, et toutes autres impuretés ? » Il accusait : « C’est en travestissant le sens des mots que les sociétés perdent leurs repères et s’aveulissent. C’est en maquillant le sens des mots que le communisme, le nazisme ont bâti des empires affreux où l’oppression et le crime tenaient lieu de morale. » Peut-on résister à citer de lui cette définition de la démocratie ? « Un régime politique d’aristocrates qui se tiennent tous pour égaux. Sa finalité est d’élever sans cesse, par la formation donnée, les couches dites inférieures de la société vers une aristocratie idéale, et non pas de chercher à abaisser les élites pour les aligner sur le dernier niveau. »

Où est le scandale ?

Thierry Morin, le patron de Valeo, a donc été remercié avec une indemnité appréciable de 3,2 millions d’euros. A peine 17 % de l’apport de 19 millions du fonds d’investissement stratégique dans l’équipementier automobile. Et quel investissement plus stratégique que de se débarrasser d’un patron dont on ne partage pas les vues ? Le montant est colossal direz-vous. Oui, mais il a été examiné par le conseil d’administration qui a jugé qu’il était mérité selon le critère : "si on enlève les pertes, l’entreprise est encore bénéficiaire en 2008". Vous trouvez cette procédure peu convaincante ? Pourtant, quand on consulte les documents de référence de la société sur leur site, on peut lire page 24 que « la « Procédure d’évaluation des managers » a été retenue par la Halde comme étant une pratique exemplaire ». Alors silence, les jaloux et les grincheux !

		

L’Afrique réduite au préservatif

C’est une toute petite phrase sur lesquels la presse occidentale s’est jetée, en la tronquant de moitié, comme si elle y avait vu une occasion facile et formidable d’occulter le voyage de Benoît XVI en Afrique, de masquer la forêt de messages, de discours et de gestes faits par le pape durant ces six jours derrière l’arbre pourtant squelettique d’une déclaration détournée de son sens : « On ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème. » Ce bout de phrase unique est cité en boucle quand le pape a dit en réalité : « Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème du SIDA uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n'y met pas l'âme, si on n'aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un avec l'autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. » “Uniquement”, “si” : ces deux mots indiquent clairement que le pape n’a pas dit que le préservatif était absolument à proscrire, seulement qu’il ne pouvait résoudre le problème à lui seul, en l’absence de toute éducation des comportements ; faute de laquelle le préservatif ne pourrait être compris que comme un encouragement au vagabondage sexuel, qui est précisément à l’origine du problème. Une évidence à l’aune des carences des politiques de santé fondées sur le tout-préservatif. Mais on sait qu’il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Le père Lombardi a eu raison de dire que le pape avait heurté là « l’idéologie » du préservatif, érigé en absolu car symbole de la libération sexuelle que l’Occident voudrait imposer au monde entier. Et les cris d’orfraie poussés par la bien-pensance médiatique sur les déclarations du pape n’avaient sans doute d’autre but que de rendre inaudible, en le caricaturant, le message de Benoît XVI. Au risque, pour ceux qui se présentent comme les défenseurs du continent noir, de limiter l’Afrique et ses souffrances à cette ridicule “guerre du préservatif”.

Mauvaise conscience, quand tu nous tiens…

Décidément la droite n’en finit pas d’avoir peur de son ombre. Pierre Méhaignerie, député UMP et membre de la commission des finances vient de lancer une attaque frontale contre la politique fiscale du gouvernement qu’il est censé soutenir, pour le plus grand plaisir de la gauche. D’abord, en proposant de suspendre, voire supprimer le bouclier fiscal qui plafonne le montant maximum des prélèvements directs de l’Etat et des collectivités locales à 50% des revenus. Ensuite, en introduisant subrepticement un amendement pour surtaxer les hauts revenus. Cette politique est suicidaire pour la droite qui n’a pas été portée au pouvoir pour augmenter les impôts et entretenir un climat de lutte des classes entre les « riches » et les pauvres. La gauche fait très bien ce travail. Elle est mortelle pour l’attractivité de la France en entretenant un climat d’insécurité fiscale qui dissuade les grosses fortunes de rester ou de revenir en France. Sous couvert « d’équité » et de « solidarité » elle risque d’approfondir la crise. Car sans capitaux, il n’y a pas de créations d’emplois et de mémoire de communistes jamais un sou retiré aux riches n’a enrichit un pauvre, bien au contraire. La seule manière intelligente de critiquer le bouclier fiscal, c’est de dénoncer une usine à gaz qui n’a de raison d’être que d’atténuer les absurdités de l’ISF que la droite n’a pas osé supprimer. Cela dit, rien n’empêche de maintenir le bouclier fiscal et de supprimer l’ISF qui n’est plus, pour une immense majorité de ses redevables , qu’un impôt foncier supplémentaire.

Benoît XVI et les loups

Une fois de plus, Benoît XVI impressionne par sa hauteur de vue dans la lettre qu’il a adressée aux évêques du monde entier pour dissiper les malentendus consécutifs à la levée des excommunications des évêques lefebvristes. Au-delà des nécessaires clarifications (pas de réintégration de la Fraternité Saint-Pie X « tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies » ; celle-ci doit accepter la totalité du magistère, mais ceux qui se réclament de Vatican II doivent pour leur part cesser de l’opposer au magistère préexistant), ce qui frappe le plus est la surprise douloureuse du pape à constater que « que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir ce qu’il en était, aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester ». D’une manière qui évoque les analyses de René Girard sur le bouc émissaire, le pape constate : « Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine. Et si quelqu’un ose s’en rapprocher – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve. » Dès sa messe d’intronisation, en 2005, Benoît XVI avait demandé : « Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups ». Sans doute pensait-il avant tout aux loups qui cernent l’Eglise. Aujourd’hui, ce sont ceux qui hurlent à l’intérieur de l’Eglise qui déclenchent sa tristesse : Benoît XVI cite saint Paul et l’Epitre aux Galates : « “Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres !” J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce “mordre et dévorer” existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. » Alors que l’Ecriture nous met en garde : « Tout royaume divisé contre lui-même va à la ruine », les chrétiens seraient bien inspirés de s’aviser, à la lueur des crises récentes et de la christianophobie qui s’y est donné libre cours, que les guerres intestines et le mépris entre chapelles voisines sont un luxe qu’ils ne peuvent plus se permettre.

Amalgames “citoyens”

Il y a longtemps que les cinéastes français, souvent plus compétents dans le maniement des clichés politiquement corrects que dans l’art de raconter une bonne histoire caméra en main, “nous les brisent menu” comme aurait dit Audiard, en nous donnant des leçons sur notre insuffisant accueil des immigrés, et le prétendu racisme des Français. Philippe Lioret, qui lui connaît son métier, mais dont le récent Welcome creuse le filon moralement juteux de la défense de l’immigration illégale, a jouté l’odieux à l’imbécile en comparant la situation des clandestins dans la France de 2009 à celle des juifs en 1943. Justement rappelé à l’ordre par le ministre de l’Identité nationale Eric Besson, Lioret s’enferre dans un discours maximaliste, fidèle à l’idéologie régnante dans les milieux bien-pensants, selon laquelle toute tentative de réguler un tant soit peu l’immigration (et Dieu sait que la politique française en la matière est bien loin de l’ambition qu’appellerait l’importance du phénomène) est une atteinte insupportable aux droits de l’homme et du citoyen. Lioret, justement, dit avoir tourné son film en « citoyen révolté ». Cet usage du mot citoyen pour défendre une vision du monde qui vise au nomadisme, qui est l’absolu contraire de la citoyenneté, et qui dénie concrètement à l’Etat le droit de défendre ses frontières, qui sont pourtant la condition nécessaire de toute citoyenneté, est symptomatique de la novlangue des intellectuels au petit pied qui prétendent faire l’opinion. La citoyenneté dont se réclame Philippe Lioret n’est qu’une utopie sentimentale, qui nie tous les cadres concrets qui font la citoyenneté réelle : une “citoyenneté” qui rejette la nation, la communauté naturelle, l’Etat de droit, les règles qui permettent de vivre ensemble. Avec de telles prises de position, les cinéastes français ne sont pas seulement « les idiots utiles du patronat », comme le disait récemment Eric Zemmour à Costa-Gavras, ils sont surtout les idiots utiles de l’anarchie qui vient et de la barbarie qui la suit de très près.

L’arroseuse arrosée

Ainsi donc, Ségolène Royal a porté plainte en référé contre Paris-Match, qui publie en “une” et en pages intérieures le reportage d’un paparazzi la montrant au côté de son nouveau compagnon. Et l’ex – et perpétuelle – candidate socialiste de déplorer cette « atteinte à sa vie privée ». Une preuve de plus que le principe de non-contradiction n’existe pas pour cette femme (elle n’est certes pas la seule dans ce cas) qui ne rate pas une occasion de la mettre en scène, cette vie privée, à des fins politiques, pour se plaindre aujourd’hui hypocritement que son exposition vienne parasiter son discours politique – alors même que cette exposition attire à nouveau les feux de l’actualité sur elle. De ses accouchements – dans Paris-Match déjà ! – à l’annonce de sa rupture avec François Hollande – soigneusement distillée par Royal en pleine soirée électorale, dans le but évident de parasiter la communication politique de ses rivaux du PS –, rupture dont l’annonce lui permettait d’endosser une fois de plus son rôle préféré, celui de femme offensée, humiliée, tyrannisée, mais “debout”, la madone du Zénith n’a jamais hésité à étaler son intimité pour faire parler d’elle. Faire parler de soi, en mal ou en bien, telle semble être l’unique philosophie politique (qu’elle n’est certes pas la seule à mettre en pratique) d’une femme qui a bien compris qu’elle vivait dans un pays qui confond l’agitation avec l’action, la pétulance avec la pertinence, l’effervescence avec l’efficience. Au risque d’irriter encore un peu plus tous ceux qui aimeraient la voir s’infliger une salutaire – et durable – cure de silence.

L’identité, c’est bon pour les autres

On ne se lasse pas de s’émerveiller de la façon dont les mots changent de sens, ou de coefficient de moralité, suivant le contexte ou celui qui les emploie. Prenez “identité”, par exemple. Menée par des peuples européens, une lutte identitaire n’est forcément qu’une “dérive populiste” qui ne saurait manquer de rappeller les “zheures-les-plus-sombres-de-notre-histoire”, au mieux une résistance absurde à “l’inéluctable uniformisation européenne”. Menée par un peuple d’Asie ou d’Afrique, elle devient aussitôt une défense légitime de ses us et coutumes face à l’“impérialisme occidental” et à une mondialisation abusivement nivellisatrice. Le dalaï-lama se verra régulièrement saluer pour sa défense courageuse de son identité culturelle et spirituelle, tandis que Benoît XVI, à chaque fois qu’il tente d’écoper la barque de l’Eglise catholique, se voit stigmatisé pour cause de “repli identitaire”. En France, l’annonce par le candidat Sarkozy de la création d’un ministère de l’Identité nationale fut perçue comme une telle provocation à l’égard du magistère médiatique qu’aussitôt nommés, ses titulaires successifs s’empressèrent de préciser que l’identité “républicaine”, c’était bien évidemment “l’accueil de l’autre” et la France comme terre indiscutable d’immigration. Mais lorsqu’il s’agit de Guadeloupe, comme par miracle, la “lutte identitaire” des partisans d’Elie Domota est relatée par les médias parisiens comme la légitime rébellion des “descendants d’esclaves” contre un “système colonialiste”. Où l’on voit une fois de plus qu’à Paris, la phobie anti-identitaire est d’abord et surtout une haine de soi.

Le diable porte Pierre

Depuis le début de “l’affaire des excommunications”, je ne peux m’empêcher de penser qu’en cette polémique, le diable porte Pierre : à savoir que les déclarations scandaleuses de Mgr Williamson – peut-être faites avec l’intention de saborder le processus de réconciliation entre Rome et les lefebvristes, et en tout cas opportunément diffusées avec cette arrière-pensée – pourraient avoir pour conséquence paradoxale de le faciliter : certes Rome va être contrainte en la matière à plus de lenteur que prévu, le temps de laisser retomber l’agitation médiatique, mais enfin celle-ci affaiblit considérablement le “camp du refus” au sein de la Fraternité Saint-Pie X.

Et lorsque le temps des négociations pratiques et des discussions doctrinales sera venu, les lefebvristes devraient s’en trouver beaucoup plus accommodants, tant cette affaire les place en position de faiblesse (il n’y a d’ailleurs qu’à voir le ton très humble des dernières prises de position de Mgr Fellay, ton auquel il ne nous avait pas toujours habitués). D’autant que d’autre part, ces déclarations intempestives de Mgr Williamson ont contraint les lefebvristes à des clarifications qui devraient contribuer à dissiper, à terme, les amalgames qui les ont longtemps empêchés d’être audibles. Impression confirmée mardi dernier, sur le plateau de la Chaine histoire où je participais à l’enregistrement d’un débat sur ce sujet organisé par Michel Field (visible sur internet à l’adresse suivante : http://www.histoire.fr/histoire/emissions/histoire-grand-debat/0,,4247818-VU5WX0lEIDQ5Ng==,00-benoit-xvi-l-u). J’ai été surpris d’y constater, en effet, que l’hostilité ambiante vis-à-vis de la Fraternité Saint-Pie X y était bien moindre que ce à quoi je m’attendais. Comme si, par son extrêmisme, Mgr Williamson avait presque fait basculer le reste de la Fraternité, qui a rejeté ses propos et clairement condamné toute forme d’antisémitisme, dans le camp des gens “fréquentables”.

Comme quoi il faut toujours se méfier des coups tordus, dont les rebonds peuvent être forts différents de ce que l’on en espérait.

La Culture toujours affermée à la gauche

S’il est un domaine où l’on se doutait qu’aucune rupture, hélas, n’aurait lieu, c’est bien celui de la Culture. Il n’en est pas moins consternant de voir que Nicolas Sarkozy a confié le nouveau Conseil pour la création artistique, chargé d’inspirer la politique culturelle de l’Etat (une occasion de plus de se demander à quoi peut bien servir le ministère de la Culture) à Marin Karmitz, producteur de cinéma estimable mais qui reste régi par ce progressisme utopique si bien partagé chez les professionnels du cinéma. Le Monde daté de vendredi lui consacre un portrait. On y lit que cet ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, « toujours à gauche et rebelle », « revendique plus que jamais Mai-68 », ce Mai-68 avec lequel le candidat Sarkozy, dans des temps préhistoriques, nous invitait à rompre. C’est à croire que la droite ignore encore tout des thèses de Gramsci sur l’hégémonie culturelle comme moyen de l’hégémonie politique. La gauche qui, elle, les connaît et les applique sans discontinuer depuis soixante ans, et n’aurait pas fait l’erreur de nommer à un poste de responsabilité culturelle un maurrassien non « repenti », peut se consoler de ses défaites électorales en songeant que le pouvoir culturel n’est pas près, lui, de lui échapper.

Morale, éthique et liberté.

Au moment où Carla Bruni nous apprend dans Le Point que le mot qu’elle déteste le plus est « morale », on n’a jamais tant fait la morale aux chefs d’entreprises et aux banques. Ainsi apprend-on qu’il serait contraire à l’éthique que Renault distribue, comme il s’y était engagé, un dividende et qu’il serait immoral que les actionnaires, ces monstres au cœur glacé, bénéficient de revenus alors qu’il existe tant de souffrance et de pauvreté dans le monde ! Mais comment compte-t-on financer les entreprises pour lesquelles les banques sont si réticentes à engager les fonds qui leurs sont confiés par leurs clients, sinon par des augmentations de capital ? Et quel épargnant risquera ses fonds dans une entreprise si on lui dit d’avance qu’il n’en tirera aucun revenu au prétexte que c’est immoral ? Comment compte-t-on freiner la chute de la Bourse si on coupe le seul parachute qui la retenait encore, celui des rendements ? S’agissant de Renault, certains objecteront que l’Etat étant prêt à lui accorder son aide, il serait fort de café que l’argent des contribuables serve à engraisser ces ignobles actionnaires ! Sauf que l’Etat étant actionnaire, les contribuables récupéreraient une partie de leur argent. Mais ce qui est immoral, n’est-ce pas que l’Etat soutienne les constructeurs automobiles qui n’ont pas su anticiper la crise et prévoir les modèles suffisamment compétitifs et attrayants pour la clientèle ? A moins que l’Etat ne fasse que réparer ce qui rend nos voitures trop chers : trop d’impôts et de charges sociales ? Finalement, Carla Bruni a bien raison de détester la morale et de lui préférer le mot liberté. Encore faudrait-il que ce mot s’applique aussi à la gestion des entreprises et pas seulement aux anciens terroristes italiens qu’elle affectionne.

Ps Parmi les immondes actionnaires on trouve des millions de Français que le gouvernement a incité à investir leurs contrats d’assurance en actions en leur faisant la morale : il fallait, leur disait-il préférer l’épargne à risque. En matière de risque, ils ont été servis.

Mauvaise conscience

"Mon principe à moi, c'est qu'il ne faut pas renoncer à des alternatives au capitalisme. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas trouvé jusqu'à présent d'autre système -il faut le reconnaître de manière réaliste- (...) qu'il ne faut pas continuer à chercher, car ce système est quand même très très injuste", a déclaré le directeur général de l’OMC, membre du parti socialiste, dans un entretien sur France-inter… Ainsi donc, le responsable de l’organisation mondiale dont l’objet est de promouvoir l’économie de marché sur la planète, de lutter contre les monopoles, les subventions indues et les entraves à la libre circulation des marchandises éprouve-t-il des scrupules à défendre des valeurs qui sont l’essence même du capitalisme. Ancien directeur général du Crédit Lyonnais aux côtés de Jean Peyrelevade, il sait ce que manier des capitaux veut dire. Ancien directeur de cabinet de Jacques Delors à l’Union européenne puis commissaire européen au commerce international, il a œuvré au développement d’une Europe capitaliste s’il en est. Cet ex membre de la commission de prospective du Medef nous dit aujourd’hui que le capitalisme est injuste. Une hypocrisie bien digne d’un énarque socialiste issu de la promotion Léon Blum ! Il a heureusement l’honnêteté de reconnaître qu’on n’a pas trouvé jusqu’à présent d’autres systèmes ! Et si c’était l’injustice même du système qui le rend efficace en donnant aux ambitieux l’espoir d’être récompensés de leur talent et de leurs efforts ? Et si le souci de justice, la plupart du temps réduit à une égalité mortifère qui inspirait les tentatives d’alternatives n’était pas précisément la cause de leur échec ? Bref, attendons maintenant la dénonciation de la monnaie par Dominique Strauss-Kahn, le directeur général, socialiste lui aussi, du fonds monétaire international.

Conversation patagonne

Au fin fond de la montagne patagonne où j’étais en villégiature, discussion sur la crise mondiale avec une excursionniste australienne. Laquelle m’apprend que l’impact de la crise dans son pays sera amorti grâce à l’excellent état des finances publiques : « Bien sûr, me dit-elle en ignorant tout de mes opinions politiques, nous avons actuellement un gouvernement travailliste ; mais le précédent gouvernement conservateur a laissé les caisses tellement pleines qu’il y a tout l’argent nécessaire pour soutenir l’activité économique. » Cette brave sexagénaire tranquillement conservatrice s’attendait sans doute à ce que je lui dise qu’il en est de même en France, puisque la droite y est au pouvoir depuis 2002. Le Chili ne me paraissant pas l’endroit le plus approprié pour expliquer à cette dame que la droite française est une gestionnaire aussi maladroite des deniers publics que notre gauche, et disserter sur cette exception française qui fait que nos caisses sont désespérément vides quelle que soit la majorité en place, la dépense publique étant chez nous une vache sacrée que ni l’un ni l’autre camp n’a le courage de bousculer, je profitai habilement du passage d’un condor pour détourner la conversation : « Oh, un condor ! » Et le condor passa.

L’art contemporain et la “vox populi”

Visite, il y a quelques jours, au Collège des Bernardins pour jeter un œil à son exposition inaugurale, du plasticien italien Claudio Parmiggiani. Un œil suffit largement, vu la pauvreté de “l’œuvre” exposée : des parois de verre fracassées, des cloches entassées, une bibliothèque dont on comprend, en lisant le dossier de presse, qu’elle est censée être la proie des flammes. Tout cela censé établir un “discours” – une fois encore d’une affligeante pauvreté – sur « la destruction et l’oubli ». A en croire les commentaires sur le livre d’or, cela mérite surtout l’oubli : « vandalisme », « saccage », « nullité » et « imposture » sont les mots qui reviennent sans cesse, manifestant une quasi unanimité de visiteurs d’autant plus choqués que ce fatras prétentieux jure péniblement avec un lieu superbe, et dont on avait cru comprendre que, du moins dans l’esprit de son initiateur le cardinal Lustiger, la vocation n’était pas de se conformer au gloubi-boulga aujourd’hui de saison – fût-il saupoudré de parmesan. Pourtant, y avait-il un lieu plus approprié que le collège des Bernardins pour qu’en matière d’art contemporain, la “vox Dei” se fasse – enfin ! - l’écho de la “vox populi” ?

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