De l’utilité des naufrages
Le 07/05/08, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Général
Au risque de mécontenter certain lecteur de ce blog, je vais à nouveau délaisser politique ou idéologie pour faire, cette fois-ci, un petit détour par le cinéma. Ce mercredi sort sur les écrans français un film tchèque, adapté par Jiri Menzel d’un roman de son compatriote Bohumil Hrabal, “Moi qui ai servi le roi d’Angleterre” (critique dithyrambique à lire dans “Valeurs actuelles” de vendredi). C’est l’histoire d’un sympathique garçon qui devient insensiblement une crapule, une petite mesquinerie en entraînant une plus grosse, à mesure de son ascension sociale. Il faudra la déchéance et la ruine pour qu’il prenne conscience de son ignominie, et qu’il trouve par là une véritable sérénité : car, comme il le constate lui-même, rendu enfin sage par la déroute de ses illusions, « l’homme devient, contre sa volonté, plus humain quand il commence à faire naufrage, quand il déraille et perd ses repères. » Comme nous voici à quelques jours de la Pentecôte, je n’ai pu m’empêcher de relier ce constat à ces quelques mots que Benoît XVI, dans son nouveau recueil de textes, “Viens, Esprit saint” (publié chez Parole et silence, et chroniqué également dans VA de vendredi…), place dans la bouche du Christ : « Vous devez vous perdre vous-même, car seul celui qui se perd se trouve. » En ces temps où l’on nous explique volontiers qu’il n’y a de dignité humaine que dans la parfaite maîtrise de soi, de son destin ou de son corps, il est bon que quelques-uns sachent encore nous rappeler que c’est souvent dans la tempête, et parfois sous les apparences trompeuses du naufrage, que l’homme se révèle à lui-même et trouve, enfin, un cap digne de lui.











