Culture

Actualités

mercredi, 01/09/2010
Par Philippe Barthelet

Bernard Kouchner et son sac de riz en Somalie, en 1992Le préjugé universaliste selon lequel nous sommes persuadés d’avoir un rôle d’exemplarité pour le monde est lié à notre certitude que le monde a les yeux rivés sur nous.

On connaît l’apostrophe attribuée à Shakespeare et quasi passée en proverbe : « Voilà bien les Français : ils tournent à tout vent. » Révérence gardée au grand Will, on pourrait répondre que voilà bien les Anglais : ils sont si enfoncés en eux-mêmes qu’ils ne se rendent pas compte que le vent souffle (ce qui, entre parenthèses, leur a permis de gagner la Seconde Guerre mondiale, et nous avec eux : alors que nous jetions le manche après la cognée en demandant l’armistice dès la fin de la première bataille, eux ne voulaient pas comprendre qu’ils étaient battus ; c’est ainsi qu’ils ne le furent pas, et que la France, par une ironie dont l’Histoire est friande, doit une fière chandelle à leur stiffness*.)

Cette incompréhension de tout ce qui n’est pas eux n’est pas nouvelle, mais c’est vraiment ne rien comprendre aux Français que de les supposer volatils, erreur de jugement qui se fonde sur une illusion d’optique : les Français se moquent bien de suivre le vent ; ce qu’ils veulent, c’est tenir la rose des vents tout entière, être partout simultanément sans cesser d’être chez eux.

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mercredi, 01/09/2010
Par Philippe Barthelet

Jeune, savant, bien fait de sa personne, traînant tous les coeurs après soi et ne dédaignant pas d’en jouer, ambitieux, fier, batailleur, sûr de ses dons, de sa science et d’être un esprit de la volée de Pic de La Mirandole son précurseur et d’Érasme son correspondant, ainsi apparut, il y a cinq siècles, Henri Corneille Agrippa de Nettesheim dans la ville impériale de Dole, capitale du comté palatin de Bourgogne, où cet Allemand de 23 ans venait prendre possession de la chaire de théologie que l’université lui attribuait.

Ainsi commence cette enquête, érudite et passionnante, sur un philosophe inconnu (oublié, plutôt, et diffamé avec soin). L’auteur, psychologue clinicien de métier et philosophe de formation, s’est fait libraire pour l’amour des livres et la haine du désert culturel qui s’étend en province, puis libraire-éditeur, à l’ancienne, pour publier les auteurs qu’il aime, l’année dernière des introuvables de Nodier, aujourd’hui ce livre, fruit de vingt ans de patientes investigations, comme une réparation à l’une des plus grandes figures de l’humanisme renaissant, et sans doute la plus mystérieuse

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mercredi, 01/09/2010
Par Jacques Nerson

De Voltaire à Guitry, qu’il vente ou qu’il tonne, le Français méprise la pesanteur. Acceptable ou insoutenable désinvolture ?

La légèreté : qualité ou défaut ? Mon dictionnaire évoque une danseuse, une biche, un papillon, la flèche d’une cathédrale, le vin de Champagne… C’est donc une qualité. Ne loue-t-on pas la monte légère du cavalier, le toucher léger du pianiste, la main légère du dessinateur, la phrase légère de l’écrivain ? A-t-on jamais entendu en revanche glorifier la lourdeur d’un style ou l’épaisseur d’un esprit ? Vive la légèreté !

Hélas, quand le mot s’applique au comportement, ce n’est plus la même chanson. Le Grand Robert propose alors cette définition : « Caractère d’une personne qui manque de consistance, de profondeur dans ses jugements, de constance dans ses opinions, qui agit de manière peu réfléchie, inconsidérée ; (spécialt) caractère d’une personne qui ne prend rien au sérieux, tourne toute chose en plaisanterie. » Sont proposés comme synonymes : « désinvolture, frivolité, futilité, inconscience, insouciance, enfantillage, imprudence, inconstance, instabilité, irréflexion ». A l'appui de cette peu flatteuse appréciation, quelques expressions et citations dénonçant « la légèreté proverbiale des Français ».

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mercredi, 01/09/2010
Par Salsa Bertin

Orson Welles dans "Malpertuis"Dans la Belgique de la première moitié du XXe siècle, la littérature populaire était très abondante, avec déjà une tradition fantastique liée au folklore. C’est Jean Ray qui ouvrit la voie du fantastique pur, conférant au genre ses lettres de noblesse. Arnaud Huftier lui consacre aujourd’hui une somme, offrant une excellente occasion de découvrir un écrivain francophone majeur mais qui demeure méconnu.

Le « pieux Marabout et son prophète » (son éditeur) ont sorti Jean Ray d’un anonymat dont il chercha toute sa vie à se défaire. Car le père de Harry Dickson, auteur des Contes du whisky, du Grand Nocturne ou de la Cité de l’indicible peur, journaliste prolifique, ami de Van Herp, d’Henri Vernes – le créateur de Bob Morane –, qui l’a introduit en France, ou de Thomas Owen, son disciple… s’est bâti une légende d’aventurier si bien ficelée qu’elle en a occulté l’écrivain.

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mercredi, 01/09/2010
Par Stéphane Haïk

Musique. Le chef et l’Orchestre du Théâtre Mariinsky feront une halte Salle Pleyel, où ils donneront la “Symphonie n° 8” de Mahler.

Boulimique, tsar tout-puissant… Les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier Valery Gergiev, ce maestro de 57 ans aux allures de quadragénaire dynamique, à la démarche impériale, au large sourire, au visage à peine traversé de quelques rides. À croire que l’activisme de cet inlassable travailleur, qui ne vit et ne pense que musique jour et nuit, demeure le meilleur des baumes contre la patine des années. Car, de tous les chefs de la planète, il ne s’en trouve probablement pas un seul dont l’engagement soit aussi entier. Aucun d’entre eux, non plus, ne saurait être, dans l’esprit du commun des mortels, davantage associé à une institution musicale que Valery Gergiev peut l’être au Théâtre Mariinsky (ex-Kirov), de Saint-Pétersbourg, depuis plus de deux décennies déjà.

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mercredi, 01/09/2010
Par Valérie Collet

Pierre SoulagesDe Racine à Soulages (photo), de Le Nôtre à Putman, le Français, parfois bien malgré lui, affiche son goût pour l’idéal, la mesure, le concept et une certaine harmonie. Fierté nationale ou désastre programmé ?

S’il était un courant, une inclination, qui dût définir durablement et pleinement l’âme française, la capter en profondeur dans l’essence même de son génie, ce serait le classicisme. Malgré lui ou pleinement consentant, de manière affichée ou discrète, suivant la doctrine nationale ou un penchant personnel, le Français est classique. Académique ou rebelle, raisonneur ou passionné, il l’est dans tous les cas et à toutes les époques, définitivement et excessivement, au point qu’avec quelque distance, l’histoire artistique de notre pays ne pourrait apparaître que comme un long cheminement classique interrompu par quelques récréations romantiques ou baroques, moments de désintégration et de dégénérescence, intermèdes « bizarres et ridicules » comme l’écrivait, à la fin du XIXe siècle, l’éminent critique d’art suisse Heinrich Wölfflin.

Fascinés par cette agaçante constante qui fait marcher un peuple entier le coeur froid et les épaules droites, les historiens étrangers ont souvent relevé ce trait. Ainsi le grand médiéviste Dohio qui, lorsqu’il comparait le gothique allemand au gothique français, soulignait le caractère classique de ce dernier ou encore l’Italien Vincenzo Golzio qui, dans les pas de Brinkman, insiste, concernant la France, sur « la prédominance de la raison sur les passions et sur le sentiment », sur « l’amour pour l’ordre et pour l’équilibre de toutes les parties d’une oeuvre, la tendance à rassembler et à déterminer les manifestations dans les liens d’une règle, l’idéalisation du vrai ».

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mercredi, 01/09/2010
Par Laurent Dandrieu

Une silhouette longiligne et massive, majestueuse et puissante, droite comme un i, sans le moindre signe de relâchement ou de laisser-aller ; un regard d’acier, une allure pleine de force et de vigueur qui le rendent capable d’intimider un adversaire rien qu’en le pointant du doigt : difficile de se faire à l’idée, quand, depuis sa sortie (2008), on regarde en boucle Gran Torino, où notre homme affichait une forme et une classe insolentes, à faire pâlir d’envie bien des quinquagénaires poussifs et bedonnants, et pourtant Clint Eastwood a fêté le 31 mai dernier ses 80 ans. Et non seulement l’heure de la retraite n’a pas sonné, mais ce coureur de fond allonge la foulée à l’approche de la ligne d’arrivée, enquillant les films à un rythme de plus en plus stakhanoviste – pas moins de huit depuis Mystic River, en 2003 – sans compter Hereafter, un film choral avec Matt Damon et Cécile de France, dont la sortie est prévue pour l’automne. Exprimant un jour à Richard Schickel son incompréhension devant le fait que Billy Wilder ou Frank Capra aient cessé de tourner bien avant leur mort, Eastwood s’écria : «On ne lâche pas, on continue à faire de bons films jusqu’à la fin, même sur une chaise roulante et avec un masque à oxygène ! »

Richard Schickel est l’auteur de Clint, l’un des livres parus récemment en France pour célébrer ce quatre-vingtième anniversaire. Si le livre bénéficie de la bonne connaissance qu’a son auteur d’Eastwood, dont il est l’intime depuis 1976, et qui préface l’ouvrage, il est aussi affligé d’une maquette atroce.

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mercredi, 01/09/2010
Par Arnaud Guyot-Jeannin

Métaphysicien de pointe dans le sillage de Raymond Abellio qu’il a bien connu et sur lequel il a écrit un essai, le Soleil rouge de Raymond Abellio (1987), géopoliticien eurasiste, romancier prophétique et poète français d’origine roumaine (il est né en 1929 et a fui la Roumanie communiste en juillet 1948 en franchissant la frontière yougoslave à la nage par le Danube), Jean Parvulesco est une personnalité mystérieuse qui charme et déconcerte son interlocuteur au premier abord. Catholique ardent, il voue un amour infini à la Sainte Vierge.

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Guide Livres

mercredi, 01/09/2010
Par VA

Ecrits sur la littérature de Joris-Karl Huysmans,
Dictionnaire de la mort sous la direction de Philippe Di Folco,
Les Veuves d’Eastwick de John Updike,
Croquis étrusques de D. H. Lawrence,
Code Phénix de John Conno,
Le soleil m’a oublié de Christian Laborde,
Le Figaro littéraire de Claire Blandin.

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mercredi, 01/09/2010
Par Alfred Eibel

Alain PaucardUne traversée de Paris insolite à travers les passages Jouffroy, Verdeau, Sainte-Anne, Choiseul, peuplée de maniaques et de situations scabreuses. Être faite au tour est l’atout numéro un de Charlène, dite Cynthia, 26 ans, seule décisionnaire dès lors qu’il faut séduire les hommes. Passionnée de cinéma, vidéaste, son film de fin d’études est primé. Charlène est de la dernière beauté si l’on en croit ses clients ou ses prétendants. L’amour tarifé a ses adeptes. Pour l’un de ses soupirants, l’amour se résume à quelques étreintes ; pour un autre, se voulant libertin, l’amour est le remède à ses inhibitions ; pour un troisième, poète porté sur les offrandes, l’amour est la bonne manière de devenir le pigeon idéal destiné à être plumé jusqu’à la dernière plume. Les questions posées sont celles de la décence, de la sincérité, pas bien ronde en l’occurrence, d’un ensemble d’habitudes néfastes, d’un coeur en émoi que le ridicule ne parvient pas à tuer. Peut-on croire à l’amour si l’on ne l’a pas encore éprouvé ? Jusqu’où peut-il entraîner un homme ?

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mercredi, 01/09/2010
Par VA

Lou Andreas von Salomé, la femme océan, de Michel Meyer
Une partie de zanzibar
, de Philippe Simiot
Jaune de Naples,
de Jean-Paul Desprat
Un Véronèse
, d'Étienne Barilier
Une affaire conjugale
, d'Éliette Abécassis
Néron
, de Joël Schmidt

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mercredi, 01/09/2010
Par Vladimir de Gmeline

À force de travailler comme un forcené à son adaptation de Proust en bandes dessinées, Stéphane Heuet commençait à être tenaillé par des envies de grand large. Ancien timonier de la Marine nationale et plaisancier chevronné, il s’est jeté corps et âme il y a maintenant dix ans dans cette entreprise insensée, mettre l’auteur d’À la recherche en images et en bulles. Il vient de s’offrir une escale avec cette Petite Bibliothèque maritime idéale, petit bijou que l’on feuillette en rêvant de lointains horizons, d’océans plombés et de rivages ensoleillés.

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mercredi, 01/09/2010
Par VA

L’Échiquier de la reine, de Yann Kerlau, chez Plon
Les Divins Mondains, d'Ottiero Ottieri, chez Autrement
La Maison des morts étranges, de Margery Allingham, chez Omnibus
Les Voleurs de cygnes, d'Elizabeth Kostova, chez Michel Lafon
La Baie de midi, de Shirley Hazzard, chez Gallimard
Istanbul, de Nicolas Monceau, chez Robert Laffont

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Guide Cinéma et DVD

mercredi, 01/09/2010
Par Laurent Dandrieu

Rudo et Cursi, de Carlos Cuarón, avec Diego Luna et Gael Garcia Bernal
Submarino, de Thomas Vinterberg
Krach, de Fabrice Genestal, avec Gilles Lellouche et Vahina Giocante
Oncle Boonmee, d’Apichatpong Weerasethakul
La Folle Ingénue, d'Ernst Lubitsch, avec Charles Boyer et Jennifer Jones

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mercredi, 01/09/2010
Par Laurent Dandrieu

Poetry, de Lee Chang-dong, avec Yoon Jung-hee
Ondine
, de Neil Jordan, avec Colin Farrell
Une famille très moderne
, de Josh Gordon, avec Jennifer Aniston et Jason Bateman
Le Bruit des glaçons, de Bertrand Blier, avec Jean Dujardin et Albert Dupontel

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mercredi, 01/09/2010
Par Laurent Dandrieu

D’amour et d’eau fraîche d'Isabelle Czajka
Crime d’amour d'Alain Corneau
Joseph et la Fille de Xavier Choudens
The Karaté Kid de Harald Zwart

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Télévision

mercredi, 01/09/2010
Par Basile de Koch

Papperlapapp", de Christoph MarthalerLa semaine dernière, même si je suis bien le seul à m’en souvenir, j’avais promis de vous raconter l’“événement” du Festival d’Avignon 2010 : Papperlapapp, de Christoph Marthaler (Arte, samedi 17 juillet à 22 h 20).

« Attention, génie en action ! », m’avait prévenu d’emblée mon Télérama préféré, qui consacrait pas moins de trois papiers apologiques à l’homme et à son œuvre, « d’une insolence et d’une exigence extrêmes ». Peu désireux de mourir idiot, j’ai voulu voir ça.

Une oeuvre spécialement conçue pour la cour d’honneur du palais des Papes, d’où son titre. Équivalent allemand de “bla-bla”, Papperlapapp se veut aussi, en l’occurrence, une référence humoristique à la fonction de souverain pontife.

D’abord, plantons le décor. Au sol, un assemblage apparemment aléatoire de carrelages et de linoléum, sur lequel sont posés çà et là des tombeaux de papes recouverts de vieux matelas. Au premier plan, une machine à laver, un réfrigérateur siglé Coca et un confessionnal en travaux.

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