En route vers ma projection de cinéma biquotidienne, attente démesurée sur le quai du métro. Je m’attends à ce que les hauts-parleurs crachotent une explication ou une vague excuse. Au lieu de quoi ils m’informent qu’en fumant dans la station, j’encours une amende de 68 € et des poursuites judiciaires, et me recommandent fortement d’appeler tel numéro où l’on rééduquera mon addiction tabagique. A intervalles de trois minutes, en un quart d’heure de poireautage j’aurais entendu cinq fois l’injonction orwellienne. Sur le quai, à chaque jingle musical qui précède la menaçante annonce, la tension se fait plus palpable ; à l’exaspération vis-à-vis du service public défaillant s’ajoute le stress de cette propagande insistante. Derrière l’alibi de santé publique, l’esprit de l’époque, fait d’intimidation pateline et de moralisme hypocrite, se révèle. « On peut plus rien dire », chantait naguère un ex-Inconnu, bien placé pour savoir qu’il ne pourrait plus créer aujourd’hui quelques-uns des sketches qui ont fait la gloire du célèbre trio. Plus rien dire, plus rien faire : de la condamnation du député Christian Vanneste pour avoir osé donner son opinion sur l’homosexualité à l’interdiction de fumer dans les lieux publics, en passant par la campagne de la Halde pour imposer une tolérance laïque, payante et obligatoire, l’actualité s’est chargée de nous rappeler ces derniers temps que cette liberté qui se réduit comme peau de chagrin n’est pas le produit d’une fatalité anonyme, mais le fruit législatif d’une droite qui se veut pourtant, historiquement, le camp des libertés. Candidat de la rupture, Nicolas Sarkozy n’a pourtant pas été le dernier à accabler Christian Vanneste. Sur le plan du politiquement correct et du moralisme hygiénique du moins, la rupture ne serait-elle qu’un mot ?

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