Mi février, c’est traditionnellement le moment où la campagne bascule. C’est en février qu’en 1988, Chirac doubla (de peu) Raymond Barre, jusqu’alors grand favori des sondages ; en février encore que, sept ans plus tard, ce même Chirac passa devant Balladur ; en février toujours que, Jospin, vainqueur annoncé de la présidentielle de 2002, fut distancé par Chirac avant de l’être par Le Pen… Cette année, les choses sont à la fois semblables et plus complexes : si Royal semble marquer le pas face à Sarkozy, l’effet de ciseau n’est pas encore certain. Et surtout, l’attention se détourne des deux favoris pour se focaliser sur le fameux « troisième homme » (lire VA de cette semaine) susceptible de créer la surprise : Le Pen ou Bayrou ? Mais à ce petit jeu, c’est le Pen qui, pour l’instant en tout cas, devrait tirer les marrons du feu. Non que les sondeurs le voient objectivement monter. Ils le voient fort. Sans plus. Mais parce que tout le monde à intérêt à voir sa cote progresser. A côté des « vrais sondages » (avec leurs marges d’erreur habituelles, et leurs fameux redressements plus ou moins judicieux), les faux commencent à avoir le vent en poupe. Comprendre : ceux qui n’ont d’existence que dans l’imagination des militants auxquels on fait croire régulièrement qu’un « sondage secret » donne le président du FN à 20%, voire à 22... L’intéressé lui-même se félicite de la rumeur, mais aussi Sarko et Ségo qui voient là le bon moyen de mobiliser leurs électorats respectifs sur le thème du « plus jamais ça » ! Principal visé : Bayrou dont on voit bien que la montée (réelle, mais dont on saura bientôt si elle correspond à une tendance de fond) peut à tout moment se briser sur le sempiternel réflexe du « vote utile ». Pour la droite : barrer la route à Ségolène ; pour la gauche : empêcher un nouveau 21 avril… Tous les moyens seront bons désormais, pour remplir ces deux objectifs contradictoires. Et l’intox, en bonne logique, devrait atteindre des sommets…

 Suivre le fil de cette discussion par RSS