Un président de la république française devrait toujours se méfier d’un journaliste, surtout équipé d’un enregistreur. Surtout quand il parle de diplomatie à des étrangers, à plus forte raison Américains. C’est le B-A-BA du métier, après cinquante ans de vie politique qui ont durci le cuir autant que l’oreille. Jacques Chirac a livré de la dynamite l’autre jour au New York Times et à l’Herald Tribune (avec le Nouvel Observateur). Une confidence, micros ouverts, sur le dossier explosif du moment : l’arme nucléaire iranienne. Les pieds dans le plat et les diplomates satellisés, le Président a donné le fond de sa pensée et dessiné l’Apocalypse : Téhéran rayée de la carte ! On dit qu’un « conseiller diplo » l’assistait en bout de table. Il a probablement suggéré au président de stopper les magnétos ou de basculer en « off ». Un conseil chuchoté avec respect, discrètement, trop sans doute. Inaudible. Mais le « off » n’existe pas. On parle ou on se tait. Les politiques, les fonctionnaires, civils ou militaires, tenus au devoir de réserve, en jouent. Parfois, le journaliste peut lui-même poser la question : « C’est du off ? » Mais pourquoi le ferait-il ? Le « off » est toujours la partie la plus intéressante. « Bien entendu, c’est off » répondra invariablement l’interviewé. Le « off » sert en réalité à faire passer un message à haute valeur ajoutée mais « non sourcé ». Alors, « off » ou pas « off » ? « Off » total ou simili « off » ? Et si le Président s’était en réalité lâché, en toute connaissance de cause, histoire de faire passer le message aux Iraniens, par-dessus les tambours de guerre du Golfe : « Voilà ce qu’on pense : arrêtez vos centrifugeuses, refroidissez vos missiles ou vous serez instantanément ratatinés. » Du grand art. Un « off » d’anthologie, stratégique et balistique.

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