Décidément, les Français n’aiment guère leurs champions industriels. Chaque année, au moment de la publication des résultats de Total, c’est le tollé, c’est l’indignation : 12,6 milliards d’euros de bénéfices cette année, 12 milliards l’an dernier. C’est une honte ! Et en plus, le groupe refuse de plaider coupable dans la marée noire de l’Erika et dans l’explosion d’AZF. Cette prospérité financière est tellement scandaleuse que l’idée a toute suite été émise de prélever un impôt exceptionnel de 5 milliards d’euros sur des bénéfices aussi monstrueux ! Pourquoi pas dix ? Je n’ai pas fait le calcul, mais mesurés en années de Smic, les bénéfices de Total que le groupe a le culot de reverser aux actionnaires (4 milliards d’euros), doivent bien représenter quelques années lumière de Smic, l’étalon de mesure préféré des Français ambitieux. On avait coutume de dire que les Français n’ont pas de pétrole mais qu’ils ont des idées. Oui, certes, mais quelles drôles d’idées ! Au lieu de se réjouir d’abriter le quatrième groupe mondial ils souhaitent le pénaliser. Alors qu’ils ont peur de manquer de pétrole, ils veulent le priver des moyens d’investir. Comme ils voudront sans doute demain surtaxer les banques qui font des bénéfices record. Comme était plus sympathique le Crédit Lyonnais avec ses 100 milliards de pertes (des francs, pas des euros) ! Comme serait odieuse une SNCF qui gagnerait douze milliards par an et pourrait ainsi autofinancer son TGV et renflouer son fret. Le profit, c’est l’ennemi du service public, donc l’ennemi public !

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