Ségolène Royal face aux "Français représentatifs", hier soir sur TF1. Plus que les réponses de la candidate, ce sont les questions qui frappent. Elles semblent toutes se ramener à une problématique unique : qu’est-ce que l’Etat peut faire pour mon petit cas particulier ? Comme s’il s’agissait moins d’élire un président de la République que de recruter une assistante sociale. Ma sœur se drogue : que va faire l’Etat ? Ma fille est muette : comment comptez-vous y remédier ? Lorsque Ségolène s’approcha du handicapé coincé dans son fauteuil roulant, on s’attendait presque à ce qu’elle prononce les mots miraculeux : « Royal te touche, Dieu te guérit. » Pas un de ces intervenants ne semblait soupçonner que ce n’était peut-être pas à l’Etat de résoudre ses problèmes privés. Qu’il s’agisse de Ségo ou de Sarko, leurs interlocuteurs semblent ne plus savoir ce qu’est la politique, art du bien commun qui embrasse et dépasse les intérêts particuliers. L’homosexuel de service pose sa question sur l’homoparentalité, le retraité se préoccupe de sa retraite, le patron de PME de l’avenir de sa PME, le Français d’origine africaine, du colonialisme. Tout sauf innocents de cette disparition du politique, les candidats s’y engouffrent avec délectation, multipliant les engagements catégoriels qui font les cauchemars de leurs préposés au chiffrage : celui du PS a démissionné avec fracas, ceux de l’UMP supplient Sarkozy de mettre un bémol à ses promesses. Quant aux réponses de la candidate socialiste, je ne me hasarderai pas à les commenter, ayant décidé au bout de trois quarts d’heure d’émission d’en revenir à mon plan initial : me replonger, à deux jours du carême, dans les Evangiles. Un livre, lui aussi, plein de promesses, mais qui s’adressent à tout homme. Et celles-là, au moins, ne seront pas trahies.

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