C’est une valse à deux temps. Premier temps : Alain Duhamel est suspendu d’antenne pendant la campagne présidentielle pour avoir affiché sa préférence pour François Bayrou. La sanction est absurde et hypocrite, puisque quantité de chroniqueurs font campagne pour tel ou tel plus ou moins ouvertement, mais enfin il n’y a pas mort d’homme, Alain Duhamel s’en remettra et les téléspectateurs aussi. Deuxième temps : sur France Culture, Philippe Meyer, pour éviter que la mésaventure d’Alain Duhamel se reproduise, imagine une règle simple : « que chaque journaliste chargé de suivre les affaires publiques déclare sans haine et sans crainte pour quel candidat il penche » – lui-même confessant aussi sec son penchant pour Bayrou. Libre à Philippe Meyer de rêver d’un monde enchanté où on l’on puisse dire sans crainte, ni surtout sans conséquence professionnelle, pour qui l’on vote, un monde où cela ne poserait pas plus de souci à un journaliste politique du Figaro d’avouer sa sympathie pour Bové qu’à un chroniqueur de Libé de confesser que tout compte fait, c’est Sarko qui lui semble le plus crédible, sans parler de ceux (on serait surpris de savoir où ils vont se nicher) qui en tiennent pour Le Pen, qui n’auraient pas à choisir entre le mensonge et la porte. Mais pourquoi en rester là ? Chaque citoyen ne devrait-il pas assumer son vote comme demain chaque journaliste, comme déjà chaque maire est tenu d’assumer son parrainage ? Au feu les isoloirs, vestiges obsolètes des temps obscurantistes où le secret était considéré comme un refuge des libertés, le voile sacré du mystère de chacun. Voici venu le temps purifié de la transparence où, tout individu étant sommé d’assumer ses positions, ne pourra plus survivre qu’un seul extrémisme : l’extrémisme du centre.

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