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Face aux violences, les limites de Bayrou

« Ni trop laxiste (sous-entendu : comme la gauche), ni trop répressif (sous-entendu : comme la droite) ». La réaction de François Bayrou aux émeutes de la gare du Nord illustre bien les limites du « ni-ni » du candidat centriste. Les images de la gare, et de ses usagers « normaux », pris en otage par des centaines de voyous (dont on apprend aujourd’hui qu’ils squattent toute la journée cette enceinte) ont, comme l’a dit Nicolas Sarkozy, marqué un « tournant » dans cette campagne. Pas seulement en faisant ressurgir la thématique – plus enterrée par les médias qu’oubliée par les Français – de l’insécurité. Voilà les candidats à l’investiture suprême placés devant une question simple : que fait-on pour empêcher que se reproduisent de tels faits (qui se produisent tous les jours en banlieue dans un grand silence médiatique) ? « Plus d’ordre ! », répondent le candidat de l’UMP et Jean-Marie Le Pen. « Ecouter les jeunes ! », répond Ségolène Royal. « Entre les deux », répond Bayrou. C'est-à-dire rien. Le candidat UDF est un champion du diagnostic. Pas des réponses. Or c’est cela qu’attendent les Français.

Que c’est fatigant !

Hier, c’était la journée du sommeil. Ouf ! Il fallait bien cela après un mois très chargé. On avait eu la journée de la femme, la journée de l’eau potable, la semaine du développement durable (c’est normal que ça dure plus longtemps que les autres), la journée de la francophonie, la journée du sida, sans parler des folles journées de Nantes… Bref, il ne se passe pas un jour sans que notre société nous appelle à nous repentir d’être en bonne santé ou de ne pas faire ce qu’il faut pour le rester et nous demande un geste de solidarité pour pallier les lacunes d’un Etat qui pourtant nous accable d’impôts. Déjà Soljenitsyne relevait cette manie des journées en Union soviétique et dans les pays totalitaires, destinée à anesthésier la mémoire des individus et à les détacher de leurs traditions. « De quelque nouveau saint Monsieur le curée charge toujours son prône » se plaignait le laboureur de La Fontaine. Aujourd’hui, plus de saints. Alors dormons et ne pensons plus à rien. C’est bien ce que l’on attend de nous.

Message à Pierre Mutz

Pierre Mutz est le préfet de police de Paris. Il est rarement de repos. Mardi soir il a du faire face à six heures d’émeutes dans les sous-sols de la gare du Nord. Et il a fait appel aux CRS. Erreur. Il aurait dû appeler les hommes du CNRS ! Eux ont des idées à faire partager, et ils sont toujours les meilleurs pour s’expliquer dans les journaux. C’est ainsi qu’un de leurs commandants de compagnie – chez eux, on dit « directeur de recherche » - a affirmé dans « Le Monde » du 29 mars que « Lorsque la police use de la force, c’est qu’elle est faible »… Les hommes du CNRS n’ont jamais entendu dire que « force devait rester à la loi » : si la loi fait ainsi usage de la force, n’est-ce pas, c’est qu’elle est faible ! Et ainsi de suite. On aimerait que les escouades du CNRS affrontent les « jeunes » de 32 ans, multirécidivistes, armés de barres de fer, qui se trouvaient mardi soir gare du Nord. Mais, au fait, cela a déjà eu lieu. Rappelez-vous, c’était l’an dernier à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Une sorte d’école d’élite du CNRS. Une école gardée par des hommes du CNRS ou assimilés. Un soir, ils ont été envahis par de vrais « jeunes » qui ont tout saccagé chez eux. Les gens du CNRS ont mis leurs bonnes idées en action. Tout a explosé. Au bout de douze heures, pas plus, le CNRS a fini par implorer l’arrivée de ces affreux CRS. Par faiblesse, naturellement.

Cohérence

Dans sa récente exhortation apostolique Sacramentum caritatis, Benoît XVI appelait tous les baptisés, et plus particulièrement les responsables politiques, à la « cohérence », leur rappelant qu’il est impossible de reléguer leur foi à la sphère privée, sans incidence aucune sur leurs prises de position concernant ces « valeurs non négociables » que sont « le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes ». Le moins qu’on puisse dire est que cette cohérence n’est pas toujours observée, loin s’en faut, dans la classe politique française, par ceux qui se réclament de la foi ou de la culture chrétienne. Prenons François Bayrou, par exemple (on pourrait en trouver d’autres), catholique pratiquant et indéniablement homme de foi sincère. Dans le grand portrait du candidat centriste publié dans son édition du 21 mars, et justement nommé François Bayrou et son double, le Monde rappelait cette déclaration de l’homme qui murmure à l’oreille des tracteurs : « Mon engagement chrétien est plus important que mon engagement politique. Et je ne tiens pas à ce qu’ils se mélangent. » Incarnation de cette « séparation entre les ordres » (c’est le nom que François Bayrou donne à cette schizophrénie) qui veut qu’il y ait d’un côté le croyant, de l’autre le politique qui fait comme si le croyant n’existait pas, sa position sur l’avortement, rappelée par le Monde : contre en privé, pour en public. Comme de juste, cette séparation des ordres ne marche que dans un sens : imagine-t-on un libre-penseur s’abstenir de défendre l’avortement pour ne pas mélanger son engagement politique avec ses convictions philosophiques ? Impensable, bien sûr : les adversaires de la foi et de la culture de vie n’ont nul besoin, eux, qu’on les rappelle à la cohérence, ils en ont bien compris, et de longtemps, la redoutable efficacité.

Identité nationale

Créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. En associant les deux thèmes dans une même proposition, Nicolas Sarkozy a réveillé l’indignation des belles âmes. François Bayrou moque ce prurit nationaliste, et Ségolène Royal, bien qu’elle ait entonné la Marseillaise, s’interdit de lier l’un et l’autre. Et pourtant ! Il suffit de lire l’essai de Maxime Tandonnet, qui fut conseiller de Sarkozy au ministère de l’Intérieur, pour prendre la mesure du problème. Son titre : Immigration, sortir du chaos (Flammarion). « De manière très sommaire, écrit-il, l’apport “allogène” (de l’extérieur) à la population française serait d’environ 300 000 personnes chaque année (solde migratoire de 200 000 migrants plus 100 000 naissances), en face de 700 000 naissances “endogènes”, issues de deux parents français (…) A long terme, si les tendances démographiques du début des années 2000 se prolongent, la France devrait évoluer vers une situation où les migrants et leurs descendants constitueront environ 30% de sa population ». Le paragraphe dont sont tirées ces lignes s’intitule : « Un peuple en mutation ». Qui peut nier que cette mutation ait des conséquences sur l’identité de la nation ? On répondra qu’il suffit d’“assimiler” ces nouveaux venus. Est-ce possible ? Et qui le veut encore ? De droite ou de gauche, les gouvernements se l’interdisent depuis vingt ans, au nom du “droit à la différence”. Le résultat ? Une société “multiculturelle” où chacun, désormais, se méfie de tous. Une société de communautés juxtaposées, qui est l’exact contraire d’une nation.

Et la famille ?

Il fut un temps où la famille était le pont aux ânes des campagnes électorales. Chaque candidat y allait de son couplet sur « la famille, cellule de base de la société », pour mieux éviter de traiter le sujet, mais enfin, il en parlait. Cette fois, la question est aux abonnés absents : la seule famille qui semble avoir le droit de cité semble être la famille homoparentale avec, à la clé, le droit au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe… Mais la famille qui sert à repeupler la France et, accessoirement, à payer les retraites, la famille qui est le premier investissement d’avenir pour une collectivité en ces sens qu’elle assure à la fois sa pérennité matérielle et le maintien de son identité (eh oui …), cette famille là, semble avoir disparu des préoccupations. Certes, des candidats comme Le Pen ou Villiers ne la négligent pas dans leurs programmes, mais jamais, dans les débats, le sujet n’est abordé… Es-ce la preuve que, plus ou moins consciemment, les « Princes qui nous gouvernent » se résignent à compter sur les immigrés pour assurer la relève démographique d’un pays qui, depuis le milieu des années soixante dix, ne renouvelle plus ses générations ? Peut-être. Mais alors qu’ils aillent au bout de leur raisonnement. Si une campagne ne sert pas à aborder des sujets tels que celui-ci, à quoi peut-elle bien servir ?

Et si c’étaient les « petits » candidats qui faisaient l’élection ?

Rencontre, jeudi, avec un l’un des directeurs d’un grand institut de sondage. Il me parle sans langue de bois. Selon lui, c’est maintenant (que l’on connaît la liste de tous les prétendants) que la « vraie campagne » commence. « Avant, me dit-il, c’était virtuel, aujourd’hui, c’est réel ». Et puis, surtout, les huit « petits candidats » vont venir « turbuler » l’élection. « C’est mécanique, assure-t-il, grâce à leur nouvelle lisibilité et à l’égalité de temps de parole, ils vont récupérer cinq à six points au détriment des quatre grands candidats. » Frédéric Nihous, le candidat des chasseurs, fera évidemment plus que ses actuels 0,5 %, Villiers davantage que ses 1,5 %, Voynet sera au-dessus de ses 1 % etc. Qui, parmi les « grands candidats » risquent d’en pâtir le plus ? « Royal, d’abord, parce que six « petits candidats » sont de gauche ; Bayrou, ensuite, parce que son électorat est le plus volatil. » Bref, l’ordre d’arrivée des quatre « grands », le 22 avril, dépendra, en partie, du score des « petits ». Surtout si, comme on le murmure à l’Elysée, « le ticket d’entrée pour le second tour se jouera à moins de 25 % ». Bref, tout est plus que jamais possible !

Le candidat du Cac 40

C’est fait ! L’épithète est lâchée comme une injure suprême ! Nicolas Sarkozy est qualifié, tant par les socialistes que par François Bayrou, de candidat du Cac 40. Injuste, pour un homme qui se scandalise que les sociétés qui restructurent puissent distribuer des dividendes ! Néanmoins, le plus étrange dans cette affaire est qu’il puisse paraître infâmant d’être le candidat des champions, des meilleurs, des entreprises françaises qui ont réussi à s’imposer sur la scène internationale. Etre le candidat des PME, c’est mieux. Mais à quoi bon, si ce n’est pour les aider à grandir ? Mais non ! Dans ce pays, il est déshonorant de s’intéresser au succès, suspect de nourrir l’ambition d’être meilleur que les autres, de créer davantage de richesses. Pour mériter la considération, il faut rester petit et ceux qui ne campent pas sur le canal Saint Martin n’ont qu’à s’excuser de s’être débrouillés pour loger décemment leur famille. Tant mieux pour nos concurrents ! Tandis que les Français se réjouissent des malheurs de Total (au Cac 40) et de son président, les pétroliers anglo-saxons consolident leur domination mondiale. Pourtant ce sont les mêmes qui fustigent le CAC 40 et défendent le monopole d’EDF, veulent le fusionner avec Gaz de France, deux sociétés du Cac 40 et vouent aux gémonies leur prétendu candidat. Il est vrai qu’il veulent renationaliser ces deux entreprises. Car dans dans la bonne tradition héritée de Louis XIV, il n’y a qu’une entité qui ait le droit d’être grande et puissante en France, c’est l’Etat.

Qui parle d’Europe ?

Toute l’Europe se réunit à Berlin pour célébrer le cinquantenaire du traité de Rome. A Berlin ! La ville symbole de la guerre civile européenne, celle où s’est déclenché le pire des cataclysmes du XXème siècle, est ainsi devenue la capitale d’une Allemagne réunie, pacifiée, accueillante, européenne. En cinquante ans, l’Union née à Rome est passée de six à vingt-sept membres. A-t-elle grandi trop vite ? Cette construction a subi un coup d’arrêt brutal, le 29 mai 2005, quand les Français, suivis par les Néerlandais, ont dit non par referendum au traité constitutionnel. Depuis, tout est suspendu. Les trois candidats en tête des intentions de vote, Sarkozy, Royal et Bayrou, avaient tous voté oui ; cela ne les empêche pas d’être maintenant les favoris. Mais n’est-ce pas parce qu’ils ne parlent plus de l’Europe ou quasiment pas ? Le plus fédéraliste des trois, François Bayrou, n’y fait que des allusions sommaires, comme si cela ne faisait plus partie de la campagne. Mais quelle importance après tout ? Pour l’essentiel, c’est à Bruxelles que se décident les grands choix qui dictent nos politiques nationales. En cinquante ans, les institutions européennes ont pris le pas sur les nôtres dans la plupart des domaines.

« Une France apaisurne »

Où entendre la voix de Ségolène Royal (la vraie, pas celle d’un quelconque Canteloup) prôner « une France apaisurne », et assurer « Je change la dimension de la présence (…) pour tenir une parole de vériture ? » Où entendre un Nicolas Sarkozy, plus combatif que jamais, assurer à ses partisans en délire : « Je suis lourd de menaces, je suis brutal comme jamais je ne l’ai été » ? Où voir un Philippe de Villiers embrouillé en diable, se lancer dans un délire écologico-apocalyptique sur les abeilles et les petits cailloux ? C’est sur le site de Bruno Candida, un nom de circonstance pour ce comédien qui mime sur internet (http://brunocandida.com/) ces discours détournés, à coups de ciseaux numériques, à partir de paroles authentiques des personnalités en question. Un clonage sonore aux effets zygomatiques redoutables et bien sûr, comme toujours en matière de caricature, moins futile qu’il n’y paraît. Un moyen comme un autre de faire mentir Mirabeau selon qui (il est vrai qu’il en savait quelque chose) l’homme est, comme le lapin, un animal qui s’attrape par les oreilles.

Bayrou devrait relire sa biographie d'Henri IV

A écouter François Bayrou hier soir, interrogé par Gilles Leclerc, difficile de ne pas percevoir le phénoménal accroissement de l’égo de l’éventuel « troisième homme » des élections, gonflé à l’hélium par les sondages. Jusqu’alors le « Béarnais » bénéficiait de la sympathie instinctive que l’on éprouve pour les « petits », pour l’outsider qui commence sa course avec un handicap sérieux. Avec son bégaiement surmonté, sa bonne tête de boursier méritant, il représentait David contre les Goliaths de l’ « establishment ». Hier, sur le plateau de télévision, il apparaissait « sûr de lui et dominateur », incapable d’écouter une autre voix que la voix intérieure qui lui susurre qu’il sera présent au deuxième tour, et peut-être même président. Rabrouant son interlocuteur, vilipendant la presse, brocardant Sarkozy, il témoignait soudain de l’arrogance des puissants, de ces puissants contre lesquels il prétend incarner les revendications des obscurs, des sans-grade et des laissés-pour-compte. Bref, il donnait l’impression de partager avec la Madone du Poitou la même conviction d’être investi d’une « mission » sacrée, et de faire litière de tout ce qui pourrait s’opposer à son irrésistible ascension. Envolées, les belles vertus dont on le créditait volontiers et qui seraient celles du parti centriste : la modestie, la modération, l’équilibre, l’art du compromis… Pour une fois, le recours à l’oxymore s’impose : Bayrou ou l’extrémiste du centre. Décidément, même chez ceux qui devraient en être le mieux préservés, la seule espérance du pouvoir corrompt et fait perdre la tête. Que Bayrou relise donc la biographie d’Henri IV , qu’il a rédigée – lui-même - voici quelques années, pour apprendre l’art et la manière de rassembler un peuple divisé.

Les leçons du Stade de France

Près de 80 000 Marseillaise chantées à plein poumons (avec quelques centaines de O Flower of Scotland). L’affirmation identitaire s’est montrée joyeuse et sans complexe, sans la moindre once de repentance, avec un respect total de l’adversaire : c’était le 17 mars à Saint-Denis, dans l’enceinte du Stade de France, où l’on siffla naguère la Marseillaise lors d’un consternant match de foot France-Algérie. Des spectateurs venus de la France entière ont apporté leur soutien aux Bleus et rendu hommage aux efforts consentis pour arracher la victoire sur l’Ecosse et la première place dans ce Tournoi des six nations. Cet engouement annonce une magnifique Coupe du monde de rugby 2007, accueillie en terre française à partir du 7 septembre prochain. Au moment où les avants français enfonçaient les lignes écossaises, portés par la houle irrésistible de Marseillaise à répétition, enflait la polémique sur la création d’un ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration. Le pays réel rassemblé à Saint-Denis a répondu à sa façon. Je l’ai vu savourer une victoire tricolore et communier dans les valeurs du rugby – volonté de réussite individuelle et esprit d’équipe, sens du combat et respect de l’adversaire. Il a effacé les clameurs de nos banlieues et les frayeurs de nos intellos. La France a toujours eu le secret de ces polémiques idéologiques. Elle en a aussi la quasi exclusivité dans le monde. Ailleurs, on ne s’interdit jamais d’exalter les valeurs et l’identité nationales. Surtout dans les pays les plus prompts à faire tous les reproches à la France.

Les « vrais gens » plutôt que les sondages

Impressionnante plongée chez les « vrais gens » hier dans l’Aisne. En 2002, Le Pen était arrivé largement en tête en tête au premier tour chez ces paysans pauvres, patrons de café, employés smicards, ouvriers retraités et jeunes au chômage. Jusqu’à 60 % dans certaines communes ! Eh bien, j’en ai acquis la certitude à l’occasion d'un reportage où nous avons discuté avec des dizaines de personnes : Le Pen, cette fois encore, va faire exploser les compteurs. Ici, pas de tentation Sarkozy, « le candidat des riches et des villes ». A peine un intérêt pour Bayrou : « Au moins lui, il connaît la terre ». Une hostilité absolue à la gauche : « elle s’intéresse plus aux délinquants et aux immigrés qu’à nous. » Tout le monde dans le même panier, ou presque. « A la télé, ils me font rigoler avec leurs promesses. Tout ce qui les intéresse, c’est le pouvoir. » Les mêmes qui avaient voté pour Le Pen en 2002 s’apprêtent donc à récidiver. En se cachant à peine. « Lui au moins, disent-ils, on ne l’a jamais essayé. Peut-être que ce sera moins pire qu’avec les autres. » J’ai été surpris par leur colère et leur détermination. Nous ferions bien, nous autres journalistes, de nous détacher un peu des sondages et de nous intéresser plus aux « vrais gens ». Lesquels, disent-ils, ne sont « jamais sondés ».

« Tant d’argent d’un côté ! »

Comme chaque année les bénéfices du « Cac 40 » suscitent de nombreux commentaires révélateurs de l’inculture économique. Ainsi cette semaine, ce sont les 100 milliards de bénéfices réalisés par les plus grands groupes français qui scandalisent les âmes sensibles. Ainsi, Ségolène Royal : « Ce qui me choque, c’est qu’il y ait tant d’argent d’un côté et autant de dégâts sociaux de l’autre » confie-t-elle aux Echos de ce matin. C’est vrai qu’avec ces 100 milliards ont pourrait financer trois fois les 100 propositions de son programme de Villepinte ou encore combler deux ans et demi de déficit budgétaire. Mais 100 milliards de bénéfices, ce sont aussi des dizaines de milliard d’impôt sur les sociétés. Et des milliards d’investissement qui permettent au pays de compter quelques uns des plus grands groupes mondiaux en dépit de sa taille relativement modeste (1% de la population mondiale). Il y a aussi, c’est vrai, les dividendes. Un scandale pour beaucoup. Mais là encore, l’Etat en profite avec ses 80 % dans EDF et Gaz de France et toutes les participations qu’il détient indirectement par le biais de la Caisse des dépôts. Et puis, est-il si scandaleux que des épargnants qui confient leur argent à une entreprise puisse en tirer quelques revenus, ne serait-ce que pour compléter des retraites que l’Etat s’apprête à réduire ? Tous nos hommes et femmes politiques pleurnichent sur le sort d’Airbus et prônent une augmentation de capital d’EADS. Peuvent–ils en même temps refuser aux actionnaires de percevoir un dividendes ? Les actionnaires sont des imbéciles et des mal élevés disait un chef d’entreprise allemand, parce qu’ils confient leur argent aux entreprises et osent leur réclamer des revenus. Ségolène Royal veut-elle mettre fin à ce scandale ?

Nervosité socialiste.

Les dirigeants du parti socialiste sont en train de se mordre les doigts. Même ceux qui, connaissant bien les défauts de Ségolène Royal (son arrogance naturelle, son côté ultra personnel, son individualisme), s’étaient néanmoins ralliés à elle. Ils avaient un motif pour cela : elle était, estimaient-ils, la seule à pouvoir battre Nicolas Sarkozy. Ils y ont cru jusqu’à la mi-février. Aujourd’hui, leur problème, c’est : comment battre Bayrou avant de pouvoir affronter Sarkozy. Et là, les mêmes stratèges se demandent si leur choix était judicieux, car non seulement Ségolène Royal n’a pas vraiment rebondi depuis son « trou d’air » de janvier, mais Bayrou et elle se disputent le même électorat à la marge, avec un avantage évident pour le centriste (qui se bat sur le thème « moi je ne changerai rien »). Fabius et Strauss-Kahn, que Ségo avait battus en primaire, tentent de trouver des issues de sortie honorables, l’un au centre, l’autre à gauche. Mais même ici, quand on voit Bayrou se faire acclamer en banlieue, on doit bien constater que l’extrême gauche, autrefois toute puissante sur ce terrain, n’a laissé que des vides derrière elle. Bref, Nicolas Sarkozy doit regarder ces déchirements avec un certain détachement – consolidant dans le même temps sa légitimité à droite.

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