L’agaçant avec les sondages, c’est de leur faire dire ce qu’ils ne veulent pas dire, de voir bâtir des stratégies et des carrières sur la magie des chiffres. Que valent ces avalanches de pourcentages si l’on oublie leurs limites et la petite cuisine qui accompagne leur fabrication et leur exploitation ? Un sondage juridiquement inattaquable devant la Commission des sondages peut être biaisé de bout en bout : par le moment choisi - « l’agenda » du sondeur et pas celui du sondé -, le vocabulaire employé, l’ordre des questions, l’emploi de questions négatives, le redressement des chiffres bruts et l’oubli des questions annexes qui relativisent le résultat obtenu. Les sondeurs ou les médias oublient aussi trop souvent de présenter deux paramètres majeurs pour interpréter sérieusement un résultat : les non réponses (« ne se prononcent pas ») qui peuvent modifier radicalement une tendance, surtout dans un résultat serré ; et l’inévitable marge d’erreur (la célèbre courbe de Gauss) qui peut tout autant valider qu’inverser un résultat. Grâce à M. Gauss, on sait qu’un 48%-52% sur un panel de 800 sondés doit se comprendre avec une marge d’erreur de 3%. Et que tel qui croyait atteindre le nirvana des 52% peut stagner sous les fatidiques 50%. Ou inversement… Pitié, n’oubliez plus M. Gauss !

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