Noël, Noël ! Réjouissez-vous, braves gens : l’Etat vient de trouver, comme par miracle, un milliard d’euros pour renflouer ses caisses (soit environ 1/35e du coût des programmes de Sarkozy et Royal). Renaud Donnedieu de Vabres vient en effet, après des mois de polémique, de signer un accord avec l’émirat d’Abu Dhabi pour la création d’une "antenne" locale du Louvre, grâce à des œuvres louées, pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans, à l’ensemble des musées français – un accord similaire avait déjà été conclu il y a quelques mois, dans la plus grande discrétion, avec la ville d’Atlanta. Il paraît que délocaliser les chefs d’œuvre de nos musées au sein d’une sorte de Las Vegas culturel, installé en plein désert, concourrait au rayonnement de notre beau pays. Cela témoigne surtout de la faillite de nos finances publiques, et de l’incapacité de l’Etat à assumer les charges financières de sa politique culturelle tous azimuts. On avait pourtant cru comprendre que l’exception culturelle, c’était de ne pas considérer les œuvres comme des marchandises. Il faut donc en convenir : l’exception culturelle est morte à Abu Dhabi. Comme, au pays de Descartes, le principe de non-contradiction est mort depuis longtemps, l’Etat mène campagne pour que des donateurs privés lui permette d’acquérir la Fuite en Egypte, afin que cette œuvre de Nicolas Poussin… ne parte pas à l’étranger. On peine à comprendre : les généreux donateurs recevront-ils une assurance écrite que ce tableau ne fera pas partie de ceux prêtés à Atlanta, Abu Dhabi, ou demain à Shanghaï ou Hong Konk ? Et si les œuvres de nos peintres rayonnent plus dans les musées exotiques que sur nos cimaises, pourquoi ne pas en laisser partir un maximum ? Pourquoi d’ailleurs ne pas vendre nos collections plutôt que de les louer ? A coups de Joconde et de Déjeuner sur l’herbe, la dette publique serait vite comblée… PS : on apprend que le nom des émirs signataires, curieusement qualifiés de "donateurs", rebaptisera certaines salles du Louvre et du château de Fontainebleau. Comme si la manne financière évoquée était purement gracieuse, sans contrepartie. Décidément, ce projet bouclé dans la précipitation, avant la présidentielle, est riche en aberrations…

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