On attendait un bilan politique, on a eu une déclaration passionnée d’amour de la France et des Français. A écouter les adieux de Jacques Chirac, dimanche soir, on ne pouvait s’empêcher de penser à la phrase de Pierre Reverdy : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » L’amour de la France est une fleur délicate et éphémère, qui s’épanouit par centaines en période électorale, pour connaître dans les mois et les années qui suivent une irrémédiable et désolante éclipse. Car les preuves d’amour, il faut bien dire qu’on les attend, de quelque bord qu’elles viennent, comme la jeune ingénue attend le retour du beau parleur frivole et parjure qui l’a séduite avec des paroles d’éternité, pour ne plus jamais revenir. Où est l’amour de la France quand on lui refuse les moyens d’être elle-même, de protéger son visage et sa population ? Où est l’amour de la France, quand on célèbre la quête d’identité de la moindre peuplade d’Asie centrale et qu’on culpabilise les Français dès qu’ils tentent de faire valoir leur culture, leurs valeurs, leur histoire ? Où est l’amour de la France, quand on refuse de lui donner les moyens de la puissance, pour la fondre toujours plus dans des ensembles supranationaux où sa voix se perd chaque jour davantage ? Où est l’amour de la France, quand la défense du bien commun est abandonnée au profit d’une accumulation de politiques catégorielles, qui interdit aux Français de se penser comme un peuple solidaire, doté d’une communauté de destin ? « Aime et fais ce que tu veux », disait saint Augustin. Il semble, s’ils connaissent cette maxime, que nos politiques l’aient comprise de travers.

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