Les dirigeants du parti socialiste sont en train de se mordre les doigts. Même ceux qui, connaissant bien les défauts de Ségolène Royal (son arrogance naturelle, son côté ultra personnel, son individualisme), s’étaient néanmoins ralliés à elle. Ils avaient un motif pour cela : elle était, estimaient-ils, la seule à pouvoir battre Nicolas Sarkozy. Ils y ont cru jusqu’à la mi-février. Aujourd’hui, leur problème, c’est : comment battre Bayrou avant de pouvoir affronter Sarkozy. Et là, les mêmes stratèges se demandent si leur choix était judicieux, car non seulement Ségolène Royal n’a pas vraiment rebondi depuis son « trou d’air » de janvier, mais Bayrou et elle se disputent le même électorat à la marge, avec un avantage évident pour le centriste (qui se bat sur le thème « moi je ne changerai rien »). Fabius et Strauss-Kahn, que Ségo avait battus en primaire, tentent de trouver des issues de sortie honorables, l’un au centre, l’autre à gauche. Mais même ici, quand on voit Bayrou se faire acclamer en banlieue, on doit bien constater que l’extrême gauche, autrefois toute puissante sur ce terrain, n’a laissé que des vides derrière elle. Bref, Nicolas Sarkozy doit regarder ces déchirements avec un certain détachement – consolidant dans le même temps sa légitimité à droite.

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