Bayrou devrait relire sa biographie d'Henri IV
Le 20/03/07, par Bruno de Cessole, Rédacteur en chef Culture | Général
A écouter François Bayrou hier soir, interrogé par Gilles Leclerc, difficile de ne pas percevoir le phénoménal accroissement de l’égo de l’éventuel « troisième homme » des élections, gonflé à l’hélium par les sondages. Jusqu’alors le « Béarnais » bénéficiait de la sympathie instinctive que l’on éprouve pour les « petits », pour l’outsider qui commence sa course avec un handicap sérieux. Avec son bégaiement surmonté, sa bonne tête de boursier méritant, il représentait David contre les Goliaths de l’ « establishment ». Hier, sur le plateau de télévision, il apparaissait « sûr de lui et dominateur », incapable d’écouter une autre voix que la voix intérieure qui lui susurre qu’il sera présent au deuxième tour, et peut-être même président. Rabrouant son interlocuteur, vilipendant la presse, brocardant Sarkozy, il témoignait soudain de l’arrogance des puissants, de ces puissants contre lesquels il prétend incarner les revendications des obscurs, des sans-grade et des laissés-pour-compte. Bref, il donnait l’impression de partager avec la Madone du Poitou la même conviction d’être investi d’une « mission » sacrée, et de faire litière de tout ce qui pourrait s’opposer à son irrésistible ascension. Envolées, les belles vertus dont on le créditait volontiers et qui seraient celles du parti centriste : la modestie, la modération, l’équilibre, l’art du compromis… Pour une fois, le recours à l’oxymore s’impose : Bayrou ou l’extrémiste du centre. Décidément, même chez ceux qui devraient en être le mieux préservés, la seule espérance du pouvoir corrompt et fait perdre la tête. Que Bayrou relise donc la biographie d’Henri IV , qu’il a rédigée – lui-même - voici quelques années, pour apprendre l’art et la manière de rassembler un peuple divisé.
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