Dans sa récente exhortation apostolique Sacramentum caritatis, Benoît XVI appelait tous les baptisés, et plus particulièrement les responsables politiques, à la « cohérence », leur rappelant qu’il est impossible de reléguer leur foi à la sphère privée, sans incidence aucune sur leurs prises de position concernant ces « valeurs non négociables » que sont « le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes ». Le moins qu’on puisse dire est que cette cohérence n’est pas toujours observée, loin s’en faut, dans la classe politique française, par ceux qui se réclament de la foi ou de la culture chrétienne. Prenons François Bayrou, par exemple (on pourrait en trouver d’autres), catholique pratiquant et indéniablement homme de foi sincère. Dans le grand portrait du candidat centriste publié dans son édition du 21 mars, et justement nommé François Bayrou et son double, le Monde rappelait cette déclaration de l’homme qui murmure à l’oreille des tracteurs : « Mon engagement chrétien est plus important que mon engagement politique. Et je ne tiens pas à ce qu’ils se mélangent. » Incarnation de cette « séparation entre les ordres » (c’est le nom que François Bayrou donne à cette schizophrénie) qui veut qu’il y ait d’un côté le croyant, de l’autre le politique qui fait comme si le croyant n’existait pas, sa position sur l’avortement, rappelée par le Monde : contre en privé, pour en public. Comme de juste, cette séparation des ordres ne marche que dans un sens : imagine-t-on un libre-penseur s’abstenir de défendre l’avortement pour ne pas mélanger son engagement politique avec ses convictions philosophiques ? Impensable, bien sûr : les adversaires de la foi et de la culture de vie n’ont nul besoin, eux, qu’on les rappelle à la cohérence, ils en ont bien compris, et de longtemps, la redoutable efficacité.

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