Déterminisme
Le 10/04/07, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Présidentielle
En cette trêve pascale ensoleillée, alors que les terrasses regorgeaient de trop belles jeunes filles étrennant plus ou moins timidement leurs premières robes d’été, on pouvait se laisser aller à rêver que la vraie vie, enfin, allait reprendre ses droits sur la politique. L’ouverture de la campagne officielle venait hélas nous rappeler que nous n’en avions pas fini. Cette campagne officielle sera-t-elle en mesure de changer la donne, avec son égalitarisme factice, ses clips d’autant plus raides que le candidat a peu de moyens, ses discours dont la juxtaposition fait encore mieux ressortir les stéréotypes (Besancenot, c’est Buffet plus les fautes de français) ? Ou bien quelque polémique nouvelle va-t-elle brouiller les lignes, à l’image de ces propos stupéfiants de Nicolas Sarkozy sur la prédétermination génétique à la pédophilie ? Comme naguère avec son projet de loi sur le dépistage dès la petite enfance des tempéraments délinquants, voilà donc le candidat de la droite libérale qui enferme l’homme dans un déterminisme rigide, au mépris des études scientifiques les mieux établies : foin de l’éducation, foin de la force du tabou, foin du rôle de la pornographie dans le développement des perversités sexuelles : Nicolas Sarkozy « pour sa part, inclinerait à penser que l’on naît pédophile ». Au mépris aussi, comme l’a rappelé Mgr Vingt-Trois qui a entendu dans ces propos un "relent eugéniste", de toute la tradition philosophique judéo-chrétienne dont la droite est pourtant l’héritière, qui veut que l’homme, s’il n’est pas un atome sans attache et sans racine, n’en soit pas pour autant un pur produit de son milieu, social, familial ou génétique, mais une personne autonome dotée de son libre-arbitre, impossible à enfermer dans la cage contraignante de comportements prédéterminés. Sarkozy, lui, obéit à un autre déterminisme, ancré dans les habitudes celui-là – celui qui veut que nos hommes politiques ne fassent plus guère référence, faute de le maîtriser, à un quelconque système de valeurs, à une quelconque vision du monde. Non, ils prennent position comme ça leur vient, "au feeling", se fondant non sur une réflexion, mais sur des impressions ; non sur une philosophie, mais sur des sentiments. Au risque que les électeurs aient le sentiment, eux, que rien de tout cela n’est pas bien sérieux…
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