Ainsi donc, Nicolas Sarkozy a magistralement réussi son hold-up sur l’électorat lepéniste, bien aidé il est vrai par la stratégie concoctée par Marine Le Pen, consistant à transformer son père en un vieillard bonasse et patelin – or, avait reconnu Jean-Marie Le Pen lui-même dans un moment de doute, « un Le Pen gentil, ça n’intéresse personne ». Stratégie qui, empêchant Le Pen d’attaquer Sarkozy frontalement (il ne l’a fait qu’en fin de course, pressentant sans doute l’hémorragie), l’a empêché de fixer son électorat. Le hold-up n’est pas fini : dans son discours de Dijon hier soir, Sarkozy s’est payé le luxe de reprendre à son compte la vieille formule lepéniste : « Je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas. » C’est que le candidat de l’UMP sait bien qu’en politique, un butin n’est jamais acquis. Et n’oublie pas que les reports de voix du noyau dur lepéniste, celui qui n’a pas cédé à ses sirènes au premier tour, devront être chèrement gagnés. Mais il faudra qu’il n’oublie pas non plus, une foi élu, que s’il suit les désastreux précédents de Giscard et Chirac, qui ont toujours préféré flatter leurs adversaires à complaire à leurs électeurs, ceux-ci auront bientôt fait de retourner en masse vers Le Pen ou ses successeurs. Un hold-up électoral réussi, ça force toujours l’admiration. A Nicolas Sarkozy de faire en sorte qu’il n’apparaisse pas, un jour, comme une escroquerie.

PS : Et maintenant, une page d’autopublicité. J’étais la semaine dernière sur KTO l’invité de l’émission Eglises du monde. Pendant encore quelques jours, ceux que ça pourrait amuser peuvent la voir là. http://www.ktotv.com/video_data.php3?numero=1607

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