C’est entendu : l’intérêt d’un député sortant est d’être réélu, et il faut comprendre l’attitude des parlementaires UDF qui refusent d’aller au casse-pipe derrière Bayrou, eux qui, en 2002, n’avaient dû leur élection qu’aux voix de l’UMP… Mais entendre aujourd’hui ceux qui applaudissaient des deux mains à sa stratégie jusqu’auboutiste (quand ils ne l’encourageaient pas), traiter ce même Bayrou plus bas que terre a quelque chose d’indécent. Bayrou n’est pas plus insensé aujourd’hui, quand il prétend maintenir sa ligne, qu’hier, quand il estimait pouvoir se qualifier pour le second tour. Ce qui a changé, c’est le calendrier qui, en politique, se révèle souvent plus important que les idées: avant le 22 avril, la plupart des députés UDF estimaient, au vu des sondages, qu’il avait une chance sérieuse d’entrer à l’Elysée, et eux, par suite, d’être réélus dans son sillage; depuis le 23, ils ont compris que rester derrière lui risquait de les envoyer au tapis. Voici comment, en quelques heures, le sauveur suprême du centre est devenu son naufrageur. Il n’est en réalité, ni l’un ni l’autre. Seulement un politique qui, à tort ou à raison croit à son destin. Ce qui est tout sauf méprisable. A cette aune, ceux qui, comme Gilles de Robien ont pris tous les risques, depuis 2002, pour s’opposer à la stratégie de Bayrou, peuvent se regarder dans une glace. On ne saurait en dire autant de ceux qui le traitent soudain en paria après l’avoir porté aux nues. En politique comme en physique, rien ne se perd… Tout se transforme !

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