Arrivé à Rome le 11 mai pour quelques jours de vacances, les journaux m’y apprennent la tenue, le lendemain, d’une grande manifestation en défense de la famille, le “Family Day”. Sur la place qui borde Saint-Jean-de-Latran, où se tient le rassemblement, je m’attendais à trouver quelques dizaines de milliers de personnes : je me heurte à une foule immense, que les journaux italiens, de gauche comme de droite, évalueront à un million de personnes, emplissant la place, une après-midi entière, de leurs chants et de leurs applaudissements ! Plusieurs centaines d’associations laïques, soutenues par le clergé catholique (dans toutes les églises de Rome, des affiches invitent à la manifestation), ont réussi leur pari : mobiliser l’Italie profonde, « la gente vera » (les vraies gens), pour manifester leur indignation qu’alors que les politiques publiques ignorent les familles traditionnelles, le gouvernement Prodi s’apprête à favoriser des “familles de série C”, en instituant un Pacs local, le Dico. Des milliers de tee-shirts rouge et blanc, place San Giovanni, le refusent avec force : “Dico mai !” (“Dico, jamais !”, ou “Je dis : jamais !”), tout en réaffirmant leur fierté de défendre le modèle de la famille traditionnelle, basée sur l’engagement à long terme, l’amour qui n’exclut pas le sacrifice, la procréation. Les chrétiens le disent sans fausse pudeur : c’est le Christ qu’ils veulent placer au cœur de la famille. Les orateurs athées, tout aussi nombreux, ne veulent eux aussi connaître qu’un seul type de mariage : l’union d’un homme et d’une femme ouverte à la fécondité. Face à cette foule déterminée, joyeuse et sans complexes, les quelques milliers de contre-manifestants réunis place Navone sous l’enseigne du “courage laïc”, où l’on croise les habituels travestis en prélats et bonnes sœurs faisant mine de s’embrasser langoureusement, ne font qu’une piètre figuration. Dans une Rome recouverte par l’Alliance nationale d’affiches vantant le changement produit par l’élection de Nicolas Sarkozy (dont le projet présidentiel se propose pourtant d’introduire un mariage homosexuel qui n’en porterait pas le nom), on se dit que c’est la France qui aurait à prendre des leçons de l’Italie en matière de refus d’un moralement correct forgé par des “élites” ultra-minoritaires.

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