J’évoquais la semaine dernière la nécessaire réforme de l’Éducation nationale ; il est un autre chantier auquel le gouvernement devrait immédiatement s’attaquer : celui de la Justice. Les corporatismes n’y sont pas moins forts, et l’on a vu le Syndicat de la magistrature, très à gauche, faire échouer bien des réformes. Mais pourra-t-on continuer plus longtemps ? Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait provoqué la colère de nos syndicalistes en robe (noire) en regrettant qu’ils ne sévissent pas plus sévèrement contre les multirécidivistes. Il y a pourtant beaucoup à faire. Dans Justice, la bombe à retardement (paru en avril chez Robert Laffont), trois journalistes, Olivia Recasens, Jean-Michel Décugis et Christophe Labbé décrivent les coulisses du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). « C’est dans ce tribunal qu’est instruit le dossier de Zyed et Bouna, les deux adolescents électrocutés dans un transformateur de Clichy-sous-Bois, un drame à l’origine des émeutes de 2005, qui ont embrasé les banlieues et conduit à l’instauration de l’état d’urgence. C’est à Bobigny aussi que comparaîtront les bourreaux de Yamine, 19 ans, tabassé à mort dans la cave d’une cité et étouffé avec un sac plastique enfoncé dans la gorge. Mais il y a aussi les violences faites aux femmes. C’est ici que sera jugé le jeune Pakistanais qui a aspergé d’essence Chahrazad, 18 ans, et l’a brûlé à 60%, le 13 novembre 2005, à Neuilly-sur-Marne. C’est encore dans le 9-3, où 30% de la population a moins de 20 ans, que pointe avec plus d’acuité qu’ailleurs le problème des mineurs délinquants ». Justement, le gouvernement veut abaisser à 16 ans l’âge de la majorité pénale et instaurer des “peines plancher” pour les multirécidivistes. A lire la liste des affaires traitées à Bobigny, pas sûr cependant que la réponse pénale soit suffisante.

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