Au soir du premier tour de l’élection présidentielle, la moindre des surprises n’était pas de constater que les électeurs français, qui à 55 % s’étaient prononcés en mai 2005 contre le projet de Constitution européenne, avaient voté deux ans plus tard, à plus de 75 %, pour des candidats qui y étaient favorables, et ne cachaient ni les uns ni les autres, sous des modalités différentes, leur intention de faire rentrer par la fenêtre le texte qui avait été éjecté par la porte. Non que les Français aient changé d’avis sur la question, mais l’enjeu européen, dans cette élection présidentielle, s’était trouvé noyé sous d’autres thèmes plus quotidiens. A peine élu, Nicolas Sarkozy s’est donc attelé à son projet de "traité simplifié", dont il s’est entretenu hier avec Romano Prodi. Il s’agit, nous dit-on, de faire sortir l’Europe du "blocage" – comme si les institutions européennes avaient brutalement cessé de fonctionner au lendemain du "non" français ; comme si, surtout, c’était répondre au rejet que marque l’opinion pour l’esprit actuel de la construction européenne que s’obstiner à aller plus loin dans la même direction. Ce traité simplifié, écrit le Figaro, ne comprendra "que les principales dispositions" (sic) du traité rejeté par les électeurs - donc pas la peine de les redéranger pour si peu : à traité simplifié, il faut un "oui" simplifié, octroyé par un Parlement acquis d’avance. « La simplicité, écrit Henry Adams, est la maîtresse la plus trompeuse qui ait jamais trahi un homme. »

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