Guy Môquet et les autres sacrifiés
Le 05/06/07, par Frédéric Pons, Rédacteur en chef Monde | Présidentielle
Comment ne pas être d’accord avec Nicolas Sarkozy ? Il faudrait être une borne pour ne pas être bouleversé à la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet à sa « petite maman chérie », à son « tout petit frère adoré », à son « petit papa aimé. » Fusillé, à 17 ans ! « Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose… » Oui, il est bon de proposer cette lecture aux lycéens. Encore faut-il que les profs acceptent de parler des valeurs « oubliées » depuis des décennies : l’honneur et la patrie, l’amour de la France, le sacrifice suprême. Ce n’est pas gagné. Les réactions de quelques coteries d’enseignants en témoignent. Il faut aussi ne pas tromper les jeunes, ni la France, savoir dire la vérité et la richesse de notre histoire. Guy est mort en otage pas en résistant. Fils de député communiste, militant communiste, il fut arrêté en octobre 1940 parce que le PCF avait été dissous par Daladier en septembre 1939 pour collusion avec l’URSS et l’Allemagne nazie, alors alliées. Dirigé par un déserteur (Maurice Thorez), strictement aligné sur Moscou, le PCF ne considérait pas l’Allemagne comme l’ennemi. Il encourageait même le sabotage de l’armée française. Le jeune Guy obéissait à ses aînés. Raflé par la police française, il était en prison quand le PCF entra enfin en résistance, après l’attaque de l’URSS par l’Allemagne le 22 juin 1941. Des communistes abattirent un officier allemand à Nantes. L’occupant exigea des otages : ce fut le massacre des 27 Français de la prison de Châteaubriant. Guy était le plus jeune. D’autres Français étaient entrés en résistance dès juin 1940 (relire Griotteray). Parmi ces héros de la première heure, Honoré d’Estienne d’Orves, arrêté en janvier 1941, fusillé le 29 août suivant. « N’ayez à cause de moi aucune haine pour personne », laissa-t-il dans son testament. Le 28 août, il confia ses enfants à sa femme Eliane : « Tu leurs expliqueras ce que j’ai fait, à ces petits, pour qu’ils sachent que leur papa n’a eu qu’un but ; la grandeur de la France, et qu’il y a consacré sa vie. » Et que dire d’Henri Fertet, exécuté à Besançon à l’âge de 16 ans, après 87 jours de cellule et de torture, authentique résistant (chevalier de la Légion d’honneur et Compagnon de la Libération) : « Chers parents, ma lettre va vous causer une grande peine…Papa, je t’en supplie, prie. Songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel… C’est dur quand même de mourir. Mille baisers. Vive la France. » Il faudrait aussi transmettre la lettre d’Henri Fertet au président.
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