Giscard, le retour
Le 26/06/07, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
« Ce que j’ai dit, je le ferai », a martelé Nicolas Sarkozy pendant la campagne. Et si, justement, c’était ça le problème ? Envoûtés par les envolées lyriques concoctées par Henri Guaino sur le thème de la nation, les électeurs n’ont guère prêté attention au fait que le futur président de la République ne cachait pas son intention de remettre en selle, sous un autre nom, la Constitution Giscard (la tactique, simple mais efficace, de l’évitement du nom semblant être l’une des favorites du nouveau Président). D’un côté, de belles pétitions de principe dont on ne lui demandera jamais compte tant elles sont vagues – l’identité française, la grandeur de la nation, le long manteau d’églises qui recouvre nos campagnes… –, de l’autre des mesures terriblement concrètes : les contradictions de la campagne électorale ne pouvaient guère être résolues que d’une seule manière. Le « traité simplifié » débouchera donc sur de nouveaux abaissements de la souveraineté nationale, avançant un peu plus sur la voie constamment rejetée par les peuples de la supranationalité (présidence stable, personnalité juridique de l’Union), mettant notre politique étrangère sous tutelle du futur ministre des relations extérieures de l’Union, étendant les matières (une quarantaine !) sur lesquelles la France ne pourra plus faire jouer son droit de veto… Quant au revirement des Polonais, il fournit la preuve involontaire que toute résistance au fédéralisme est vaine, puisque toute position qui ne va pas dans ce sens est stigmatisée comme un « blocage » : l’Europe ne saurait avancer que dans une direction unique, à marche forcée. Enfin, quoi qu’en pensent les frères Kaczynski, les réserves qu’ils ont fait ajouter en annexe sur la charte des droits fondamentaux ne devraient pas empêcher la très laxiste jurisprudence européenne de nous dicter sa loi sur l’homoparentalité, l’eugénisme ou le mariage homosexuel. Les électeurs souverainistes qui ont accordé leur confiance à Nicolas Sarkozy n’ont donc plus, désormais, que leurs yeux pour pleurer.
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