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Le fonctionnaire modèle.

Cet agent du Trésor qui a créé un professeur d’université fictif à qui elle a versé pendant quinze ans un traitement de 4 000 euros par mois ne mérite sûrement pas d’être félicité. Cependant son action a quelques mérites. Pendant quinze ans il s’est trouvé au moins un professeur heureux, régulièrement augmenté et du coup jamais malade et jamais en grève. Mobile, il a accepté sans sourciller une mutation de Saint–Denis à Marne–La–Vallée. Il ne se plaignait pas des amphithéâtres surchargés, de la vétusté des locaux et de l’insuffisance de moyen. Son enseignement n’aura perverti aucun élève à la différence de Socrate. En dehors de son salaire, il ne coûtait rien à l’Etat et par ses cotisations contribuait à financer les retraites. Et l’on pouvait compter sur lui pour prolonger son activité au-delà de l’âge légal si le besoin s’en était fait sentir. Quant au non renouvellement de son poste maintenant vacant, il ne soulèvera aucune protestation. Peut-être y a-t-il là une piste pour relancer le pouvoir d’achat. Chaque citoyen pourrait avoir son fonctionnaire fictif pour lui payer ses vacances et ses menus plaisir. A l’heure des avatars et autres créations virtuelles, notre agent du Trésor a agi en précurseur.

La rentrée ne sera pas sanglante…

C’est la seule question que les gens se posaient et notamment le public de droite : et la rentrée ? Plus les augures vous annonçaient une rentrée chaude, plus il fallait s’attendre au contraire. Où sont les troupes, les dirigeants, capables de mobiliser du monde pour descendre dans la rue et sur quel sujet ? A voir l’état dans lequel se trouve la gauche, on se le demande. Les enseignants ? Mais encore ? Lisons ce que Gérard Aschieri, le secrétaire général de la FSU (c’est-à-dire la centrale syndicale la plus conservatrice, la plus corporatiste de l’Education nationale), dit actuellement : « Si nous avions eu 17 000 postes en moins, les discussions sur le métier auraient été très difficiles. A 11 200, il n’y a pas de vrai bouleversement mais on accentue les problèmes qui feront que ni cette rentrée ni la suivante ne seront bonnes. » Décryptons : à 17 000 suppressions de postes, on ne discutait pas ; mais à 11 200, on peut parler ; ce qui veut dire que le principal syndicat enseignant admet désormais que la suppression de plus dix mille postes est dans l’ordre des choses et qu’il n’y peut plus rien. Ce qui était réputé impossible, la réduction des effectifs à l’Education nationale, entre maintenant dans le domaine du courant ; les campagnes électorales et la pédagogie politique n’y sont pas pour rien. Comme quoi, il faut toujours annoncer un chiffre terrifiant au départ (18 000 suppressions de postes) ; quand il est ramené à 11 000, tout le monde l’accepte. C’est le métier !

Rupture ou consensus, il va falloir choisir.

Nicolas Sarkozy a passé le week-end dernier le cap des cent jours depuis sa prise de fonction à l’Elysée. Certes, le gouvernement n’a pas chômé, nombre de mesures ont été prises, certaines non négligeables comme le bouclier fiscal, l’exonération des heures supplémentaires, la réforme des droits de succession… Pour autant, a-t-on observé la rupture promise ? La présidence Sarkozy a-t-elle bousculé les frilosités, plié les intérêts particuliers à l’intérêt général, combattu frontalement ces blocages sur lesquels se sont brisés tous les élans réformateurs passés ? A-t-elle rompu avec le principal tabou, le credo selon lequel rien ne peut se faire en France sans consensus préalable, alors que celui-ci est par définition introuvable dans un pays gangrené de corporatismes et d’égoïsmes institutionnalisés, soumis au caprice de syndicats archaïques et de groupes de pression d’autant plus intraitables qu’ils ne sont pas représentatifs ? Sur tous les sujets où la politique annoncée heurtait de front ces corporatismes, force est de constater que ledit consensus a poussé le gouvernement à renoncer à la rupture : réforme de l’Université réduite à des mesurettes soit anodines soit nuisibles, service minimum escamoté, recul sur la réduction du nombre de fonctionnaires, peine plancher réduite à une simple recommandation, régularisations récurrentes de clandestins sous la pression des lobbies immigrationnistes… Sur les chantiers de réformes annoncés pour la rentrée, à commencer par celle des régimes spéciaux, les mêmes causes produiront inéluctablement les mêmes effets. A moins que Nicolas Sarkozy trouve le courage d’opérer la seule rupture qui vaille, qui commande toutes les autres : la rupture avec la tyrannie du consensus.

Bertrand Cantat, bientôt libéré ?

Bertrand Cantat sortira-t-il bientôt de prison ? Coupable du meurtre de l’actrice Marie Trintignant, le chanteur du groupe Noir Désir a été condamné à huit ans de réclusion criminelle le 29 mars 2004 par le tribunal de Vilnius, où s’est déroulé le drame. L’affaire avait ému la France entière : une femme battue (« de petite taille et menue », écrivent les juges lituaniens) qui meurt sous les coups assénés par son compagnon. « Deux allers-retours », a prétendu Cantat, mais « la cour est convaincue que la force des coups était très grande », précise le jugement. Il s’était pourtant trouvé des voix indignes pour s’émouvoir du sort de Bertrand Cantat : le chanteur appartenait à cette petite république d’“intellos” prônant la tolérance, mais stigmatisant tous ceux qui ne partagent pas leurs idées – ce qui crée des solidarités. Sa demande de libération conditionnelle sera examinée le mois prochain. Si le juge d’application des peines lui fait droit, Bertrand Cantat n’aura purgé que la moitié de sa peine, compte tenu de sa détention provisoire. Quatre ans seulement pour un meurtre. Une sanction divisée par deux sous prétexte que le détenu se conduit bien… C’est la coutume. Mais n’est-ce pas aussi le scandale ? A quoi bon prononcer une sanction si la société se résigne à ne pas l’exécuter ? Francis Évrard, le pédophile récidiviste, a été relâché, lui aussi, plusieurs années avant la fin de sa peine. N’est-il pas temps de réserver la libération conditionnelle aux détenus qui la méritent vraiment ?

Pas de vacances pour Margot

Il y a au moins une chose que nous apprend le tragique accident survenu au petit Ivan, ce fils d’immigré clandestin tombé du cinquième étage alors que son père tentait de fuir la police : c’est que Margot ne prend pas de vacances. La bonne vieille tactique consistant à exploiter l’émotion suscitée par un fait divers pour entamer la résolution de nos dirigeants ne connaît pas de trêve estivale. Soutenus comme à l’habitude par les partis de gauche (le parti communiste n’hésitant pas à employer le mot de "rafle"), les organisations de soutien aux clandestins (dont on espère au passage qu’au vu de leurs appels incessants à bafouer la légalité, elles ont subi depuis l’arrivée du nouveau gouvernement une salutaire "rupture" de leurs subventions publiques) n’ont pas manqué de l’exploiter pour sommer le gouvernement d’abandonner sa politique de lutte contre l’immigration clandestine. Brice Hortefeux a assuré de sa fermeté en la matière. On le croirait plus volontiers si les chiffres qu’il cite régulièrement ne témoignaient d’une singulière sous-estimation du phénomène : sait-on par exemple, que sur les 24 000 expulsions de clandestins dont le ministère se flatte pour 2006, pas moins de 16 000 ont concerné des Comoriens expulsés de Mayotte, ce qui ne laisse plus que… 8 000 expulsions effectuées en tout et pour tout sur le reste du territoire français ! Et on serait plus rassuré encore si le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale n’avait publié, dans Libération du 27 juillet, une tribune sur sa conception de l’identité nationale, conception qui a tous les signes extérieurs du courant d’air, comme en témoigne cet extrait : « L’identité se base avant tout sur ce que chacun souhaite apporter à son pays plus que ce dont il peut hériter. » Sur ce même blog, le 17 avril dernier, nous mettions en garde contre la conception sarkozyste de l’identité nationale, qui nous semblait avoir tout de l’auberge espagnole. Avions-nous tort ?

Le Palais Royal aux ordres de Bercy

Le conseil constitutionnel vient de porter un mauvais coup au crédit de Sarkozy. Alors que celui-ci avait promis que tous les intérêts d’emprunts immobiliers seraient déductibles quelle que soit la date d’acquisition du logement le conseil constitutionnel vient d’annuler cette mesure, la limitant aux nouveaux emprunts. Déjà, Bercy et le parlement avaient limité la portée de ce texte en plafonnant la déduction à 20% des intérêts d’emprunt dans la limite de 7500 euros. La loi n’était applicable que pour les cinq premières années d’emprunts et la déduction ne pouvait porter que sur les intérêts payés après la promulgation de la loi. A coup d’arguments fumeux (inégalité devant l’impôt, charges hors de proportion avec l’effet incitatif attendu) le Conseil constitutionnel a encore durci les conditions d’accès à cette déduction. Les emprunteurs qui ont signé en toute confiance depuis l’élection de Sarkozy mais avant la promulgation de la loi et tous les emprunteurs immobiliers qui lui ont apporté leur voix sont furieux. En revanche, Bercy est aux anges car le coût de la mesure se trouve réduit de 80%. On attend avec impatience le nouveau dispositif promis par François Fillon. Mais, une fois de plus, se trouve vérifié l’adage selon lequel « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ».

Immigration : le gouvernement ne doit pas reculer !

La très étrange déclaration de Brice Hortefeux expliquant qu’« il y a en France entre 200 000 et 400 000 étrangers clandestins » prépare-t-elle une « reculade » du gouvernement comme sur le service minimum ou le nombre de fonctionnaires non remplacés ? Ces chiffres sont sous-évalués. La preuve ? Il y a deux mois notre ambassadeur en Algérie reconnaissait que le nombre d’Algériens en situation irrégulière s’élève déjà à 350 000. A rajouter aux 250 000 à 450 000 chinois et 75 000 maliens clandestins recensés par le ministère de l’Intérieur il y a un an (période Sarkozy !). Et sans compter tous les autres… Bref, il y a aujourd’hui en France au moins dix fois plus d’immigrés clandestins que ne le dit Hortefeux ! Inquiétant de la part de celui qui est chargé de préparer, pour la rentrée, la loi sur la « maîtrise de l’immigration ». C’est sur celle-ci que l’on jugera si « l’ouverture à gauche » est tactique ou politique. Dans le second cas – que ne pardonneraient pas les électeurs de droite - gare au retour de bâton !

Un évêque catholique

A force d’entendre louer en Mgr Lustiger un homme de "tolérance", de "dialogue" et d’"échanges entre les cultures", on finirait par en oublier l’essentiel : qu’il fut, d’abord et surtout, un évêque catholique. Et attaché, avant tout, à faire partager sa foi, à lui donner les moyens de se faire entendre dans une société hostile ou indifférente. La chose peut sembler banale : Mgr Lustiger a accédé au siège épiscopal à une époque, hélas, où elle ne l’était pas. On a pu être agacé par le caractère, souvent abrupt, du cardinal, en désaccord avec telle ou telle de ses orientations théologiques ou pastorales, déboussolé par des postures politiques parfois hasardeuses, par la part qu’il a prise à une "repentance" bien dans un air du temps qu’il savait pourtant si bien prendre à rebrousse-poil quand il le voulait : nul ne pourrait dénier à l’ancien archevêque de Paris son zèle à faire connaître le Christ à ses contemporains, ni son ardeur à annoncer l’Evangile et à faire se lever une génération de prêtres aptes à le répandre dans le monde. Quand tant de ses confrères se résignaient à la fermeture ou à la destruction des églises dans leur diocèse, lui mettait son point d’honneur à en ouvrir – et s’il le pouvait, c’est qu’il s’était donné les moyens que celles qui existent déjà ne soient pas désertées. « C’était un homme qui ne baissait pas les bras », dit Gérard Leclerc, et Mgr Vingt-Trois note qu’il « a résisté avec persévérance au sentiment diffus selon lequel le christianisme allait mourir ». Si l’on ne devait retenir qu’une chose du cardinal Lustiger, ce pourrait être de nous avoir rappelé que Dieu vomit les tièdes.

Triste ratatouille

On mélange tout et on oublie l'essentiel, dans cette ratatouille habilement mijotée par les Kadhafi, préparée par le père, remuée par le fils. La France se retrouve accusée de tout, obligée de se justifier. Et la gauche fonce dans le panneau, et les autorités bulgares font profil bas, trop heureuses de voir l'attention et les questions s'éloigner de leurs propres responsabilités, alors qu'elles ont tant à se reprocher (indifférence pour les uns, trafics sordides avec la Libye pour les autres) et l'Europe se montre de plus en plus gênée. Bien sûr qu'il y a eu des contreparties avec Kadhafi. Seuls les naïfs croient le contraire. Et pourquoi la France laisserait aux autres les contrats à venir ? Au nom de la raison d'Etat, on va vendre... Le Libyen est joueur et près de ses sous. Il va tirer le maximum des otages après les avoir soigneusement laissés torturer. Le racket après la sauvagerie (lisez les premiers témoignages des otages...). Nous, contribuables, allons financer ses trente années de gabegie et de nullité, en remettant son pays en état. Est-ce normal ? Ils ont violé nos otages avec des chiens et on se laisse mettre a laisse au cou pour quelques millions de contrats ! Est-ce acceptable ? On doit bien rire sous la tente du Bédouin. Faut-il s'en satisfare ? Non. Des plaintes pour tortures, crimes, etc... doivent maintenant être déposées pour ne pas laisser ces crimes impunis. La renonciation à toute poursuite contre leurs tortionnaires signée par les otages ne vaut rien. Un chiffon de papier signé sous la contrainte. Il faut pourrir la vie de Kadhafi et consorts, au nom de toutes ses victimes. Au nom de la justice et et la dignité. Mais où sont les organisations de défense des droits de l'homme et de la femme ?

Sarkozy et l’ombre de Bonaparte

Bon nombre de mes confrères ont évoqué à propos de Nicolas Sarkozy et de son hyperactivité depuis son élection à la présidence de la République l’ombre de Kennedy, allant même jusqu’à mettre en parallèle Cécilia et Jackie Kennedy. Sans aller bien loin, il existe une référence française plus probante : Bonaparte. A maints égards, tant par son ambition que par sa rapidité de décision et d’exécution, par sa manière d’accaparer la moindre parcelle de pouvoir et de monopoliser l’attention, par sa volonté de veiller aux moindres détails, Sarkozy évoque le Bonaparte Premier Consul. Il ne s’agit, dira-t-on, que d’un style et d’un tempérament. Relisant récemment l’œuvre de Barrès, l’inventeur du nationalisme français, et, notamment, Le Roman de l’ énergie nationale, il m’est apparu que le parallèle peut être poussé plus loin. Par sa manière d’infléchir l’esprit des institutions, de redonner au pays le dynamisme qui lui faisait défaut, de pratiquer une sorte de démocratie autoritaire, Nicolas Sarkozy s’inscrit dans l’héritage du bonapartisme, cette troisième famille politique de la droite française, dont le gaullisme fut une résurgence originale. Rassurons, cependant, les électeurs de Ségolène, il ne parait qu’il y ait chez notre président la moindre tentation impériale, sinon impérialiste…

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