A force d’entendre louer en Mgr Lustiger un homme de "tolérance", de "dialogue" et d’"échanges entre les cultures", on finirait par en oublier l’essentiel : qu’il fut, d’abord et surtout, un évêque catholique. Et attaché, avant tout, à faire partager sa foi, à lui donner les moyens de se faire entendre dans une société hostile ou indifférente. La chose peut sembler banale : Mgr Lustiger a accédé au siège épiscopal à une époque, hélas, où elle ne l’était pas. On a pu être agacé par le caractère, souvent abrupt, du cardinal, en désaccord avec telle ou telle de ses orientations théologiques ou pastorales, déboussolé par des postures politiques parfois hasardeuses, par la part qu’il a prise à une "repentance" bien dans un air du temps qu’il savait pourtant si bien prendre à rebrousse-poil quand il le voulait : nul ne pourrait dénier à l’ancien archevêque de Paris son zèle à faire connaître le Christ à ses contemporains, ni son ardeur à annoncer l’Evangile et à faire se lever une génération de prêtres aptes à le répandre dans le monde. Quand tant de ses confrères se résignaient à la fermeture ou à la destruction des églises dans leur diocèse, lui mettait son point d’honneur à en ouvrir – et s’il le pouvait, c’est qu’il s’était donné les moyens que celles qui existent déjà ne soient pas désertées. « C’était un homme qui ne baissait pas les bras », dit Gérard Leclerc, et Mgr Vingt-Trois note qu’il « a résisté avec persévérance au sentiment diffus selon lequel le christianisme allait mourir ». Si l’on ne devait retenir qu’une chose du cardinal Lustiger, ce pourrait être de nous avoir rappelé que Dieu vomit les tièdes.

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