Nicolas Sarkozy a passé le week-end dernier le cap des cent jours depuis sa prise de fonction à l’Elysée. Certes, le gouvernement n’a pas chômé, nombre de mesures ont été prises, certaines non négligeables comme le bouclier fiscal, l’exonération des heures supplémentaires, la réforme des droits de succession… Pour autant, a-t-on observé la rupture promise ? La présidence Sarkozy a-t-elle bousculé les frilosités, plié les intérêts particuliers à l’intérêt général, combattu frontalement ces blocages sur lesquels se sont brisés tous les élans réformateurs passés ? A-t-elle rompu avec le principal tabou, le credo selon lequel rien ne peut se faire en France sans consensus préalable, alors que celui-ci est par définition introuvable dans un pays gangrené de corporatismes et d’égoïsmes institutionnalisés, soumis au caprice de syndicats archaïques et de groupes de pression d’autant plus intraitables qu’ils ne sont pas représentatifs ? Sur tous les sujets où la politique annoncée heurtait de front ces corporatismes, force est de constater que ledit consensus a poussé le gouvernement à renoncer à la rupture : réforme de l’Université réduite à des mesurettes soit anodines soit nuisibles, service minimum escamoté, recul sur la réduction du nombre de fonctionnaires, peine plancher réduite à une simple recommandation, régularisations récurrentes de clandestins sous la pression des lobbies immigrationnistes… Sur les chantiers de réformes annoncés pour la rentrée, à commencer par celle des régimes spéciaux, les mêmes causes produiront inéluctablement les mêmes effets. A moins que Nicolas Sarkozy trouve le courage d’opérer la seule rupture qui vaille, qui commande toutes les autres : la rupture avec la tyrannie du consensus.

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