La rumeur, soigneusement entretenue, a alimenté les conversations tout l’été. Fi des biographies hâtives concoctées jusqu’alors par des journalistes politiques. Avec le portrait-reportage de Mme Yasmina Réza, tout ce que nous voulions savoir sur Nicolas Sarkozy allait enfin nous être révélé ! Pour une fois qu’un politique se voit portraituré par un écrivain, nous allions avoir droit à un chef d’œuvre. Profond, subtil, palpitant, plein de ces petits faits vrais, chers à Stendhal, nourri de ces dialogues percutants dont notre dramaturge renommée a le secret. Et, bien sûr, corrosif, voire iconoclaste, puisque Mme Réza ne dissimule pas d’avoir le cœur à gauche (tout comme le mystérieux G, hiérarque socialiste, paraît-il, à qui le livre est dédié). Las, à peine sorti du four, le soufflé est retombé ! Avoir eu la chance de suivre comme son ombre le candidat à la présidentielle durant un an, et n’en tirer qu’un si piètre parti, c’est pitié. Un lâche enchainement d’instantanés photographiques de scènes croquées à la va vite, de notes à peine réécrites, ne font pas un livre. Quant au regard du peintre, il ne retient que des détails, insignifiants le plus souvent, sur le physique et les attitudes de l’homme, qui apparaît comme un agité compulsif, ne pouvant vivre que dans l’immédiateté de l’instant, incurieux du passé et insoucieux de l’avenir, méprisant vis-à-vis d’une France restée provinciale. Un arriviste inculte, aux goûts de « beauf » (les gros tirages de Marc Lévy, les Rolex en or, le Tour de France, Chimène Badi, et j’en passe), bref, le comble de l’horreur démagogique aux yeux d’une icône snob de l’élite intellectuelle... Voilà pour le pire, sans même, du reste, l’intention de nuire, car l’auteur reste dans le registre de la fadeur, du neutre helvétique. Au mieux, ce que Mme Réza voit en Nicolas Sarkozy, c’est un enfant, ébloui par son propre succès, épaté de voir se rallier à lui les vedettes du show-biz et du sport. Une espèce de Rastignac en culottes courtes, à qui elle concède, toutefois, une intelligence et un sens stratégique indéniable, mais dépourvu d’une vision à long terme. Dans ces conditions, comment expliquer qu’une majorité d’électeurs ait choisi Nicolas Sarkozy comme l’homme le plus capable de relever la France ? Ce n’est pas en lisant Mme Yasmina Réza qu’on le comprendra.

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