Comme d’habitude, il y a à boire et à manger dans la Lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy. Du très bon (« Nous avons le devoir de leur apprendre que tout ne se vaut pas, que toute civilisation repose sur une hiérarchie des valeurs, que l'élève n'est pas l'égal du maître ») et du gloubi-boulga politiquement correct : « Nos enfants ne seront jamais des citoyens du monde si nous ne sommes pas capables d'en faire des citoyens français et des citoyens européens. » (Aaargh ! Au secours !) Du pertinent (« Nous devons remettre la culture générale au cœur de notre ambition éducative », « Il ne faut pas laisser le fait religieux à la porte de l'école ») et, comme toujours avec le Président de la République, du parfaitement déplacé (cet « amour » qu’il se croit obligé de caser partout, surtout là où il n’a rien à faire). Et, comme d’habitude, tout et son contraire : ainsi, faut-il « cultiver l'admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai » ou « lui inculquer ce que soi-même on croit juste, beau et vrai » ? Entre ce qui est vrai et ce que les professeurs croient vrai, les quarante dernières années de l’histoire de l’école nous ont appris qu’il y a une sacrée différence ! De même lit-on que « depuis quelques décennies, c'est la personnalité de l'enfant qui a été mise au centre de l'éducation », au détriment de « la transmission du savoir et des valeurs » Mais, plus loin, on apprend que celle-ci repose encore trop sur « la passivité », et qu’il faut qu’elle s’appuie davantage sur « l'éveil de la conscience, de l'intelligence, de la curiosité. Il faut amener l'enfant à s'interroger, à réfléchir, à prendre de la distance, à réagir, à douter et à découvrir par lui-même les vérités qui lui serviront durant toute sa vie. » Trop ou pas assez ? Ces va-et-vient dénotent, soit une curieuse hésitation, soit (plus sûrement) le désir de faire plaisir à tout le monde. Mais, une fois de plus, on ne sauvera pas l’école en faisant plaisir à tout le monde, ni en mettant du vin nouveau dans de vieilles outre pédagogico-syndicales.

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