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Discussion « abracadabrantesque » avec les lycéens « bloqueurs »

Délégué de parents d’élèves d’une classe de seconde – celle de mon fils – d’un grand lycée parisien, se flattant de former la future « élite » de la Nation, je suis allé rencontrer l’autre matin, à la demande de plusieurs parents, les lycéens « bloqueurs » (une trentaine) postés devant l’entrée du lycée. Leurs griefs : « Avec TF1, Sarkozy veut nous bourrer le crâne, mais on n’est pas dupe », « Demain, ce sera les facs privés. On sera totalement sous contrôle des multinationales », « Les frais d’inscription des facs vont monter, comme aux Etats-Unis, à des dizaines de milliers d’euros. Tous les pauvres en seront exclus », « Avec la sélection, on sera tous fichés », « Il n’y aura plus de fac de lettre ou d’histoire, pour nous empêcher de réfléchir et faire de nous des disciples du pouvoir », « Sarko-Bush-Poutine : même combat ! » Etc. etc. Le tout entrecoupé d’appels sur leurs téléphones portables dernier modèle, glissés ensuite dans la poche de leurs blousons de marque… Nous sommes allés boire un café avec quelques parents, et nous nous sommes dit que nous étions parfois bien c… de tout leur céder. La directrice, elle, avait déjà décidé de fermer l’établissement : « le choix de la raison », a-t-elle expliqué. Vraiment ?

Les grands patrons aussi

La récente étude de Proxinvest montre que la rémunération des patrons du Cac 40 a chuté de 8,4 % en moyenne en 2006. Dès lors, on comprend mieux la préoccupation générale des Français pour le pouvoir d’achat et l’urgence pour Nicolas Sarkozy de se saisir du problème. Tant il est vrai qu’un problème n’existe que lorsqu’il commence à toucher l’élite de la nation. Souvenons–nous du chômage dont on a commencé à parler sérieusement que lorsque ce fléau a commencé à frapper les enfants de cadres. Attention tout de même ! Les statistiques sont fausses. C’est statistiquement prouvé. En fait, si la rémunération des patrons du Cac 40 « s’effrite », selon le terme employé par les Echos, elle s’établit encore en moyenne à plus de 4,4 millions d’euros par an. Et la baisse serait due essentiellement au départ à la retraite de quelques gros calibres comme l’ancien patron de Vinci et celui de L’Oréal. On peut se poser la question : si les départs en retraite font baisser la rémunération moyenne, faut-il allonger la vie active par la réforme des régimes spéciaux avant celle du régime général pour doper la compétitivité française ? Un fonctionnaire ou un agent public qui part plus tard, c’est quelqu’un de mieux payé qui coûtera donc plus cher à l’Etat que s’il était parti plus jeune. Les grandes entreprises, celles du Cac 40 notamment qui ont multiplié les préretraites l’ont bien compris : plus les salariés partent jeunes, plus elles font baisser son coût de main d’œuvre et plus elles sont compétitives. Et si on s’était complètement trompé et qu’au contraire il ne fallait pas retarder l’âge de la retraite mais l'avancer ? Plus petits salaires, plus petites retraites et, au bout du compte des retraités qui meurent prématurément d’ennui, voilà la solution pour rétablir l’équilibre des régimes ! Pourtant les patrons du Cac 40, eux, souhaitent plutôt jouer les prolongations.

Une autre jeunesse

Face à ce qu’a subi Anne-Lorraine, face à ce que subit encore sa famille, qui porte sa peine dans le silence, la pudeur et sans aucun doute l’espérance surnaturelle, les vociférations des jeunes de Villiers-le-Bel paraissent bien dérisoires. Loin de cette jeunesse sans foi ni loi qui ne cesse d’en appeler à ses droits mais ne veut entendre parler d’aucun devoir, qui exige le respect mais n’en témoigne pour rien ni pour personne, et pas même pour elle-même, il est une autre jeunesse, qui intéresse beaucoup moins les médias. Pourtant cette jeunesse ne se reconnaît pas, bien souvent, dans la société qu’on lui propose et dans les fausses valeurs qu’on lui offre en modèle, mais elle ne se réfugie pas pour autant dans la protestation agressive et geignarde, dans la provocation nihiliste. Elle préfère aux revendications le service, aux vociférations un discret engagement pour que le monde s’améliore. Elle ne brûle pas de voitures, elle les utilise pour des convois humanitaires. Elle ne pleurniche pas pour obtenir des gymnases qu’elle bombarde de cocktails molotov aussitôt construits, elle préfère organiser des pèlerinages ou des veillées de prière. Elle ne trompe pas son ennui avec des tournantes, mais manifeste pour défendre la vie ou va visiter des personnes âgées. Elle n’invective pas, elle se bat, paisiblement et sans haine, pour des convictions, pour que les valeurs chrétiennes et humanistes sur lesquelles s’est bâtie notre civilisation survivent. Anne-Lorraine était, jusqu’à dimanche, un membre anonyme de cette autre jeunesse. Parce qu’elle est morte pour avoir défendu sa pureté, parce qu’elle a résisté à l’ignominie avec un courage puisé dans sa foi, elle en est devenu l’honneur.

Civisme et convivialité de temps de grève

De mon domicile au journal, mon parcours est celui d’une ligne de bus. J’ai la chance de le faire en voiture. Depuis le 14 novembre, chaque matin je m’arrête devant une station et j’annonce mes destinations : Concorde, Opéra…Chaque jour, j’ai dépanné deux ou trois personnes ravies de gagner le centre de Paris sans attendre plus longtemps un bus improbable ni risquer surtout la foule redoutée du métro. Chaque fois, j’ai vu des personnes de tous âges totalement surprises que l’on s’arrête pour leur rendre service. C’est pourtant si simple. Ces hommes, ces femmes, aussi attentifs que gentils, c’est la France modeste et travailleuse, anxieuse à l’idée d’arriver en retard, de ne pas assurer sa tâche comme d’habitude et tout à coup éclairée par un geste apparemment inattendu. En un quart d’heure, on sait tout de leurs soucis et de leur enthousiasme à bien faire. En vous quittant, chacun ne sait comment vous remercier. Comme si c’était si rare. « On devrait mieux enseigner le civisme », ai-je entendu maintes fois. François Fillon a eu raison de rendre un hommage public et appuyé à cette France-là. Plus que toute autre, elle mérite le respect.

Coup dur pour les écolos !

Les partisans du ferroutage et des transports propres doivent se désoler du coup dur qui leur est porté par les grévistes. Alors que la SNCF s’acharnait à démontrer dans son éco –comparateur que le train était moins pollueur que l’avion et l’automobile, que les verts parisiens avaient presque fini par faire admettre qu’il fallait bannir les automobiles du centre ville à force de chicanes, de couloirs d’autobus et de travaux pour le tram, nos grévistes à l’avant garde du prolétariat travaillent à promouvoir l’utilisation de la voiture en ville et du poids lourds en campagne (la filiale fret de la SNCF mettra des années à s’en remettre). Certes, il est désagréable d’être coincé dans un embouteillage mais finalement moins pénible que d’être compressé dans un train ou bloqué sur un quai de gare. Finalement la grève soutenue par les communistes et les trotskistes discrédite le collectivisme et réhabilite l’individualisme en matière de transports. Même si c’est mieux quand ça roule !

Lettre ouverte aux « frileux » qui refusent la manif du 18 novembre !

Quelle frilosité de la part de l’UMP ! A entendre Patrick Devedjian, « les manifestations ne sont pas dans notre culture ». « Il est trop tôt », dit aussi Xavier Bertrand. Henri Guaino, lui, dit carrément que ce serait une « faute ». Quelle erreur ! C’est par milliers que les Français « de base », comme on dit, réclament de pouvoir, enfin, exprimer leur « ras-le-bol ». Pas simplement contre ces grèves – nous y sommes, malheureusement, habitués ! -, mais contre l’attitude en général de ces syndicats arc-boutés sur leurs privilèges. Pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi, nous exprimer ? Dire, enfin, tout haut, et dans la rue, ce que nous pensons ? Rappeler, surtout, que nous existons ? La France de droite l’a déjà fait en 68 et pour l’école libre. Ce furent de grands succès. Liberté Chérie et Contribuables associés organisent, dimanche à 15h, place de la République, à Paris, une manifestation « contre tous les blocages ». Pour tous ceux qui, un jour, ont eu envie de dire leurs quatre vérités aux « bloqueurs professionnels », c’est le moment. Attendre, toujours attendre, ça suffit ! Même si vous n’avez pas la possibilité de vous déplacer, dites, ici, d’un simple mot, que vous soutenez cette initiative. Je leur transmettrai. Il risque de faire froid, dimanche. Cela va nous réchauffer. Et réchauffer notre ardeur. Merci d’avance.

Nostalgie

Voilà dix ans que la voix de Georges Marchais s’est tue. Elkabach cause toujours, mais que de choses ont changé ! Marie Georges Buffet refuse d’aller à Moscou pour la célébration du quatre-vingt-dixième anniversaire de la révolution d’octobre. Bernard Thibaut, en appelant à la suspension de la grève à la SNCF, se fait traiter de capitulard par les cheminots les plus acharnés. Les communistes feront bientôt figure de modérés ! Heureusement qu’il se trouve encore quelques sénateurs du modem pour contester la déductibilité des intérêts d’emprunt et une majorité de parlementaires de droite pour défendre l’ISF et « aller chercher l’argent là où elle est ».

Et en plus, il "chante" !

Autrefois, un "emploi du temps de ministre" était synonyme d’agenda surchargé. L’hyperactivisme du président de la République aidant, l’expression désignera peut-être bientôt le style de vie de qui ne sait plus quoi inventer pour combler le vide de ses journées – et tenter désespérément d’exister. Après Jean-Louis Borloo qui va donner des conférences de presse sur la banquise, après Christine Boutin qui déménage (à nos frais) son ministère à Lyon pendant une semaine, après Hervé Morin plus heureux sur les champs de course qu’en avocat du Rafale, voici Bernard Kouchner qui pousse la chansonnette. Le chef d’œuvre en question s’appelle "Deutschland" et a été enregistré, en collaboration avec le ministre des affaires étrangères allemand, sous la houlette du chanteur germano-turc Muhabbet. Le but de l’opération ? favoriser, nous dit-on, l’harmonie franco-allemande, mais aussi l’intégration des immigrés turcs en Allemagne. Le résultat ? comment dire… l’expression la moins cruelle serait sans doute "légèrement pathétique". On s’est indigné de l’invective injurieuse lancée par un marin-pêcheur au président de la République en visite au Guilvinec, et de l’inquiétante baisse du prestige de l’Etat qu’elle révèle. Mais si nos hommes politiques ne se respectent pas eux-mêmes, et leur fonction encore moins, qui les respectera ?

Les enfants de Kim Jong il à Rennes ?

A observer certains étudiants bloquer l’université de Rennes II, on est en droit de se demander si l’ « axe du mal » ne passe pas également par cette ville bretonne... Ces apprentis despotes qui doivent ranger Fidel Castro, Kim Jong Il et Mahmoud Ahmadinejad au panthéon des grands démocrates, ne reconnaissent aucune existence légale à la majorité écrasante des étudiants qui désirent travailler. « Les votes à bulletin secrets doivent être empêchés car ils nuisent au mouvement » estiment ces petits tyrans. Bel exemple de démocratie… Il y a vraiment des coups de pieds dans le c… qui se perdent. C’est dommage, on dit qu’ils élèvent l’âme !

Coup de gueule

Catastrophe en Mer Noire ce 11 novembre. Une mer démontée, une tempête d’une intensité pas connue depuis longtemps. Cinq navires de commerce font naufrage. Et que répètent nos médias ? Qu’il s’agit d’une « catastrophe écologique » - parce que 1 300 tonnes de mazout d’un pétrolier cassé en deux par une vague sont allées souiller les fonds marins …Et les équipages des cinq bateaux ? Quel est le sort de leurs marins, combien étaient-ils, combien de rescapés, combien de disparus ? N’ont-ils pas droit eux aussi à notre intérêt, leurs familles à notre compassion ? Ne seraient-ils que des coupables qui n’auraient que la punition qu’ils méritent ? Ces commentaires médiatiques tous inspirés par Greenpeace sont proprement scandaleux.

Selon que vous serez puissant ou misérable…

A voir les images de la visite officielle de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis, sa béatitude, sourire extatique et main sur le cœur, à se voir accorder une standing ovation par le Congrès ou un satisfecit par le président américain ; à entendre son zèle à rester extrêmement évasif sur les implications pratiques de l’« indépendance » qu’il entend garder vis-à-vis de l’administration américaine, au point que le correspondant local de la BBC concluait que le président français était désormais le nouveau Tony Blair de George Bush (compliment pour le moins ambigu) - on ne pouvait qu’être saisi du contraste avec la désinvolture avec laquelle Nicolas Sarkozy avait traité, quelques heures plus tôt, le pouvoir tchadien. Eprouvant le besoin de rappeler la justice locale à la présomption d’innocence, ou ayant l’air de considérer, avec sa fameuse déclaration « j’irai chercher ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait », les autorités tchadiennes comme de simples greffiers de la volonté sarkozienne. Docilité avec les puissants, arrogance avec les faibles : on n’a pas souvenir que ce soit sur cette ligne que la diplomatie française ait acquis de par le monde le prestige dont elle jouit encore. Mais s’agit-il encore de diplomatie ?

L’épreuve dans la rue ?

Grève des cheminots et des conducteurs de métro et de bus parisiens le 14 novembre, grève des fonctionnaires le 20, tentatives de blocage des facultés…Cela peut-il se cristalliser en une épreuve de force ? Nicolas Sarkozy l’a rappelé lundi : « Nous ne plierons pas. » La question se pose de savoir si chacun n’attend pas cette épreuve de force, comme si à « réforme forte » il fallait dans ce pays « un conflit fort »… D’autant que chez les cheminots, la culture consiste à faire grève d’abord et à discuter ensuite. Certains de leurs syndicats continuent de croire qu’ils peuvent l’emporter grâce à la complicité d’autres fonctionnaires et si possible des étudiants d’extrême gauche. Refaire le « CPE » au profit des régimes spéciaux des cheminots ? Ce serait assez cocasse ! Pour le moment, l’opinion est massivement favorable aux réformes (et notamment à celle des régimes spéciaux), mais les cheminots comptent sur un nouvel allié, inattendu celui-là : le prix du pétrole. L’essence chère, c’est du pouvoir d’achat en moins. Baisse du pouvoir d’achat égale exaspération du public, n’est-ce pas, et pourquoi pas effet de solidarité avec les grévistes ? On va voir à nouveau la France « protégée » des fonctionnaires et agents des services publics faire face à la France « exposée » à la concurrence : la première joue de son droit de grève sans risque, la seconde réclame son droit au travail. L’épreuve de force, pour trancher ce débat, est peut-être devant nous ; Nicolas Sarkozy en fera juges les Français.

Réformes et révolutions

Il est courant de dire les Français sont incapables de faire des réformes autrement que par la révolution. La prochaine grève contre la réforme des régimes spéciaux et les mouvements qui s’amorcent sur les campus contre la réforme des Universités semblent confirmer cette incapacité. Et pourtant, à y réfléchir, la dernière révolution qui ait réussi est celle de février 1848. Ce qui y a débouché sur de profondes transformations, ce n’est pas une révolution mais un coup d’Etat, celui du 2 décembre 1851 qui a porté Napoléon III sur le trône impérial. La Commune a échoué. Ne parlons pas de la révolution dite nationale, celle de Vichy ! Si elle a amené quelques réformes, était elle aussi le fruit d’un coup d’Etat. Sommes nous donc dans une société bloquée, incapable de se réformer sans heurts, mais tout aussi incapable de réussir ses révolutions ? Nous avons bien l’exemple de 1958 à 1962 qui a bouleversé nos institutions. Mais là aussi, le coup d’Etat (permanent, aurait dit François Mitterrand) n’était pas très loin. Une piste pour Nicolas Sarkozy ?

Zorro et les zozos

Vous trouvez qu’il en fait trop ? Du Tchad au Guilvinec, notre Zorro national est partout. Pourquoi pas ? Nicolas Sarkozy a la santé (53 ans, « la force de l’âge », dit-on), un peu plus de temps depuis le départ de Cécilia et surtout l’envie de faire bouger les choses par lui-même, sans se laisser étouffer par les filtres des routines administratives. Travailler plus pour obtenir plus : il montre l’exemple. La pitoyable affaire des zozos humanitaires du Tchad démontre qu’il faut parfois savoir agir vite. Ni Rama Yade (pas assez crédible aux yeux des Africains), ni Bernard Kouchner (le donneur de leçons d’ingérence humanitaire agace) ne garantissaient le succès. Le président s’y est collé. L’affaire partait en vrille, genre « infirmières bulgares » : une opinion manipulée, un régime en pleine surenchère, un chantage au sommet, le Blanc une nouvelle fois dans la pire situation. Zorro est arrivé. Une douzaine d’heures d’avion, quelques ronds de jambe convenus, de solides promesses d’indemnisation. Les premiers ressortissants étrangers sont déjà sortis des prisons tchadiennes. Après un délai de décence évidemment négocié, ce sera au tour des autres. Diplomatie spectacle ? Bien sûr. Cela fait maintenant partie du métier. Est-ce vraiment nouveau ? La fonction le veut, à condition de vouloir l’occuper pleinement. J’ai le souvenir d’un roi siégeant sous un chêne pour rendre la justice, d’autres mettant en scène leur lever, leur coucher, leur toilette, leur favorite. Les exemples abondent. Vous en avez sans doute d’autres, chers lecteurs férus d’histoire… Partageons-les.

Une grande manif contre les grévistes ? Chiche !

Rencontré, mercredi, un député (très) proche de l’Elysée. Il a récemment conversé avec le président. « Sarko sait qu’il n’a pas le choix : s’il recule devant les grèves, il s’effondre. Si la situation tournait au blocage généralisé, il est prêt à tout, y compris à appeler à une vaste contre-manifestation, comme de Gaulle en 68. » Je lui ai répondu : « Chiche ! » Ce n’est pas le journaliste qui s’exprime là, mais le citoyen : quoi qu’on pense de Sarkozy, s’il en appelle aux Français pour passer outre les blocages des grévistes professionnels arc-boutés sur leurs privilèges, j’en serai. Avec femme et enfants. ET VOUS ?

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