Extraits de l’homélie prononcée par le Père Janssens, curé archiprêtre de la cathédrale de Senlis, pour les obsèques d’Anne-Lorraine Schmitt, le 1er décembre 2007
« Nous gardons d’Anne-Lorraine l’image d’une jeune fille au caractère bien trempé et qui croquait la vie avec gourmandise. Sa vie fut pour nous un cadeau. Nous remercions Dieu de nous l’avoir donnée pour fille, pour sœur, pour amie. Sa vie de femme fut brève mais riche et féconde.
Recueillons maintenant son témoignage d’humanité et de foi. Pour ma part, après vous avoir longuement écoutés, je glisse quatre fleurs dans le bouquet d’action de grâces que nous déposerons sur l’autel dans quelques instants.
Première fleur. Anne-Lorraine nous laisse le témoignage d’une jeune-femme dotée d’une vie chrétienne profonde et bien en place, nourrie par la Parole de Dieu et l’Eucharistie. Sa vie avait le Christ ressuscité pour fondation et pour clé de voûte ; et l’Esprit de son Baptême et de sa Confirmation pour dynamisme intérieur. Elle fait partie de cette génération Jean-Paul II, façonnée par les Journées Mondiales de la Jeunesse, les récollections et les pèlerinages estudiantins.
Deuxième fleur. Anne-Lorraine était l’aînée de sa fratrie et elle le restera. Son indépendance de caractère ne retirait rien à l’amour profond qu’elle portait à sa famille et à l’affection prévenante qu’elle témoignait à ses frères et sœurs, avec un humour parfois décapant. Elle entretenait également des amitiés spirituelles profondes. Jésus est l’Ami par excellence. Il nous dit: « Je vous appelle mes amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn15,15). Anne-Lorraine est une amie du Christ. Avec ses meilleures amies, elle partageait le travail, les responsabilités, la fête et la prière. Elle puisait l’amour et l’amitié dans le cœur du Christ. Aussi, nous sentons qu’un lien ineffable et éternel nous unit à elle, par-delà ciel et terre, et pour l’éternité. L’amour est plus fort que la mort.
Troisième fleur. Anne-Lorraine nous laisse le témoignage d’une étudiante bien de son temps, brillante, intellectuellement curieuse, artiste aussi. Un trait la caractérisait et faisait notre admiration : sa force de conviction n’avait d’égale que son ouverture d’esprit. Elle ne tombait jamais dans le sectarisme. Dans ce monde et à une époque où nous sentons le besoin urgent et impérieux de témoigner à temps et à contre-temps de notre foi salutaire, nous retenons le savoir-faire d’Anne-Lorraine. Nul n’ignorait ses engagements et sa pratique religieuse. Elle en parlait simplement, avec une étonnante liberté intérieure et de l’humour. Elle rendait compte de ses convictions avec intelligence. Cela a forcé le respect et suscité l’amitié de beaucoup d’entre vous. Et puis elle avait cette curiosité intellectuelle qui la poussait à s’intéresser aux autres qui ne pensaient pas comme elle. Elle vivait en amitié avec des gens très différents ; preuve qu’on n’est pas d’autant plus ouvert qu’on a moins de convictions. Anne-Lorraine nourrissait sa foi par la lecture, la réflexion et les discussions avec son entourage. Elle qui était cultivée, elle avait peut-être à l’esprit cette phrase magnifique de Jean-Paul II : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ». Anne-Lorraine avait une foi profonde éclairée par son intelligence, et une intelligence profonde éclairée par sa foi. Elle aurait fait une très bonne journaliste.
Quatrième fleur pour terminer. Anne-Lorraine, pourtant mobilisée par des études de haut niveau, savait s’engager au service des autres : dans le scoutisme, auprès d’enfants handicapés et des personnes malades. Tout ce qu’elle faisait, elle le faisait à fond, avec grand cœur et une conscience admirable. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn13,35). Nul doute qu’Anne-Lorraine fit partie des disciples du Christ.
Nous confions Anne-Lorraine à Dieu notre Père. Nous le bénissons pour les 23 belles années que nous avons vécues en sa compagnie. Car son pèlerinage ici-bas aura rendu notre Terre un peu plus belle et notre cœur plus riche. »