Hebdomadaire des professionnels du cinéma, le Film français de samedi dernier nous informe des excellents résultats du film Saw IV, qui a réuni près de 550 000 amateurs de tortures pour sa première semaine d’exploitation. Cette série dont la violence extrême, nous dit toujours le même hebdomadaire, suscite la réticence de nombreux exploitants de salles, repose en effet exclusivement sur des "raffinements" de torture sanguinolente, au point que le troisième volet avait été interdit en France au moins de 18 ans, mesure exceptionnelle d’habitude réservée aux films pornographiques. Il est de moins en moins rare, en revanche, de voir la torture occuper les écrans sous les applaudissements émus de la critique progressiste, comme on l’a vu avec les films Hostel I et II, ou, versant français, pour le récent A l’intérieur, avec Béatrice Dalle ; et non plus pour en dénoncer l’usage par l’armée française en Algérie, comme dans l’Ennemi intime, mais pour faire l’apologie d’une torture gratuite, torture spectacle certes virtuelle mais qui devient l’objet, pour un spectateur le plus souvent adolescent, d’une délectation sadique et morbide : grâce au cinéma, la torture devient "cool"… On parle de ne plus laisser sortir de prison les récidivistes auteurs de crimes abominables. Fort bien. Mais ne faudrait-il pas plutôt commencer par ne pas laisser des producteurs sans scrupules, pour le seul motif de se remplir les poches, fabriquer des générations de détraqués qui auront appris, sur grand écran, à jouir du spectacle de la souffrance d’autrui ?

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