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La gifle

Alors que j'étais élève dans un Lycée parisien il y a quelques années, un des mes amis plutôt dissipé avait un jour reçu une gifle d’un de nos professeurs. Taloche, soit-dit en passant qui l’avait laissé dans un état comateux jusqu’à la fin du cours. Plus tard, il m'avait avoué : « c’est normal, je l’ai bien cherché ! » . Aujourd’hui, on apprend qu’un professeur de 49 ans a passé une journée en garde à vue après avoir giflé un élève de 11 ans qui l’aurait traité de « connard ». Trouvant que cet outrage dépassait toutes les bornes, le père de cet élève, gendarme, a porté plainte contre l’enseignant pour « Violence aggravée sur mineur » (agit-il seulement avec la même sévérité lorsqu’il est appelé avec ses collègues pour rétablir le calme lors d’émeutes ?). Le professeur sera convoqué au Tribunal correctionnel à la fin du mois de mars et il a été suspendu jusqu'au jugement. Imaginons un peu si la Gifle, le film de Claude Pinoteau, sortait aujourd’hui. Avec le politiquement correct, Jean Doulean (Lino Ventura à l’écran) serait sans doute attaqué par sa fille Isabelle (Isabelle Adjani) pour « Violence » et « Obligation d’entretien ». Je sens que je vais avoir de plus en plus de mal à expliquer à mes enfants ce qu’est l’autorité et surtout le respect. O tempora O mores…

PS. D'elle même ma fille m'a parlé de cette histoire en me disant texto : "c'est bien fait pour l'élève !"

Retour de l’impôt mania

Après le modeste « paquet fiscal » tant critiqué par la gauche pour ne profiter qu’aux riches, le gouvernement renoue avec les bonnes vieilles habitudes : un problème, un impôt. Pour rendre les chaines de télévision publiques encore plus ennuyeuses, il est question de supprimer la pub et de remplacer cette ressource par un impôt sur les abonnements Internet et sur les téléphones mobiles. Etrange façon d’encourager l’économie numérique, paraît-il une priorité pour l’avenir. On a déjà pénalisé les familles nombreuses avec l’éco-taxe parce que leurs grosses voitures polluent plus que les minis. Voilà maintenant que l’Etat envisage une taxe sur les hôtels de luxes pour financer l’entretien du patrimoine. Etrange manière d’encourager le tourisme ! Les riches Mécènes qui viennent visiter le château de Versailles qu’ils ont sauvé par leurs dons devront payer deux fois. Le concours Lépine de la fiscalité est ouvert : une visite gratuite à Bercy pour celui qui trouvera la taxe la plus contre-productive !

Relancer la natalité, pas l’immigration !

Parmi les innombrables propositions du rapport Attali sur les moyens de "libérer la croissance", figure cette préconisation étrange consistant à "relancer l’immigration". Sans doute les 43 membres de cette commission disposent-ils d’informations inédites leur permettant de juger que l’immigration a été en France brutalement stoppée, ce qui avait notoirement échappé à l’écrasante majorité de la population. Passons, parce qu’il y aurait trop à en dire, sur l’approche qui sous-tend toutes les recommandations de la commission Attali (et notamment, outre la relance de l’immigration, celle qui préconise l’ouverture des magasins le dimanche) : la croissance comme un but en soi, objectif si précieux qu’il faut le rechercher sans aucune considération pour les effets sociaux, familiaux, écologiques, des mesures préconisées. Attali n’est pas seul, hélas, à épouser ce singulier aveuglement idéologique qui pousse à imaginer qu’il serait bon, louable et généreux de faire venir sur notre sol des centaines de milliers de déracinés supplémentaires, tandis qu’il serait douteux de donner aux familles françaises les moyens d’assurer leur renouvellement.

Les prises d’otage du président

Décidément, Nicolas Sarkozy , et son porte-plume, Henri Guaino, ne reculent devant rien. A l’ahurissement des téléspectateurs de la cérémonie des vœux et de la conférence de presse du 8 janvier, le président, champion sans rival de la prestidigitation, a sorti de son chapeau un magnifique lapin baptisé « politique de civilisation ». A l’entendre marteler avec assurance ce mot ronflant, et citer avec aplomb le sociologue Edgar Morin, son inventeur, on imaginait une familiarité de longue date avec l’auteur, vétéran de la sociologie, et auteur d’une quarantaine de livres, dont la lecture s’avère nettement plus ardue que celle des romans de Marc Lévy. Il est peu probable que l’homme pressé qu’est Nicolas Sarkozy ait eu le loisir de se plonger dans l’ œuvre abondante d’Edgar Morin. Sans doute Henri Guaino l’a-t-il fait pour lui. Avec le talent d’assimilation qui est le sien, le président a bien appris la fiche qui lui a été remise. Le hic est qu’il est pour le moins curieux d’entendre le champion du libéralisme et l’enterreur des 35 h reprendre à son compte la diatribe anti-libérale de l’homme de gauche qu’est depuis plus d’un demi siècle E Morin et ses anathèmes sur la superstition de la croissance ! Le mentor malgré lui du président, dont les prises de position anti-Bush et anti politique de l’immigration sont connues, est resté pour le moins dubitatif devant cette récupération osée. Avec fair-play, il a reconnu tout de même les formidables qualités de stratège et de communicateur du président : par la grâce d’une formule, Nicolas Sarkozy a réussi sa manœuvre de diversion : occuper la presse et le public, et escamoter le problème de la relance et du pouvoir d’achat.

Rencontre avec des députés (très) inquiets…

Dans le cadre d’un « papier » que je prépare pour la semaine prochaine sur François Fillon (dont la discrétion et la constance tranchent positivement, dans l’opinion, avec la peopolisation et le sur-régime sarkozystes), j’ai rencontré plusieurs députés UMP que je connais bien. Beaucoup, c’est nouveau, sont inquiets. Même parmi les plus fervents disciples du président.

Trois reproches principaux lui sont faits : 1°) « L’étalage » d’une vie privée qui semble prendre le pas sur tout le reste : « Sur le terrain, je sens biens que ça décroche, me dit l’un d’eux. Les Français ont l’impression que Sarkozy ne s’intéresse plus à eux ». 2°) L’absence de résultats en matière de pouvoir d’achat : « Les Français l’ont élu parce qu’ils étaient impatients. Maintenant, il leur dit d’attendre… Alors ils commencent à dire : « Finalement, il est comme les autres… Tous pareil… » » 3°) L’ouverture brouille les cartes à gauche, mais aussi à droite : « Beaucoup d’électeurs nous disent : « A quoi ça sert de voter à droite si c’est pour avoir des ministres de gauche, qui eux-mêmes continuent de voter à gauche… »

Sarkozy a fait du « changement de style » présidentiel sa priorité : il a rajeuni et dynamisé la fonction. Il a fait – un peu - dans – beaucoup – de directions. Mais sur quelle « grande réforme » peut-il s’appuyer pour faire espérer aux Français une vraie amélioration de leur situation ? Où est la réforme de « rupture » capable de changer la donner ?

Reagan, sitôt élu, s’était entouré d’une équipe de libéraux très à droite et avait fait voter une baisse d’impôts généralisée de 30 %. Si même les députés UMP commencent à douter… Pour l’instant en « off ». Mais chez certains l’inquiétude confine au reproche. Pour être très franc, je les comprends…

Le viaduc du Saint Esprit

Le ministre du travail, Xavier Bertrand, est prêt à rétablir le caractère férié du lundi de Pentecôte. La journée de solidarité sera prise un autre jour. Action de l’Esprit Saint suite à la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican ou simple retour au bon sens ? Cette mesure en satisfera plus d’un. A commencer par les parents qui travaillent dans le privé mais dont les enfants scolarisés dans le public n’allaient pas en classe le lundi de Pentecôte. Cet effort destiné à financer les maisons de retraite avait montré le manque de solidarité entre les agents de l’Etat et des collectivités locales, qui la plupart ne travaillaient pas le lundi de Pentecôte, et ceux du privé, contraints d’aller au turbin, sauf à prendre un jour de congé. On sait que les routiers devaient travailler mais n’avaient pas le droit de rouler pour ne pas gêner les fonctionnaires en vacance ! A vos calendriers ! Cette année, on pourra peut-être en toute bonne conscience faire le pont du 8 mai, un jeudi, au lundi 12 mai. A défaut de gagner plus, on pourra travailler moins. A condition que le parlement ait eu le temps de voter la loi. Car les vacances parlementaires sont, comme leurs retraites, plus copieuses que la moyenne. Municipales et solidarité oblige.

L’année prud’homale…

Xavier Bertrand, le ministre du Travail, vient de rappeler, mardi devant la presse, que 2008 serait non seulement une année d’élections municipales mais également d’élections prud’homales. Il a cité deux chiffres qui parlent plus qu’un long discours : 66% de taux de participation en 1979, il y a près de trente ans, et 67% d’abstention en 2002, lors du dernier scrutin. Ajoutez à cela ce que Bernard Thibault reconnaît lui-même : le taux de syndicalisation des salariés français est inférieur à 10%, c’est-à-dire proche de 5% dans le secteur privé. Tout se tient. Le discrédit qui pèse sur les syndicats est l’une des principales explications de la mutation en cours des centrales : elles ont enfin compris, toutes ensemble, qu’il valait mieux des accords négociés que des défilés de drapeaux. D’où l’accord qui vient d’aboutir sur les contrats de travail. Aux prud’homales se constateront la place et la représentativité de chacun. Avant de reparler de financement…

Les Farc, dinosaures marxistes

Plus de six ans après leur enlèvement, Clara Rojas et Consuelo Gonzalez sont enfin libres. Leur détention constituait un scandale qu’on ne dénoncera jamais assez. C’est, pour tous, la première raison de se réjouir. Mais il y en a une autre, que je ne bouderais pas : leur témoignage a permis, enfin, de tordre le cou aux sornettes que l’on entendait depuis plusieurs jours sur leurs ravisseurs, les FARC, présentées par certains zélateurs de l’extrême-gauche comme un mouvement de lutte pour l’émancipation des peuples ! La description des conditions de détention de leurs otages suffit à faire taire ces sottises : militaires et policiers capturés par les Farc « vivent enchaînés toute la journée. Ils portent en permanence une chaîne au cou et dorment entravés aux jambes et au cou (…) Ils se baignent enchaînés, lavent leurs vêtements enchaînés. Et la nuit, leurs chaînes sont attachées à un tronc fixé près de leur lit. Tous ont des problèmes de santé », a déclaré Clara Rojas qui compare les Farc à « une organisation criminelle ». Les “Forces armées révolutionnaires de Colombie” détiennent plus de 3000 otages. Elles sont classées parmi les organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union européenne. Elles se réclament du marxisme. À leur tête se trouve un soviet léniniste de sept personnes. Certains de leurs dirigeants ont été formés à l’école des cadres communistes de l’ex-Allemagne de l’Est. Leur chef, Marulanda, « est un Fidel Castro que l’histoire a oublié dans la Sierra Maestra, qui joue le Désert des Tartares depuis une demi-siècle sur fond de jugle amazonienne et de champs de coca », résumait en 2006 en diplomate colombien. En revanche, le président colombien, Alvaro Uribe, a été deux fois élu par son peuple, recueillant 53% des suffrages exprimés en 2002 et plus de 62% en 2006. Il connaît bien les Farc : elles ont assassiné son père. Autant d’éléments qu’il n’est pas inutile de rappeler à l’heure où Chavez demande qu’on les raye de la liste des organisations terroristes, la France envisageant même d’accueillir certains représentants des Farc dans l’espoir d’obtenir la libération d’Ingrid Betancourt.

Hypocrisie ?

Acceptant de répondre, en pleine conférence de presse élyséenne, à une question portant sur ses amours, Nicolas Sarkozy a justifié son attitude sur la question par le désir de rompre (là aussi) avec « l’hypocrisie » qui aurait caractérisé ses prédécesseurs immédiats (la question ne se posait pas, est-il permis de le rappeler, pour ceux qui firent en sorte de passer toute leur existence avec la même épouse). Or l’hypocrisie n’est-elle pas aussi d’appeler « souci de transparence » ce qui n’est au fond qu’une soumission, résignée ou opportuniste, à la pipolisation de toute chose ? D’invoquer la liberté personnelle tout en se soumettant au règne présenté comme inéluctable de cette transparence qui est, pourtant, le fourrier de la surveillance totalitaire de tous par tous ? De réclamer, pour les présidents, le droit à la vie privée, en niant ce droit au secret qui est le fondement de toute vie privée ? L’hypocrisie, n’est-ce pas aussi de présenter comme obéissant à un souci de moralité publique un mélange des genres qui affaiblit l’autorité de l’Etat, amenant le chef de l’Etat à faire la "une" de Voici au côté de telle midinette de la Star Academy, brouillant l’image de la France à l’étranger, indexant la popularité de l’exécutif, et donc sa capacité à mener à bien les réformes dont le pays a besoin, sur les flux et reflux d’une vie sentimentale mouvante ? L’hypocrisie, n’est-ce pas aussi de nous dire qu’il n’y a dans cette affaire rien que très banal, tout en sachant bien que nous allons être inondés d’images de ce qui a pris, inéluctablement, les allures d’un roman-feuilleton ? Certes, les hommes d’Etat qui nous gouvernent ont le droit de mener leur vie privée comme bon leur semble. Mais nous avons, aussi, et peut-être avant tout, le droit de n’en rien savoir.

Bonne Nouvelle

Le secrétaire confédéral de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou vient de rejoindre son corps d’origine, l’administration des impôts, avec une promotion : il sera conservateur des hypothèques. Il est tout à fait réconfortant de constater qu’un ancien leader des jeunesses communistes, numéro 2 d’un syndicat qui s’est longtemps voulu révolutionnaire, accepte d’occuper une charge dont les origines remontent à l’ancien régime et qui a pour vocation de publier et de tenir à jour tous les droits sur la propriété immobilière en France. Ce nouveau défenseur de la propriété percevrait, selon Le Monde, environ 9 000 euros nets par mois. En réalité, un conservateur des hypothèques est salarié sur les actes qu’il enregistre et qu’il publie. A contrario, il est responsable sur ses biens propres des erreurs que ses services pourraient commettre. Un statut particulier qui correspond bien à ce réformiste de l’organisation syndicale qui a fini par accepter la réforme des régimes spéciaux de retraite. Tout cela montre quand même une formidable capacité de récupération de notre système vis-à-vis de ses éléments les plus contestataires.

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