Hypocrisie ?
Le 08/01/08, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Gouvernement
Acceptant de répondre, en pleine conférence de presse élyséenne, à une question portant sur ses amours, Nicolas Sarkozy a justifié son attitude sur la question par le désir de rompre (là aussi) avec « l’hypocrisie » qui aurait caractérisé ses prédécesseurs immédiats (la question ne se posait pas, est-il permis de le rappeler, pour ceux qui firent en sorte de passer toute leur existence avec la même épouse). Or l’hypocrisie n’est-elle pas aussi d’appeler « souci de transparence » ce qui n’est au fond qu’une soumission, résignée ou opportuniste, à la pipolisation de toute chose ? D’invoquer la liberté personnelle tout en se soumettant au règne présenté comme inéluctable de cette transparence qui est, pourtant, le fourrier de la surveillance totalitaire de tous par tous ? De réclamer, pour les présidents, le droit à la vie privée, en niant ce droit au secret qui est le fondement de toute vie privée ? L’hypocrisie, n’est-ce pas aussi de présenter comme obéissant à un souci de moralité publique un mélange des genres qui affaiblit l’autorité de l’Etat, amenant le chef de l’Etat à faire la "une" de Voici au côté de telle midinette de la Star Academy, brouillant l’image de la France à l’étranger, indexant la popularité de l’exécutif, et donc sa capacité à mener à bien les réformes dont le pays a besoin, sur les flux et reflux d’une vie sentimentale mouvante ? L’hypocrisie, n’est-ce pas aussi de nous dire qu’il n’y a dans cette affaire rien que très banal, tout en sachant bien que nous allons être inondés d’images de ce qui a pris, inéluctablement, les allures d’un roman-feuilleton ? Certes, les hommes d’Etat qui nous gouvernent ont le droit de mener leur vie privée comme bon leur semble. Mais nous avons, aussi, et peut-être avant tout, le droit de n’en rien savoir.
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