Décidément, Nicolas Sarkozy , et son porte-plume, Henri Guaino, ne reculent devant rien. A l’ahurissement des téléspectateurs de la cérémonie des vœux et de la conférence de presse du 8 janvier, le président, champion sans rival de la prestidigitation, a sorti de son chapeau un magnifique lapin baptisé « politique de civilisation ». A l’entendre marteler avec assurance ce mot ronflant, et citer avec aplomb le sociologue Edgar Morin, son inventeur, on imaginait une familiarité de longue date avec l’auteur, vétéran de la sociologie, et auteur d’une quarantaine de livres, dont la lecture s’avère nettement plus ardue que celle des romans de Marc Lévy. Il est peu probable que l’homme pressé qu’est Nicolas Sarkozy ait eu le loisir de se plonger dans l’ œuvre abondante d’Edgar Morin. Sans doute Henri Guaino l’a-t-il fait pour lui. Avec le talent d’assimilation qui est le sien, le président a bien appris la fiche qui lui a été remise. Le hic est qu’il est pour le moins curieux d’entendre le champion du libéralisme et l’enterreur des 35 h reprendre à son compte la diatribe anti-libérale de l’homme de gauche qu’est depuis plus d’un demi siècle E Morin et ses anathèmes sur la superstition de la croissance ! Le mentor malgré lui du président, dont les prises de position anti-Bush et anti politique de l’immigration sont connues, est resté pour le moins dubitatif devant cette récupération osée. Avec fair-play, il a reconnu tout de même les formidables qualités de stratège et de communicateur du président : par la grâce d’une formule, Nicolas Sarkozy a réussi sa manœuvre de diversion : occuper la presse et le public, et escamoter le problème de la relance et du pouvoir d’achat.

 Suivre le fil de cette discussion par RSS