Accueil | Archives
     |

Euthanasie : refuser le chantage à l’émotion

Le mécanisme est éprouvé, et si efficace que, dans le cas de Chantal Sébire, les partisans de l’euthanasie qui ont voulu instrumentaliser sa souffrance (avec son consentement et sa participation) pour faire avancer leur cause n’ont même pas caché leurs arrières-pensées. Mais le chantage à l’émotion, voulant faire, d’une douleur hors-norme, le levier médiatique pour fixer, justement, une norme nouvelle, risque cette fois de buter sur les contradictions d’un cas qui paraît moins limpide chaque jour. Celui d’une femme qui réclamait une mort administrée mais récusait le suicide, avant de finalement décéder, semble-t-il, d’une absorption de barbituriques. Qui proclamait sa maladie incurable après avoir refusé les interventions chirurgicales qui auraient pu la sauver. Qui avait fait un argument majeur de son indéniable et immense souffrance, mais qui avait refusé les soins palliatifs qui auraient pu la soulager pour leur préférer l’homéopathie. Il y a loin de l’examen objectif des faits aux affabulations répandues à longueur d’antenne et d’éditoriaux sur une médecine et une législation inhumaines, indifférentes à la souffrance des êtres. Avant de vouloir améliorer la loi Leonetti, certainement imparfaite comme toutes les constructions humaines, il faudrait commencer par véritablement l’appliquer. Et qui ne voit que, sous prétexte de répondre à des cas extrêmes, on vise en fait à mettre en place un “droit à mourir” qui est aussi un “droit à faire mourir”, aussi contraire à la raison et à la morale naturelle que dangereux pour tous les vivants, qui pourront demain en être les inconscients et involontaires “bénéficiaires” ? Sans doute l’affaire Sébire, au-delà de la douleur extrême subie par cette femme qui aura semble-t-il été la première victime de sa passion militante et de sa médiatisation, aura-t-elle le mérite de mettre en lumière l’immense danger qu’il y aurait à légiférer sur des questions aussi cruciales à partir d’une émotion médiatique facilement frelatée. Et qui, en l’occurrence, a systématiquement occulté l’un des termes du débat : l’indispensable protection de la vie. Nous devons à nos malades, et notamment à ceux dont la lucidité et la volonté sont parfois temporairement fragilisées par une lutte épuisante contre la maladie, de ne pas l’oublier.

De Lhassa à Villiers-Le-Bel

Le numéro deux de l’ambassade de Chine, interviewé sur Europe 1 demandait récemment si nous avions accueilli une mission d’observateurs de l’ONU lors des émeutes de Villiers-Le-Bel. Le rapprochement entre la répression au Tibet et le maintien de l’ordre dans nos banlieues est osé. Dans le premier cas ce sont apparemment les policiers qui ont tiré sur les émeutiers alors que chez nous, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Néanmoins, la réflexion du diplomate chinois n’est pas dénuée de sagesse. A vouloir faire la leçon aux autres, on risque de s’attirer des ennuis. On ne doit jamais oublier qu’au Kosovo, les Albanais sont des immigrants devenus majoritaires qui ont fait appel à l’ONU pour les protéger contre la répression serbe. Quand nos immigrés de la ceinture rouge, devenus majoritaires, demanderont une médiation internationale pour protester contre l’intervention des CRS, en attendant de proclamer leur indépendance, avec l’appui de la Chine et de la Serbie, qu’aurons nous à répondre ?

Ségolène et le boycott

On ne comprend pas très bien pourquoi Ségolène Royal appelle à brandir la menace du boycottage des jeux Olympiques à Pékin, elle qui s’était précipitée en Chine avant les élections présidentielles. Qui vient sur la Grande Muraille conquiert la bravitude avait elle dit alors dans une sorte d’invite à visiter l’empire du milieu. Nos athlètes en quête de médaille d’or n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à la bravitude ? Certes, la Chine n’est pas un modèle de droits de l’homme comme le montrent les évènements du Tibet. Mais les choses sont-elles pires aujourd’hui qu’il y a un an, quand la candidate vantait l’efficacité des tribunaux chinois, plus rapides qu’en France ? « C'est d'ici que viendra la survie et l'invention du nouveau modèle de développement », celui du « développement durable », avait déclaré la candidate, « c'est notamment avec la Chine qu'il faut tracer des voies pour l'avenir ». « La Chine est en quelque sorte notre nouvelle frontière, il faut surmonter les craintes, maîtriser la mondialisation, imposer des règles communes et défendre une nouvelle forme de développement » avait-elle insisté. Faut-il maintenant fermer notre nouvelle frontière ?

Requiem pour une ouverture défunte

Ce devait être l’arme absolue, l’engin de destruction massive qui devait réduire l’opposition à néant. Troublé, divisé, l’herbe fraîchement coupée sous son pied flageolant, privé d’arguments, de ses ténors (Kouchner au quai d’Orsay, DSK à Washington), de ses penseurs (Attali au rapport) et de ses commères (Benhamou au cabinet), le Parti socialiste, et derrière lui la gauche tout entière, allait être condamné à la zizanie et au silence. Résultat : neuf mois plus tard, l’ouverture accouche d’une magistrale claque électorale, le PS est la principale force politique municipale et départementale, la LCR continue sa montée en puissance, et il n’y a pas jusqu’au PCF qui ne retrouve ses couleurs, le rouge lui étant redescendu du front jusqu’aux joues. Pourtant, au lendemain de ce brillant succès stratégique, l’ouverture à gauche n’a été corrigée par aucune ouverture à droite, Kouchner continue de faire entendre son son de cloche libertaire et humanitariste, et Fadela Amara de “débloquer à donf”… Jusqu’à quand ?

La boite à mensonges

La meilleure ou la pire des choses. Internet peut être une redoutable boite à mensonges. Ce n’est pas dans les pages papier du « Nouvel Observateur » qu’Airy Routier avait publié le SMS qu’il attribuait à Nicolas Sarkozy disant à Cécilia, avant son remariage avec Carla : « Si tu reviens, j’annule tout ». C’est sur le site Internet de l'hebdomadaire. Le contenu des pages d’un journal passe par de multiples filtres qui sont autant de contrôles. On pose des questions, on cherche à vérifier, et si l’on se trompe, on corrige. Sur Internet, trop souvent, pas de contrôle ; le texte fait instantanément le tour de la planète, nourrissant des millions de rumeurs. Rappelons-nous cette semaine de février : si Nicolas Sarkozy enrageait tant à la lecture de ce message, c’est bien qu’il était vrai, vous disait-on ; s’il portait plainte contre le journal, c’est bien qu’il cherchait à intimider les journaux. Mais ce SMS était un faux, une pure invention, sans le moindre commencement de preuve. Airy Routier a du adresser une lettre d’excuses à Carla Bruni-Sarkozy. Elle lui répond dans les colonnes (pas sur son site) du « Monde » de ce 20 mars : « Quand un « journaliste », aux dépens de l’honnêteté qu’il doit à ses lecteurs, sanctifie la rumeur et prend ses désirs pour des réalités, il ne doit pas invoquer des « sources en béton »… » Elle s’en prend au mensonge, à la sottise, à la mauvaise foi. La question posée par l’existence de la boite à mensonges est celle de l’impunité. On prend un pseudo et on envoie n’importe quoi. Or, là comme ailleurs, il ne peut y avoir de liberté que si l’on assume aussi sa responsabilité. Dans notre cas au moins, le fait qu’il s’agisse du crédit d’un journal a permis que tout soit public, tant le nom du journaliste en cause que sa lettre d’excuses.

« Trop à droite », comme il dit…

« Nationalisation partielle ou totale des biens de production », « interdiction des licenciements », « réquisition des logements non occupés (même) provisoirement », « régularisation de tous les sans-papiers » : ces propositions sont issues du programme de Lutte Ouvrière, qui, pour la première fois, faisait liste commune avec le PS dans près d’une trentaine de villes aux municipales. Personne, à droite, n’a protesté. Et Jean-Pierre Raffarin, lui, est allé jusqu’à dénoncer la campagne « trop à droite » de l’UMP. Il faut se pincer… Quand donc la droite finira-t-elle d’avoir peur de son ombre ? Et, pour toute nourriture idéologique, de manger son chapeau ?

Les chrétiens d’Irak, martyrs de la politique américaine

Il y a des victimes plus médiatiques que d’autres. Ramenée à l’aune, par exemple, de la captivité d’Ingrid Betancourt, le martyre de l’archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Faraj Rahho, retrouvé mort jeudi dernier deux semaines après son enlèvement, n’a pas beaucoup captivé les médias ni suscité la mobilisation des pleureuses médiatiques. Pourtant, au-delà du sacrifice de ce prélat qui se savait menacé mais avait toujours refusé l’exil pour ne pas déserter ses fidèles et « résister au terrorisme et à la violence », ce sont toutes les communautés chrétiennes d’Irak qui, jour après jour, montent au Calvaire. Multiplications des enlèvements – une vingtaine de prêtres au cours des cinq dernières années –, menaces de mort, racket, attentats contre les églises et les fidèles… Ceux-ci auraient d’ailleurs vu leurs effectifs réduits de plus de moitié, du fait d’un exil massif, d’un million à 400 000. Ce martyre des chrétiens d’Irak est d’ailleurs, avec la naissance d’un terrorisme islamique dans un pays où il était auparavant inconnu, le seul résultat tangible de l’intervention américaine. Originaire de Mossoul, l’évêque des chaldéens du Michigan, Mgr Ibrahim N. Ibrahim, ne fait pas un autre constat : « Nous savons bien qu’avant l’invasion de l’Irak par les Américains le terrorisme n’existait pas. Les chrétiens et les musulmans vivaient ensemble comme frères et sœurs, mais depuis l’invasion tout a changé. Quelqu’un doit assumer cette responsabilité. Dès lors que les Américains occupent l’Irak, ils sont responsables de la sécurité de tous les Irakiens, et en premier lieu des minorités – je ne parle pas que des seuls chrétiens – mais ils ne font rien pour eux. Personne ne nous défend. » Seule, inlassablement, la voix de Benoît XVI s’élève – mais, c’est hélas le cas de le dire, dans le désert.

Les bobos veulent le magot

Et si toute cette affaire de l’UIMM, derrière les grandes envolées sur l’éthique et la moralité, ne se résumait pas tout simplement à une affaire de gros sous et de pouvoirs. La vieille génération de l’industrie lourde, les « ringards », selon Laurence Parisot, avait été très économe, réussissant à mettre de côté 600 millions d’euros bien utiles pour asseoir son pouvoir sur les organisations patronales, Medef et CGPME. La nouvelle génération, celle des patrons bobos qui préfèrent le Duffle-coat au costard-cravate, circulent en vélo, en scooter et en voiture de sport plutôt qu’en grosse berline avec chauffeur, a envie de prendre le pouvoir, les fameux mandats et l’argent qui va avec. D’où l’OPA lancée sur l’UIMM et sa caisse noire, la candidature de Roux de Bézieux à la présidence de l’Unedic et la suggestion d’un appel d’offre pour gérer les 600 millions émise par Laurence Parisot. Cette opération mains propres et poches pleines concerne-t-elle vraiment les vrais patrons, ceux qui n’ont guère le temps d’hanter les couloirs des ministères et des assemblées et de siéger à longueur de journée dans des commissions ? Cette révolution se limitera-t-elle à un changement des élites où concernera-t-elle aussi les pratiques ? A suivre.

Une Fondation bien mal partie

C’est Le Monde qui l’écrit : « La Fondation pour les œuvres de l’islam est paralysée par les querelles entre la Mosquée de Paris et l’UOIF ». Cette fondation, installée l’an dernier, devait favoriser l’émergence d’un « islam de France » débarrassé, selon Nicolas Sarkozy, de ses influences étrangères. Sa mission : faciliter la construction et la rénovation des lieux de culte islamique, financer la formation des imams et des aumôniers musulmans, aider le Conseil français du culte musulman (le CFCM, mis en place par Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l’Intérieur) à mieux remplir sa tâche. C’est ce que déclarait le premier ministre, François Fillon, le 18 septembre dernier, moins d’un mois avant l’installation de cette Fondation. Mais depuis, celle-ci n’a pas fait grand-chose : juste un chèque de 150 000 euros (quand même) au CFCM pour qu’il puisse fonctionner. Cette paralysie s’explique par les dissensions existant, depuis toujours, entre les différentes fédérations musulmanes, plus ou moins liées à des États étrangers. Toutes possèdent leurs propres réseaux de financement, et aucune n’entend en faire profiter la voisine. « Les fidèles font leurs dons à l’association musulmane qu’ils connaissent », résume un responsable turc du CFCM. Un point c’est tout. Dans ces conditions, le rêve d’un islam « de France », que caresse le chef de l’État, paraît difficilement accessible…

Droite : ceux qui perdront doivent laisser leur place

En privé, il n’y a pas un élu UMP qui ne prévoit une défaite les 9 et 16 mars. Mais qui se pose la question de l’après ? Prenons l’exemple de Paris, caricature des errements de la droite : doit-on, comme c’est le cas depuis 2001, continuer avec les mêmes et tout recommencer ? Panafieu, Lellouche, Goujon, Goasguen, ça suffit ! S’ils n’ont pas été capable de redresser la droite au cours des sept dernière années, pourquoi continuer de leur confier les responsabilités pour les six prochaines ? Pour espérer rebondir, l’UMP parisienne doit faire sa mue. C'est-à-dire nommer à la tête du groupe UMP au conseil de Paris un nouveau venu, n’ayant jamais trempé dans les guerres de clan et, si possible, candidat dans un arrondissement de gauche. Qu’importe qu’ils soient inconnus du grand public – Délanoë l’était en 2001 -, les prochain responsables locaux de la droite ne devront pas se contenter de prôner la rupture, ils devront l’incarner.

Conversion

« Tous derrière Laurence Parisot » nous dit Michel Rocard, dans Le Monde de jeudi. Et d’expliquer que sans éthique forte, il n’y a pas de capitalisme. Il s’inquiète de voir le capitalisme succomber à l’immoralité. On comprend le dépit de notre ancien premier ministre socialiste et ancien pilier du PSU : à chaque fois qu’il se converti à un système, celui-ci s’effondre. Michel Rocard fut un partisan inconditionnel de l’autogestion et du modèle de la Yougoslavie dont on connaît les succès économiques et démocratiques. Le communisme de Tito et l’Etat multinational étaient couverts de louange par Michel Rocard. Quel dommage que les Croates, les Serbes, les Bosniaques, les Macédoniens et les Kossovars n’aient pas été capables d’apprécier les délices de l’autogestion ! Aujourd’hui, ce sont les mérites du capitalisme éthique que défend Michel Rocard et qu’il situe du côté du Medef. Laurence Parisot devrait s’en inquiéter.

On nous cache rien, on nous dit tout

La carrière hollywoodienne de Marion Cotillard (déjà bien entamée, puisqu’avant de faire partie de la distribution des prochains films de Michael Mann et Rob Marshall, elle avait déjà tourné pour Tim Burton, Abel Ferrara ou Ridley Scott) sera-t-elle remise en cause par ses propos controversés sur le 11-Septembre et la théorie du complot ? L’avenir le dira. Sans s’attacher aux fonds de ces propos qui, c’est le principe de la très dispensable émission Paris dernière qui veut cela, tenaient plus des propos de fin de soirée sur le zinc que du discours rationnel, sur le mode “On nous cache tout, on nous dit rien”, on espère simplement que les Américains se souviendront qu’ils aimaient la môme Piaf sans se demander ce qu’elle pensait de la marche du monde ou s’interroger sur la façon dont elle vivait, et que c’était très bien comme ça. On a le droit d’avoir du talent, et en même temps, des opinions discutables, idiotes (nos comédiens ne s’en sont jamais privés), ou malsonnantes. Plus largement, on peut s’interroger sur le procédé journalistique qui consiste à ressortir l’enregistrement d’anciennes déclarations oubliées de tous, au moment précis où elles peuvent avoir le plus de retentissement. Désormais, Internet aidant, chacun est ainsi assuré, au plus fort de son jour de gloire, de voir exhumé tel propos d’après-boire, tel comportement embarrassant, telle déclaration controversée sortie de son contexte. C’est “On nous cache rien, on nous dit tout” qui prévaut désormais. Mais les médias qui se prêtent à ce petit jeu feraient bien d’y réfléchir à deux fois : passé le profit immédiat qu’ils en retirent, ils pourraient bien tuer la poule aux œufs d’or, l’intarissable déversoir à propos futiles et irréfléchis qui constitue leur fonds de commerce. Si chacun est désormais certain de voir un jour ou l’autre ressurgir du passé n’importe laquelle de ces déclarations à l’emporte-pièce dont se nourrissent les talks-shows et les débats foire d’empoigne dont la télévision fait ses choux gras, une seule conclusion s’impose : plus que jamais, le silence est d’or.

     |