Il y a des victimes plus médiatiques que d’autres. Ramenée à l’aune, par exemple, de la captivité d’Ingrid Betancourt, le martyre de l’archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Faraj Rahho, retrouvé mort jeudi dernier deux semaines après son enlèvement, n’a pas beaucoup captivé les médias ni suscité la mobilisation des pleureuses médiatiques. Pourtant, au-delà du sacrifice de ce prélat qui se savait menacé mais avait toujours refusé l’exil pour ne pas déserter ses fidèles et « résister au terrorisme et à la violence », ce sont toutes les communautés chrétiennes d’Irak qui, jour après jour, montent au Calvaire. Multiplications des enlèvements – une vingtaine de prêtres au cours des cinq dernières années –, menaces de mort, racket, attentats contre les églises et les fidèles… Ceux-ci auraient d’ailleurs vu leurs effectifs réduits de plus de moitié, du fait d’un exil massif, d’un million à 400 000. Ce martyre des chrétiens d’Irak est d’ailleurs, avec la naissance d’un terrorisme islamique dans un pays où il était auparavant inconnu, le seul résultat tangible de l’intervention américaine. Originaire de Mossoul, l’évêque des chaldéens du Michigan, Mgr Ibrahim N. Ibrahim, ne fait pas un autre constat : « Nous savons bien qu’avant l’invasion de l’Irak par les Américains le terrorisme n’existait pas. Les chrétiens et les musulmans vivaient ensemble comme frères et sœurs, mais depuis l’invasion tout a changé. Quelqu’un doit assumer cette responsabilité. Dès lors que les Américains occupent l’Irak, ils sont responsables de la sécurité de tous les Irakiens, et en premier lieu des minorités – je ne parle pas que des seuls chrétiens – mais ils ne font rien pour eux. Personne ne nous défend. » Seule, inlassablement, la voix de Benoît XVI s’élève – mais, c’est hélas le cas de le dire, dans le désert.

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