La boite à mensonges
Le 19/03/08, par François d’Orcival, Président du Comité éditorial | Société
La meilleure ou la pire des choses. Internet peut être une redoutable boite à mensonges. Ce n’est pas dans les pages papier du « Nouvel Observateur » qu’Airy Routier avait publié le SMS qu’il attribuait à Nicolas Sarkozy disant à Cécilia, avant son remariage avec Carla : « Si tu reviens, j’annule tout ». C’est sur le site Internet de l'hebdomadaire. Le contenu des pages d’un journal passe par de multiples filtres qui sont autant de contrôles. On pose des questions, on cherche à vérifier, et si l’on se trompe, on corrige. Sur Internet, trop souvent, pas de contrôle ; le texte fait instantanément le tour de la planète, nourrissant des millions de rumeurs. Rappelons-nous cette semaine de février : si Nicolas Sarkozy enrageait tant à la lecture de ce message, c’est bien qu’il était vrai, vous disait-on ; s’il portait plainte contre le journal, c’est bien qu’il cherchait à intimider les journaux. Mais ce SMS était un faux, une pure invention, sans le moindre commencement de preuve. Airy Routier a du adresser une lettre d’excuses à Carla Bruni-Sarkozy. Elle lui répond dans les colonnes (pas sur son site) du « Monde » de ce 20 mars : « Quand un « journaliste », aux dépens de l’honnêteté qu’il doit à ses lecteurs, sanctifie la rumeur et prend ses désirs pour des réalités, il ne doit pas invoquer des « sources en béton »… » Elle s’en prend au mensonge, à la sottise, à la mauvaise foi. La question posée par l’existence de la boite à mensonges est celle de l’impunité. On prend un pseudo et on envoie n’importe quoi. Or, là comme ailleurs, il ne peut y avoir de liberté que si l’on assume aussi sa responsabilité. Dans notre cas au moins, le fait qu’il s’agisse du crédit d’un journal a permis que tout soit public, tant le nom du journaliste en cause que sa lettre d’excuses.
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