Euthanasie : refuser le chantage à l’émotion
Le 27/03/08, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
Le mécanisme est éprouvé, et si efficace que, dans le cas de Chantal Sébire, les partisans de l’euthanasie qui ont voulu instrumentaliser sa souffrance (avec son consentement et sa participation) pour faire avancer leur cause n’ont même pas caché leurs arrières-pensées. Mais le chantage à l’émotion, voulant faire, d’une douleur hors-norme, le levier médiatique pour fixer, justement, une norme nouvelle, risque cette fois de buter sur les contradictions d’un cas qui paraît moins limpide chaque jour. Celui d’une femme qui réclamait une mort administrée mais récusait le suicide, avant de finalement décéder, semble-t-il, d’une absorption de barbituriques. Qui proclamait sa maladie incurable après avoir refusé les interventions chirurgicales qui auraient pu la sauver. Qui avait fait un argument majeur de son indéniable et immense souffrance, mais qui avait refusé les soins palliatifs qui auraient pu la soulager pour leur préférer l’homéopathie. Il y a loin de l’examen objectif des faits aux affabulations répandues à longueur d’antenne et d’éditoriaux sur une médecine et une législation inhumaines, indifférentes à la souffrance des êtres. Avant de vouloir améliorer la loi Leonetti, certainement imparfaite comme toutes les constructions humaines, il faudrait commencer par véritablement l’appliquer. Et qui ne voit que, sous prétexte de répondre à des cas extrêmes, on vise en fait à mettre en place un “droit à mourir” qui est aussi un “droit à faire mourir”, aussi contraire à la raison et à la morale naturelle que dangereux pour tous les vivants, qui pourront demain en être les inconscients et involontaires “bénéficiaires” ? Sans doute l’affaire Sébire, au-delà de la douleur extrême subie par cette femme qui aura semble-t-il été la première victime de sa passion militante et de sa médiatisation, aura-t-elle le mérite de mettre en lumière l’immense danger qu’il y aurait à légiférer sur des questions aussi cruciales à partir d’une émotion médiatique facilement frelatée. Et qui, en l’occurrence, a systématiquement occulté l’un des termes du débat : l’indispensable protection de la vie. Nous devons à nos malades, et notamment à ceux dont la lucidité et la volonté sont parfois temporairement fragilisées par une lutte épuisante contre la maladie, de ne pas l’oublier.
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