Emma Bovary et Nicolas Sarkozy
Le 08/04/08, par Bruno de Cessole, Rédacteur en chef Culture | Général
Quel rapport peuvent entretenir Nicolas Sarkozy et Emma Bovary ? La question peut paraître impertinente, mais elle n’est pas incongrue. Comme beaucoup de contemporains, notre flamboyant et vibrionnant président, dont Flaubert ne doit pas être, pourtant, la lecture de chevet, fait du bovarysme sans le savoir. Mais encore ? Je ne veux pas dire que Nicolas Sarkozy, telle Madame Bovary à Yonville, passe ses soirées à la fenêtre de l’Elysée ou du pavillon de la Lanterne, à rêver d’un enthousiasmant destin romanesque ou d’un grand amour bravant les conventions sociales. Depuis peu, ces deux rêves se sont réalisés, au-delà même de ses espérances les plus folles. Non, il faut seulement entendre par là que notre président se rêve autre qu’il n’est, qu’il s’abandonne avec délices aux mirages dangereux de l’illusion. Qu’il se regarde avec complaisance, dans le miroir que lui tendent les média, jouer les divers rôles que sa fonction lui offre l’opportunité d’endosser, et substituer l’être imaginaire et flatteur qu’il voudrait incarner (le paladin de la réforme et de la rupture) à l’être véritable, contingent et limité, qu’il aimerait faire oublier (le meilleur disciple de Jacques Chirac, machine à conquérir un pouvoir dont il a oublié le mode d’emploi). En ce sens, le sarkozisme est bel et bien un avatar du bovarysme. Selon le philosophe Jules de Gaultier, inventeur du mot et théoricien de cette philosophie de l’illusion, le bovarysme présente deux aspects : l’un morbide et pathologique – à se rêver autre qu’on n’est on finit par verser dans le décor - l’autre positif et dynamique, puisque le désir de se couler dans le moule d’un autre serait à l’origine de toute activité humaine. Selon son degré d’indulgence ou d’optimisme, le citoyen lambda choisira l’une ou l’autre interprétation.
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