La recherche historique prend parfois un tour bien surprenant. Ainsi en est-il de la polémique suscitée par le livre de Sylvain Gougenheim publié ce mois au Seuil. Sa thèse : les textes grecques anciens ne nous auraient pas été transmis par les Arabes, mais par des érudits chrétiens qui, au Moyen-âge maîtrisaient la langue d’Aristote. Inacceptable, affirme un « collectif international » de chercheurs qui dénoncent dans Libération un travail « dont il serait fastidieux de relever les erreurs ». Le crime de l’auteur serait d’identifier l’Europe éternelle à la chrétienté et d’avoir consulté un auteur « proche de l’extrême droite ». Bref sa démarche n’aurait rien de scientifique et relèverait d’un « projet idéologique aux connotations politiques inacceptables ». Ce qui justifieraient sans doute qu’on le renvoie de l’école normale supérieure de Lyon où il enseigne.

Curieuse méthode à dire vrai que de dénoncer un collègue en l’accusant d’islamophobie. En admettant que son livre comporte des erreurs, n’appartient-il pas à un vrai savant de les examiner pour les contredire point par point, même si c’est plus fastidieux que d’accoler son nom au bas d’une pétition ?

Mais depuis que le législateur s’est proclamé arbitre de la vérité historique en promulguant des lois mémorielles, il ne reste plus aux chercheurs qu’à trouver un support complaisant pour afficher leurs dénonciations.

 Suivre le fil de cette discussion par RSS