L’affaire de l’annulation du mariage entre deux musulmans par le TGI de Lille n’en finit pas de faire couler l’encre, dans des directions fort diverses. Il y a ceux qui voient dans ce jugement une victoire implicite de la charia, l’introduction subreptice dans nos raisonnements juridiques de critères étrangers à notre culture et à nos mœurs. Il y a ceux qui approuvent le tribunal, qui n’aurait fait qu’appliquer la loi, le consentement des époux étant objectivement faussé par la tromperie de l’épouse qui avait frauduleusement prétendu être vierge (si l’on refuse d’annuler un mariage fondé sur une tromperie manifeste, disent-ils notamment, pourra-t-on encore, demain, annuler un mariage où l’un des conjoints aurait dissimulé à l’autre son homosexualité ?) Il y a les féministes enragées, pour qui la notion même de virginité semble être une inexpiable atteinte aux droits des femmes. Et Roselyne Bachelot, qui tient, elle, le mensonge pour « un droit fondamental de l’être humain » – et bien sûr de la femme (« Il faut s’amuser à mentir aux femmes, on a l’impression qu’on se rembourse », disait Guitry). Une femme politique qui prend publiquement la défense du mensonge, est-ce bien prudent ? Les Français pourraient se prendre à rêver d’appliquer le jugement de Lille aux politiques, et de faire annuler certaines élections pour cause de mensonge avéré du candidat – à commencer ceux qui se sont targués, pendant la campagne, de posséder une virginité politique que leur comportement aux affaires a eu tôt fait de démentir.

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