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Encore une enquête pour l’inspecteur Bourrel

Pour la troisième fois depuis août 2006, apprend-on, le domicile de Ségolène Royal a été cambriolé. Selon Jean-Pierre Mignard, l’avocat de la prétendante aux plus hautes fonctions au Parti socialiste, rien n’a été pris hormis un appareil photo. Jean-Pierre Mignard n’écarte pas un « fait politique ». On ne peut nier le coté viol psychologique d’un tel acte très déstabilisant pour tout le monde. Mais on peut aussi noter la persévérance de ces « visiteurs du soir ». De là à se demander ce qu’ils peuvent donc bien chercher depuis août 2006 avec autant d’acharnement avant de repartir à chaque fois bredouille ? Je serai d’humeur taquine, je dirai tel l’inspecteur Bourrel : « Bon Dieu, mais c’est bien sûr : ils cherchent le programme politique de Ségolène Royal… »

Langue morte

L’a-t-on assez souligné ? En Irlande, seuls quatre députés sur les 166 que compte le Parlement s’étaient prononcés pour le “non”. C’est donc la quasi-unanimité de la classe politique, mais aussi l’ensemble des syndicats, salariés et patrons confondus, qui ont été désavoués par le vote populaire. Un jour, il faudra bien qu’un moderne Augustin Cochin (cet admirable historien, mort pour la France en 1916, auteur d’études capitales sur le rôle des “sociétés de pensée” dans la fabrication de l’esprit révolutionnaire avant 1789) se penche sur les mécanismes, publics ou souterrains, qui ont produit l’effrayant monolithisme des castes médiatico-politiques qui nous gouvernent, sur cette question et sur quelques autres – citons au hasard l’immigration à propos de laquelle, là aussi, le sentiment populaire est inlassablement refoulé par un discours officiel, de nature mythologique, dont l’enfermement sur lui-même évoque immanquablement un phénomène sectaire. Dans ce concert d’autistes, la voix discordante du président tchèque Vaclav Klaus apparaît singulièrement rafraîchissante : « Laissons les gens qui vivent sur le continent européen être Tchèques, Polonais, Italiens, Danois... et ne faisons pas d'eux des Européens. C'est un projet erroné. La différence entre le Tchèque, le Polonais, l'Italien, le Danois et l'Européen est la même qu'entre la langue tchèque, polonaise, italienne et danoise et l'esperanto. L'européisme est l'esperanto : une langue artificielle, morte. » Quand l’ensemble des classes politiques d’un continent tout entier communie dans une langue artificielle et morte rejetée par les peuples qu’elles sont censés gouverner, il n’est pas besoin d’être l’oracle de Delphes pour prévoir des réveils douloureux.

Le bac : une grande braderie ?

« Peut-on désirer sans souffrir ? », « Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même ? », « Y a-t-il d’autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ? » Avouons-le : il y a des moments où l’on est heureux d’avoir passé le bac ! Il suffit de lire les sujets de philosophie soumis aux lycéens pour l’admettre. Plus de 600 000 élèves essaieront de décrocher leur précieux bachot cette année. Ils auront un peu plus de 8 chances sur dix d’y parvenir du premier coup, 9 sur dix s’ils redoublent. Le bac est-il bradé ? Non, répond le ministère, qui souligne que tous les ados nés la même année ne l’ont pas (les deux tiers seulement d’une classe d’âge sont bacheliers). Oui, répond Jean-Robert Pitte, l’ancien président de la Sorbonne, qui a corrigé pendant trente-quatre ans des copies d’étudiants de première année : « Ils ne savent pas ordonner leurs connaissances, l’expression est confuse, la langue n’est pas maîtrisée, la pensée pas structurée, dit-il dans Valeurs actuelles (version papier). Chacun sait qu’en-dessous de 14 de moyenne (la mention bien), le bac ne vaut plus grand-chose ». Ce que confirment bon nombre d’enseignants sous le sceau du secret : professeur dans l’Oise, Nathalie estime à « 25%, peut-être 30%, le taux de réussite au bac si l’on n’appliquait pas les consignes » de l’Éducation nationale, c’est-à-dire si l’on ne relevait pas les notes des élèves « passables »… Alors, le bac, une grande braderie ? Pas sûr, en tous cas, que j’aurais la moyenne en philo… si l’on ne relevait pas ma note !

La preuve par le Stif

Connaissez-vous le Stif ? Moi non plus, jusqu’à ce que, hier soir, de gigantesques affiches dans le métro m’en apprennent l’existence. C’est, nous expliquent-elles fièrement, « l’autorité organisatrice de vos transports en Ile-de-France ». Le Stif a-t-il un rapport commercial avec les usagers ? Jamais. Est-il en situation de concurrence ? Pas le moins du monde. En conséquence, quelle est l’utilité de cette campagne de publicité sur fonds publics ? Absolument et archétypalement nulle. Ce qui n’étonne guère si l’on sait que le Stif dépend de la Région Ile-de-France et de son très dépensier président Jean-Paul Huchon. Valeurs actuelles, dans son édition de vendredi, se penche sur les dérives financières des collectivités locales. Mais de telles dépenses absurdes, il n’y a pas besoin de chercher longtemps pour en trouver à tous les échelons de la puissance publique. Certes, ce sont à chaque fois de petits ruisseaux dont l’assèchement ne suffirait pas à tarir la grande rivière des déficits publics. Mais enfin, l’Etat serait plus audible dans son discours de quasi-faillite s’il ne multipliait dans le même temps les campagnes de communication imbéciles, les cocktails somptueux pour fêter le cinquantième anniversaire d’institutions à l’inutilité avérée, les déplacements coûteux ayant pour seul objet de se faire filmer pour le 20 Heures sur la banquise ou un banc de corail, les rallongements répétés de budget de représentation de tel ministre en mal de bling bling. Quand il s’agit de sauver la France du dépôt de bilan, le Stif gagnerait à être méconnu.

PS : A quelques jours de distance, lu deux portraits de jeunes loups de la politique dans “Le Monde” : Jean-Vincent Placé (Verts) et Frédéric Lefebvre (UMP). A chaque fois, sur une pleine page, il ne sera pas question une seule fois d’idées, de convictions, de valeurs à défendre : juste de stratégie personnelle ou d’attachement aveugle à un mentor. La politique démocratique réduite, sans même se masquer, à de simples jeux d’ambition et de féodalité : “Le Monde” voudrait assurer la promotion de la monarchie qu’il ne pourrait mieux faire.

Les papys sautent sur la City

Jacques Delors, Michel Rocard, Lionel Jospin, Helmut Schmidt… Toute la vieille garde socialiste se mobilise pour sauver la planète des errements de la finance mondiale, nous apprend Le Monde. Il est temps, nous dit ce quarteron de ministres en retraite, de créer « un comité de crise européen qui rassemble des représentants politiques de haut niveau, d’anciens chefs d’Etat et de gouvernement ou des ministres des finances ainsi que des économistes renommés et des experts financiers de tous les continents. » A n’en pas douter, les signataires de cet appel se comptent parmi ces représentants politiques « de haut niveau ». Que peuvent-ils faire pour lutter contre la spéculation ? Trente ans après Kolwezi, envisagent –ils de sauter sur la City pour bouter hors d’Europe les « Hedge funds ». Ou, un demi-siècle après le 13 mai 1958, comptent-ils créer un comité de salut public pour prendre le pouvoir financier ? Leur manque de réussite, quand ils étaient à la tête de l’Etat, ne plaide guère en leur faveur. Et les putsch, on le sait, se terminent souvent mal. Mais bon ! Il n’est pas interdit de se réunir, une fois chez l’un, une fois chez l’autre, pour rigoler un bon coup. Surtout quand on a une bonne retraite.

Contraste

La Birmanie, puis la Chine. Typhon, tremblement de terre et partout la détresse de populations miséreuses. Ce qui frappe dans les images que nous recevons, c’est le contraste entre les officiels chargés de soulager le sort de leurs peuples et les victimes. En Birmanie, ce sont des militaires aux tenues impeccablement repassées, arborant leurs décorations (qui témoignent sûrement d’actes héroïques méconnus chez nous) face à de pauvres hères en guenille. Le désespoir se lit dans leur regard. Même contraste en Chine entre la mise parfaite du Premier ministre en tenue d’apparatchick au visage serein tandis que derrière lui pleurent les parents des victimes. Dans les deux pays, on ressent l’impression d’un gouffre immense entre ceux qui gouvernent et ceux qui subissent leur joug.

En Chine, une croyance ancestrale lie l’apparition de catastrophes naturelles avec une rupture du pacte qui lit le ciel avec l’empereur, ou ceux qui lui ont succédé, les communistes détenteurs du mandat céleste. Puisse cette tradition se confirmer et voir enfin ces deux pays d’Asie accéder à la liberté politique.

De l’utilité des naufrages

Au risque de mécontenter certain lecteur de ce blog, je vais à nouveau délaisser politique ou idéologie pour faire, cette fois-ci, un petit détour par le cinéma. Ce mercredi sort sur les écrans français un film tchèque, adapté par Jiri Menzel d’un roman de son compatriote Bohumil Hrabal, “Moi qui ai servi le roi d’Angleterre” (critique dithyrambique à lire dans “Valeurs actuelles” de vendredi). C’est l’histoire d’un sympathique garçon qui devient insensiblement une crapule, une petite mesquinerie en entraînant une plus grosse, à mesure de son ascension sociale. Il faudra la déchéance et la ruine pour qu’il prenne conscience de son ignominie, et qu’il trouve par là une véritable sérénité : car, comme il le constate lui-même, rendu enfin sage par la déroute de ses illusions, « l’homme devient, contre sa volonté, plus humain quand il commence à faire naufrage, quand il déraille et perd ses repères. » Comme nous voici à quelques jours de la Pentecôte, je n’ai pu m’empêcher de relier ce constat à ces quelques mots que Benoît XVI, dans son nouveau recueil de textes, “Viens, Esprit saint” (publié chez Parole et silence, et chroniqué également dans VA de vendredi…), place dans la bouche du Christ : « Vous devez vous perdre vous-même, car seul celui qui se perd se trouve. » En ces temps où l’on nous explique volontiers qu’il n’y a de dignité humaine que dans la parfaite maîtrise de soi, de son destin ou de son corps, il est bon que quelques-uns sachent encore nous rappeler que c’est souvent dans la tempête, et parfois sous les apparences trompeuses du naufrage, que l’homme se révèle à lui-même et trouve, enfin, un cap digne de lui.

Vive l’Etat bourgeois !

Il paraît qu’Olivier Besancenot a été espionné par une firme privée. On savait tout sur lui, y compris le montant de son compte en banque. S’agissant d’une personnalité politique en vue il n’y a à cela rien de très surprenant. Ce qui l’est plus, c’est la réaction de la LCR (ligue communiste révolutionnaire) qui porte plainte contre X pour violation de la vie privée. Les beaux révolutionnaires que voilà qui se mettent maintenant à avoir une vie « privée » ! Et quelle confiance dans un Etat qui n’est pourtant que le reflet de structures de production, odieusement capitalistes, et dont la police et la justice ne peuvent être que des instruments de répression aux mains des oppresseurs du peuple ! Imagine-t-on Trotski portant plainte auprès de la police tsariste pour violation de sa vie privée ? Tout cela est plutôt rassurant.

Pan sur le Houellebecq

On appelle ça un arroseur arrosé. Michel Houellebecq, sociologue de bazar déguisé en (mauvais) romancier, porté aux nues par le parfum de scandale qui entoure toujours ses romans – par ailleurs assez médiocres, à l’exception du premier, Extension du domaine de la lutte –, utilise volontiers ses livres pour régler ses comptes. Ainsi dans Les Particules élémentaires, roman qui fit sa gloire, ce charmant personnage brossait-il le portrait d’une marâtre à laquelle il donna élégamment le nom de sa propre mère, qu’au détour d’une interview il prétendait décédée. Or non seulement elle est bien vivante, mais elle pratique allègrement le retour de bâton sur le dos de son garnement de fils, dans un livre à paraître la semaine prochaine chez Scali, titré – sans doute par antiphrase – “l’Innocente”. Lui qui avait fait scandale en qualifiant l’islam de « religion la plus con » (au grand soulagement des bouddhistes, qui ont eu chaud), s’y fait traiter de « petit con » par sa génitrice, qui n’acceptera de lui reparler que lorsqu’il ira « sur la place publique, ses “Particules élémentaires” dans la main, et qu’il dira : “Je suis un menteur, un imposteur, j’ai été un parasite, je n’ai jamais rien fait de ma vie, que du mal à tous ceux qui m’ont entouré. » Tout cela est assez pathétique, on vous l’accorde, mais pour une fois qu’on voit un des ces autofictionneurs, qui au nom de leur pseudo création croient licites de mettre en scène, de préférence pour les traîner dans la boue, tous ceux qui ont eu le malheur de croiser leur chemin, se prendre un retour de manivelle, on ne va pas bouder son plaisir. Comme on dit dans les Tontons flingueurs : « Je ne dis pas que c’est juste. Je dis que ça soulage. »

Les nouveaux censeurs

La recherche historique prend parfois un tour bien surprenant. Ainsi en est-il de la polémique suscitée par le livre de Sylvain Gougenheim publié ce mois au Seuil. Sa thèse : les textes grecques anciens ne nous auraient pas été transmis par les Arabes, mais par des érudits chrétiens qui, au Moyen-âge maîtrisaient la langue d’Aristote. Inacceptable, affirme un « collectif international » de chercheurs qui dénoncent dans Libération un travail « dont il serait fastidieux de relever les erreurs ». Le crime de l’auteur serait d’identifier l’Europe éternelle à la chrétienté et d’avoir consulté un auteur « proche de l’extrême droite ». Bref sa démarche n’aurait rien de scientifique et relèverait d’un « projet idéologique aux connotations politiques inacceptables ». Ce qui justifieraient sans doute qu’on le renvoie de l’école normale supérieure de Lyon où il enseigne.

Curieuse méthode à dire vrai que de dénoncer un collègue en l’accusant d’islamophobie. En admettant que son livre comporte des erreurs, n’appartient-il pas à un vrai savant de les examiner pour les contredire point par point, même si c’est plus fastidieux que d’accoler son nom au bas d’une pétition ?

Mais depuis que le législateur s’est proclamé arbitre de la vérité historique en promulguant des lois mémorielles, il ne reste plus aux chercheurs qu’à trouver un support complaisant pour afficher leurs dénonciations.

Emma Bovary et Nicolas Sarkozy

Quel rapport peuvent entretenir Nicolas Sarkozy et Emma Bovary ? La question peut paraître impertinente, mais elle n’est pas incongrue. Comme beaucoup de contemporains, notre flamboyant et vibrionnant président, dont Flaubert ne doit pas être, pourtant, la lecture de chevet, fait du bovarysme sans le savoir. Mais encore ? Je ne veux pas dire que Nicolas Sarkozy, telle Madame Bovary à Yonville, passe ses soirées à la fenêtre de l’Elysée ou du pavillon de la Lanterne, à rêver d’un enthousiasmant destin romanesque ou d’un grand amour bravant les conventions sociales. Depuis peu, ces deux rêves se sont réalisés, au-delà même de ses espérances les plus folles. Non, il faut seulement entendre par là que notre président se rêve autre qu’il n’est, qu’il s’abandonne avec délices aux mirages dangereux de l’illusion. Qu’il se regarde avec complaisance, dans le miroir que lui tendent les média, jouer les divers rôles que sa fonction lui offre l’opportunité d’endosser, et substituer l’être imaginaire et flatteur qu’il voudrait incarner (le paladin de la réforme et de la rupture) à l’être véritable, contingent et limité, qu’il aimerait faire oublier (le meilleur disciple de Jacques Chirac, machine à conquérir un pouvoir dont il a oublié le mode d’emploi). En ce sens, le sarkozisme est bel et bien un avatar du bovarysme. Selon le philosophe Jules de Gaultier, inventeur du mot et théoricien de cette philosophie de l’illusion, le bovarysme présente deux aspects : l’un morbide et pathologique – à se rêver autre qu’on n’est on finit par verser dans le décor - l’autre positif et dynamique, puisque le désir de se couler dans le moule d’un autre serait à l’origine de toute activité humaine. Selon son degré d’indulgence ou d’optimisme, le citoyen lambda choisira l’une ou l’autre interprétation.

Ségolène et le boycott

On ne comprend pas très bien pourquoi Ségolène Royal appelle à brandir la menace du boycottage des jeux Olympiques à Pékin, elle qui s’était précipitée en Chine avant les élections présidentielles. Qui vient sur la Grande Muraille conquiert la bravitude avait elle dit alors dans une sorte d’invite à visiter l’empire du milieu. Nos athlètes en quête de médaille d’or n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à la bravitude ? Certes, la Chine n’est pas un modèle de droits de l’homme comme le montrent les évènements du Tibet. Mais les choses sont-elles pires aujourd’hui qu’il y a un an, quand la candidate vantait l’efficacité des tribunaux chinois, plus rapides qu’en France ? « C'est d'ici que viendra la survie et l'invention du nouveau modèle de développement », celui du « développement durable », avait déclaré la candidate, « c'est notamment avec la Chine qu'il faut tracer des voies pour l'avenir ». « La Chine est en quelque sorte notre nouvelle frontière, il faut surmonter les craintes, maîtriser la mondialisation, imposer des règles communes et défendre une nouvelle forme de développement » avait-elle insisté. Faut-il maintenant fermer notre nouvelle frontière ?

On nous cache rien, on nous dit tout

La carrière hollywoodienne de Marion Cotillard (déjà bien entamée, puisqu’avant de faire partie de la distribution des prochains films de Michael Mann et Rob Marshall, elle avait déjà tourné pour Tim Burton, Abel Ferrara ou Ridley Scott) sera-t-elle remise en cause par ses propos controversés sur le 11-Septembre et la théorie du complot ? L’avenir le dira. Sans s’attacher aux fonds de ces propos qui, c’est le principe de la très dispensable émission Paris dernière qui veut cela, tenaient plus des propos de fin de soirée sur le zinc que du discours rationnel, sur le mode “On nous cache tout, on nous dit rien”, on espère simplement que les Américains se souviendront qu’ils aimaient la môme Piaf sans se demander ce qu’elle pensait de la marche du monde ou s’interroger sur la façon dont elle vivait, et que c’était très bien comme ça. On a le droit d’avoir du talent, et en même temps, des opinions discutables, idiotes (nos comédiens ne s’en sont jamais privés), ou malsonnantes. Plus largement, on peut s’interroger sur le procédé journalistique qui consiste à ressortir l’enregistrement d’anciennes déclarations oubliées de tous, au moment précis où elles peuvent avoir le plus de retentissement. Désormais, Internet aidant, chacun est ainsi assuré, au plus fort de son jour de gloire, de voir exhumé tel propos d’après-boire, tel comportement embarrassant, telle déclaration controversée sortie de son contexte. C’est “On nous cache rien, on nous dit tout” qui prévaut désormais. Mais les médias qui se prêtent à ce petit jeu feraient bien d’y réfléchir à deux fois : passé le profit immédiat qu’ils en retirent, ils pourraient bien tuer la poule aux œufs d’or, l’intarissable déversoir à propos futiles et irréfléchis qui constitue leur fonds de commerce. Si chacun est désormais certain de voir un jour ou l’autre ressurgir du passé n’importe laquelle de ces déclarations à l’emporte-pièce dont se nourrissent les talks-shows et les débats foire d’empoigne dont la télévision fait ses choux gras, une seule conclusion s’impose : plus que jamais, le silence est d’or.

FN : les conditions du rebond

Si on rentre dans le détail de notre baromètre mensuel CSA de cette semaine, on découvre des choses étonnantes : ainsi de l’opinion des sympathisants FN vis-à-vis de Sarkozy. Il y a quatre mois, ils étaient 55 % à juger son action allait « plutôt dans le bons sens », ils ne sont plus, aujourd’hui, que 23 %. Pire encore du coté de ceux qui estiment que l’action du chef de l’Etat va « plutôt dans le mauvais sens » : de 37 %, en novembre, ils sont passés à… 74 %. En clair : l’électorat lepéniste ayant voté Sarkozy à la présidentielle regrette, plus encore que les autres, de s’être fait « berner ». Retourneront-ils, pour autant, dès cette élection, au vote FN ? Pas aussi simple : d’abord parce que le FN présente moins de deux cent listes (aucune en Seine Saint-Denis !) ; ensuite parce que le scrutin municipal, le poids de ses sortants et de ses notables, n’a jamais été une « spécialité » frontiste ; enfin, et c’est le plus important, parce que le FN n’est pas « guéri » de ses échecs à la présidentielle et aux législatives. Encore en convalescence, le parti souffre de son image « brouillée » : qui est le chef au FN ? Le Pen ? Sa fille ? Gollnish (arrivé en tête lors du dernier congrès chez les militants) ? Quelle est sa vraie ligne : à droite toute ? Ni droite ni gauche ? Devenus électeurs lepéniste par quête de repères, les électeurs FN ne retrouvent plus aujourd’hui dans leur parti ces mêmes repères qu’ils réclament ailleurs. S’il veut retrouver rapidement ses scores d’autrefois (l’espace, on l’a vu, existe !) le Front ne peut faire l’économie d’une opération « clarification ». C'est-à-dire avant les deux prochains scrutins : européennes en 2009, régionales en 2010. Deux scrutins symboles : c’est à l’occasion des européennes de 1984 que le FN avait réussi sa première percée nationale ; c’est à l’occasion des régionales de 1998, et de ses alliances locales, que le FN était (presque) parvenu à faire exploser la droite. J’avoue être curieux de connaître l’avis des sympathisants FN, et notamment de ceux ayant voté Sarkozy à la présidentielle…

Sacré Henri !

Cher Henri Salvador qui nous a enchantés, c’est le mot juste, avec tant de délicieuses chansons dont radios, télévisions et journaux nous ont rappelé de si jolis souvenirs, récents ou anciens. Pour amuser nos lecteurs et animer gentiment nos féministes, voici un texte qui figurait dans ses « Chansons douces » de 1947, et fut aussi interprété par Léo Ferré (c’est dire !) : la chanson du scaphandrier…


Mets ton habit, scaphandrier
Descends dans les yeux de ma blonde.
Que vois-tu bon scaphandrier ?
Je voix un étrange attirail :
Des fleurs, des oiseaux, du corail,
Et de l’or en fines paillettes…

Mets ton habit scaphandrier
Descends dans le cœur de ma blonde,
Que vois-tu, bon scaphandrier ?
Je vois une source très pure
Je vois des rires et des deuils,
Une oasis près d’un écueil…

Mets ton habit scaphandrier
Et dans le cerveau de ma blonde,
Tu vas descendre, que vois-tu ?
Il est descendu, descendu
Et dans les profondeurs du vide
Le scaphandrier s’est perdu…

Que oserait chanter cela aujourd’hui en ces temps de quotas et de parité ! On devrait en faire une nouvelle rédaction.

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