Black is beautiful
Le 07/11/08, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Général
« Any colour as long as it’s black » : Henry Ford – qui n’aurait sans doute pas voté Obama – se vantait par cette formule de mettre à la disposition de ses clients des voitures de n’importe quelle couleur, du moment que c’était du noir. La formule, subliminalement, semble reprise par les thuriféraires d’Obama auquel, à en croire par exemple l’édito d’hier du Monde (« Obama a fait coïncider l’espoir avec le noir », écrit ainsi Eric Fottorino dans une de ces envolées poétiques dont il a le secret), sa couleur seule conférerait un caractère salvifique. Sur ce plan comme sur d’autres, la fortune médiatique d’Obama tient moins à lui-même, à sa personnalité, à son programme, qu’à ce qu’il symbolise : la réconciliation raciale, donc, mais aussi, la fin de l’ère Bush, de ce rapt fantasmatique que, selon leurs détracteurs, les néo-conservateurs auraient perpétré sur l’identité américaine. Mais, s’il est à peu près certain que l’élection d’Obama va effectivement (sans pour autant tout résoudre d’un coup de baguette magique) faire progresser la cause des minorités raciales aux Etats-Unis, on peut être à peu près tout aussi certain qu’il est condamné à décevoir ses partisans quant à ce qui est de la place et du rôle des Etats-Unis dans le monde. « L’Amérique peut changer », a affirmé Obama dans son discours de vainqueur, mais aussi « Nous sommes et nous serons toujours les Etats-Unis d’Amérique » : c’est-à-dire, expliquait Jean-François Colosimo dans son essai Dieu est américain (Fayard), un pays par essence messianique, abîmé dans un culte de lui-même qui est sa plus authentique religion, persuadé d’être un nouvel Israël chargé par la Providence d’apporter au monde la liberté, la prospérité et la paix. « Opposer une Amérique “démocratique” à une Amérique “religieuse” ne sert de rien », écrit Colosimo. « C’est au contraire toute la singularité des Etats-Unis que d’avoir constitué la démocratie en politique religieuse et en religion politique. » Et de citer par exemple le discours d’investiture de George Washington, qui pourtant n’était pas un “born again” à la mode Bush : « L’entretien du feu sacré de la liberté et l’avenir du modèle républicain de gouvernement reposent sur l’expérience qui en a été confiée au peuple américain et remise entre ses mains. » Et Obama, le 4 novembre, d’annoncer « une nouvelle aube du leadership américain ». Pour le moment, les commentateurs voient essentiellement en Obama un président noir. Ils ne devraient pas tarder à s’apercevoir qu’il est, d’abord, un président américain.











