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On nous cache rien, on nous dit tout

La carrière hollywoodienne de Marion Cotillard (déjà bien entamée, puisqu’avant de faire partie de la distribution des prochains films de Michael Mann et Rob Marshall, elle avait déjà tourné pour Tim Burton, Abel Ferrara ou Ridley Scott) sera-t-elle remise en cause par ses propos controversés sur le 11-Septembre et la théorie du complot ? L’avenir le dira. Sans s’attacher aux fonds de ces propos qui, c’est le principe de la très dispensable émission Paris dernière qui veut cela, tenaient plus des propos de fin de soirée sur le zinc que du discours rationnel, sur le mode “On nous cache tout, on nous dit rien”, on espère simplement que les Américains se souviendront qu’ils aimaient la môme Piaf sans se demander ce qu’elle pensait de la marche du monde ou s’interroger sur la façon dont elle vivait, et que c’était très bien comme ça. On a le droit d’avoir du talent, et en même temps, des opinions discutables, idiotes (nos comédiens ne s’en sont jamais privés), ou malsonnantes. Plus largement, on peut s’interroger sur le procédé journalistique qui consiste à ressortir l’enregistrement d’anciennes déclarations oubliées de tous, au moment précis où elles peuvent avoir le plus de retentissement. Désormais, Internet aidant, chacun est ainsi assuré, au plus fort de son jour de gloire, de voir exhumé tel propos d’après-boire, tel comportement embarrassant, telle déclaration controversée sortie de son contexte. C’est “On nous cache rien, on nous dit tout” qui prévaut désormais. Mais les médias qui se prêtent à ce petit jeu feraient bien d’y réfléchir à deux fois : passé le profit immédiat qu’ils en retirent, ils pourraient bien tuer la poule aux œufs d’or, l’intarissable déversoir à propos futiles et irréfléchis qui constitue leur fonds de commerce. Si chacun est désormais certain de voir un jour ou l’autre ressurgir du passé n’importe laquelle de ces déclarations à l’emporte-pièce dont se nourrissent les talks-shows et les débats foire d’empoigne dont la télévision fait ses choux gras, une seule conclusion s’impose : plus que jamais, le silence est d’or.

FN : les conditions du rebond

Si on rentre dans le détail de notre baromètre mensuel CSA de cette semaine, on découvre des choses étonnantes : ainsi de l’opinion des sympathisants FN vis-à-vis de Sarkozy. Il y a quatre mois, ils étaient 55 % à juger son action allait « plutôt dans le bons sens », ils ne sont plus, aujourd’hui, que 23 %. Pire encore du coté de ceux qui estiment que l’action du chef de l’Etat va « plutôt dans le mauvais sens » : de 37 %, en novembre, ils sont passés à… 74 %. En clair : l’électorat lepéniste ayant voté Sarkozy à la présidentielle regrette, plus encore que les autres, de s’être fait « berner ». Retourneront-ils, pour autant, dès cette élection, au vote FN ? Pas aussi simple : d’abord parce que le FN présente moins de deux cent listes (aucune en Seine Saint-Denis !) ; ensuite parce que le scrutin municipal, le poids de ses sortants et de ses notables, n’a jamais été une « spécialité » frontiste ; enfin, et c’est le plus important, parce que le FN n’est pas « guéri » de ses échecs à la présidentielle et aux législatives. Encore en convalescence, le parti souffre de son image « brouillée » : qui est le chef au FN ? Le Pen ? Sa fille ? Gollnish (arrivé en tête lors du dernier congrès chez les militants) ? Quelle est sa vraie ligne : à droite toute ? Ni droite ni gauche ? Devenus électeurs lepéniste par quête de repères, les électeurs FN ne retrouvent plus aujourd’hui dans leur parti ces mêmes repères qu’ils réclament ailleurs. S’il veut retrouver rapidement ses scores d’autrefois (l’espace, on l’a vu, existe !) le Front ne peut faire l’économie d’une opération « clarification ». C'est-à-dire avant les deux prochains scrutins : européennes en 2009, régionales en 2010. Deux scrutins symboles : c’est à l’occasion des européennes de 1984 que le FN avait réussi sa première percée nationale ; c’est à l’occasion des régionales de 1998, et de ses alliances locales, que le FN était (presque) parvenu à faire exploser la droite. J’avoue être curieux de connaître l’avis des sympathisants FN, et notamment de ceux ayant voté Sarkozy à la présidentielle…

Sacré Henri !

Cher Henri Salvador qui nous a enchantés, c’est le mot juste, avec tant de délicieuses chansons dont radios, télévisions et journaux nous ont rappelé de si jolis souvenirs, récents ou anciens. Pour amuser nos lecteurs et animer gentiment nos féministes, voici un texte qui figurait dans ses « Chansons douces » de 1947, et fut aussi interprété par Léo Ferré (c’est dire !) : la chanson du scaphandrier…


Mets ton habit, scaphandrier
Descends dans les yeux de ma blonde.
Que vois-tu bon scaphandrier ?
Je voix un étrange attirail :
Des fleurs, des oiseaux, du corail,
Et de l’or en fines paillettes…

Mets ton habit scaphandrier
Descends dans le cœur de ma blonde,
Que vois-tu, bon scaphandrier ?
Je vois une source très pure
Je vois des rires et des deuils,
Une oasis près d’un écueil…

Mets ton habit scaphandrier
Et dans le cerveau de ma blonde,
Tu vas descendre, que vois-tu ?
Il est descendu, descendu
Et dans les profondeurs du vide
Le scaphandrier s’est perdu…

Que oserait chanter cela aujourd’hui en ces temps de quotas et de parité ! On devrait en faire une nouvelle rédaction.

Perspectives américaines, suite

Une blague mise à part (ce qui est le moins que l’on puisse faire dans un blog), les commentaires suscités par ma dernière analyse me paraissent très utiles à la compréhension des prochaines élections américaines. Commençons par le dernier pointage, au lendemain du week-end, dans la compétition entre Obama et Hillary Clinton chez les démocrates. Obama : 1140 délégués (tous compris) Clinton : 1137. Dans le camp républicain, et malgré deux succès de Michaël Huckabee, John McCain a déjà acquis 724 délégués contre 234 à son concurrent. La désignation se confirme. Nous allons donc assister à une bataille féroce dans le camp démocrate jusqu’à l’investiture finale. Cette bataille laissera des traces. Un ticket Clinton-Obama que j’évoquais est de ce fait très improbable : qui accepterait d’être le vice-président de l’autre ? La candidature de McCain a donc toutes ses chances. Hillary Clinton le disait déjà ce dimanche : « Les démocrates auront du mal à se battre contre le passé légendaire de John McCain… » A neuf mois du scrutin, les sondages ne sont que des indications fragiles. Les plus récents indiquent néanmoins que McCain battrait Hillary mais qu’il serait battu par Obama. Mais ici, l’écart n’est plus que de 3 ou 4 points, contre le double en janvier. La bataille sera plus serrée qu’on ne pensait. Enfin, l’élection elle-même ne se joue pas dans une seule circonscription (comme en France) mais dans chacun des Etats de l’Union. Si l’avance d’un candidat sur l’autre ne dépasse pas quelques points en estimation nationale, l’élection se décidera dans un ou deux Etats. Rappelez-vous la Floride en novembre 2000, qui a fait élire Bush avec 520 voix d’avance…Alors que Al Gore, son concurrent démocrate, était majoritaire en voix dans l’ensemble des Etats-Unis.

Après le « super mardi », quelles perspectives ?

John McCain, le héros de la guerre du Vietnam devenu sénateur républicain, conservateur et adversaire de George Bush, sera donc le candidat du parti républicain au mois de novembre. Il a gagné les primaires du « super mardi ». La question est maintenant la suivante : qui serait pour lui le « meilleur candidat démocrate » - c’est-à-dire celui qu’il aurait – malgré ses deux handicaps, huit années d’administration Bush et la guerre d’Irak – le plus intérêt à avoir en face de lui pour avoir une chance de gagner ? Les primaires démocrates de ce 5 février, si elles n’ont pas départagé les deux concurrents, nous fournissent néanmoins des indications. Obama a obtenu 539 délégués et Hillary Clinton 540. Mais le plus frappant est qu’Obama ne la distance, dans les Etats qu’il remporte, que grâce au vote noir (70 à 90 % des électeurs démocrates noirs ont voté pour lui) ; tandis qu’elle-même gagne, en Californie ou dans l’Etat de New York par exemple, grâce au vote latinos, les électeurs hispaniques rejetant Obama. Conclusion : l’intérêt de McCain serait d’affronter Obama, car il provoquerait la division dans l’électorat démocrate entre ses diverses minorités. En revanche, le pire serait pour lui un ticket Clinton-Obama, car alors celui-ci ratisserait le plus large. Il faudra attendre jusqu’à l’été – les conventions des deux partis – pour connaître le début de la réponse.

Les Farc, dinosaures marxistes

Plus de six ans après leur enlèvement, Clara Rojas et Consuelo Gonzalez sont enfin libres. Leur détention constituait un scandale qu’on ne dénoncera jamais assez. C’est, pour tous, la première raison de se réjouir. Mais il y en a une autre, que je ne bouderais pas : leur témoignage a permis, enfin, de tordre le cou aux sornettes que l’on entendait depuis plusieurs jours sur leurs ravisseurs, les FARC, présentées par certains zélateurs de l’extrême-gauche comme un mouvement de lutte pour l’émancipation des peuples ! La description des conditions de détention de leurs otages suffit à faire taire ces sottises : militaires et policiers capturés par les Farc « vivent enchaînés toute la journée. Ils portent en permanence une chaîne au cou et dorment entravés aux jambes et au cou (…) Ils se baignent enchaînés, lavent leurs vêtements enchaînés. Et la nuit, leurs chaînes sont attachées à un tronc fixé près de leur lit. Tous ont des problèmes de santé », a déclaré Clara Rojas qui compare les Farc à « une organisation criminelle ». Les “Forces armées révolutionnaires de Colombie” détiennent plus de 3000 otages. Elles sont classées parmi les organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union européenne. Elles se réclament du marxisme. À leur tête se trouve un soviet léniniste de sept personnes. Certains de leurs dirigeants ont été formés à l’école des cadres communistes de l’ex-Allemagne de l’Est. Leur chef, Marulanda, « est un Fidel Castro que l’histoire a oublié dans la Sierra Maestra, qui joue le Désert des Tartares depuis une demi-siècle sur fond de jugle amazonienne et de champs de coca », résumait en 2006 en diplomate colombien. En revanche, le président colombien, Alvaro Uribe, a été deux fois élu par son peuple, recueillant 53% des suffrages exprimés en 2002 et plus de 62% en 2006. Il connaît bien les Farc : elles ont assassiné son père. Autant d’éléments qu’il n’est pas inutile de rappeler à l’heure où Chavez demande qu’on les raye de la liste des organisations terroristes, la France envisageant même d’accueillir certains représentants des Farc dans l’espoir d’obtenir la libération d’Ingrid Betancourt.

Très bonnes fêtes de fin d'année !

La rédaction de Valeurs Actuelles part quelquels jours en vacances... Ne vous inquiétez pas, elle sera de retour, reposée et prête à réagir au quart de tour sur tous les sujets, au début du mois de janvier. Nous vous invitons à venir régulièrement sur le blog, à lire les messages que vous auriez manqués et nous à laisser vos commentaires. Nous vous souhaitons à tous et à vos proches de très bonnes fêtes de Noël et de fin d'année. Très cordialement, Frédéric Paya

José Bové démasqué par l’inspecteur Bourrel

« Il vaut mieux se taire et passer pour un con plutôt que de parler et ne laisser aucun doute à ce sujet. » Comment ne pas être d’accord avec Pierre Desproges après les dernières déclarations de José Bové, à sa sortie du Tribunal de grande instance de Millau le 10 décembre ? « Nous avons pris une décision collective d'entamer à partir du 3 janvier 2008 une grève de la faim à durée indéterminée » a indiqué l’altermondialiste, la moustache frémissante. Une grève de la faim ? Pourquoi pas ! Mais pourquoi attendre le 3 janvier ? « Bon dieu ! Mais c'est... Bien sûr ! » aurait dit l’inspecteur Bourrel : il sera certainement plus facile à José Bové d’entamer une grève de la faim une fois les fêtes passées que de prendre le risque, si sa grève de la faim doit durer, de refuser les plats délicieux qui lui seront présentés le 24 et le 31 décembre. Ayant reçu récemment le résultat de mes analyses sanguines montrant un (gros) dépassement de mon taux de cholestérol (le mauvais, pas le bon), je prends l’engagement devant vous, amis blogueurs, que j’entame une grève de la faim pour faire baisser mes constantes sanguines, mais uniquement après le 1er janvier (et encore, gourmand de nature je ne suis pas sur de tenir bien longtemps). Remarquez que contrairement à José Bosé, je n’ai pas indiqué l’année !

Quatre fleurs pour Anne-Lorraine

Extraits de l’homélie prononcée par le Père Janssens, curé archiprêtre de la cathédrale de Senlis, pour les obsèques d’Anne-Lorraine Schmitt, le 1er décembre 2007

« Nous gardons d’Anne-Lorraine l’image d’une jeune fille au caractère bien trempé et qui croquait la vie avec gourmandise. Sa vie fut pour nous un cadeau. Nous remercions Dieu de nous l’avoir donnée pour fille, pour sœur, pour amie. Sa vie de femme fut brève mais riche et féconde.

Recueillons maintenant son témoignage d’humanité et de foi. Pour ma part, après vous avoir longuement écoutés, je glisse quatre fleurs dans le bouquet d’action de grâces que nous déposerons sur l’autel dans quelques instants.

Première fleur. Anne-Lorraine nous laisse le témoignage d’une jeune-femme dotée d’une vie chrétienne profonde et bien en place, nourrie par la Parole de Dieu et l’Eucharistie. Sa vie avait le Christ ressuscité pour fondation et pour clé de voûte ; et l’Esprit de son Baptême et de sa Confirmation pour dynamisme intérieur. Elle fait partie de cette génération Jean-Paul II, façonnée par les Journées Mondiales de la Jeunesse, les récollections et les pèlerinages estudiantins.

Deuxième fleur. Anne-Lorraine était l’aînée de sa fratrie et elle le restera. Son indépendance de caractère ne retirait rien à l’amour profond qu’elle portait à sa famille et à l’affection prévenante qu’elle témoignait à ses frères et sœurs, avec un humour parfois décapant. Elle entretenait également des amitiés spirituelles profondes. Jésus est l’Ami par excellence. Il nous dit: « Je vous appelle mes amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn15,15). Anne-Lorraine est une amie du Christ. Avec ses meilleures amies, elle partageait le travail, les responsabilités, la fête et la prière. Elle puisait l’amour et l’amitié dans le cœur du Christ. Aussi, nous sentons qu’un lien ineffable et éternel nous unit à elle, par-delà ciel et terre, et pour l’éternité. L’amour est plus fort que la mort.

Troisième fleur. Anne-Lorraine nous laisse le témoignage d’une étudiante bien de son temps, brillante, intellectuellement curieuse, artiste aussi. Un trait la caractérisait et faisait notre admiration : sa force de conviction n’avait d’égale que son ouverture d’esprit. Elle ne tombait jamais dans le sectarisme. Dans ce monde et à une époque où nous sentons le besoin urgent et impérieux de témoigner à temps et à contre-temps de notre foi salutaire, nous retenons le savoir-faire d’Anne-Lorraine. Nul n’ignorait ses engagements et sa pratique religieuse. Elle en parlait simplement, avec une étonnante liberté intérieure et de l’humour. Elle rendait compte de ses convictions avec intelligence. Cela a forcé le respect et suscité l’amitié de beaucoup d’entre vous. Et puis elle avait cette curiosité intellectuelle qui la poussait à s’intéresser aux autres qui ne pensaient pas comme elle. Elle vivait en amitié avec des gens très différents ; preuve qu’on n’est pas d’autant plus ouvert qu’on a moins de convictions. Anne-Lorraine nourrissait sa foi par la lecture, la réflexion et les discussions avec son entourage. Elle qui était cultivée, elle avait peut-être à l’esprit cette phrase magnifique de Jean-Paul II : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ». Anne-Lorraine avait une foi profonde éclairée par son intelligence, et une intelligence profonde éclairée par sa foi. Elle aurait fait une très bonne journaliste.

Quatrième fleur pour terminer. Anne-Lorraine, pourtant mobilisée par des études de haut niveau, savait s’engager au service des autres : dans le scoutisme, auprès d’enfants handicapés et des personnes malades. Tout ce qu’elle faisait, elle le faisait à fond, avec grand cœur et une conscience admirable. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn13,35). Nul doute qu’Anne-Lorraine fit partie des disciples du Christ.

Nous confions Anne-Lorraine à Dieu notre Père. Nous le bénissons pour les 23 belles années que nous avons vécues en sa compagnie. Car son pèlerinage ici-bas aura rendu notre Terre un peu plus belle et notre cœur plus riche. »

Organisations non-gouvernementales et bazar gouvernemental

On l’a échappé belle ! Dieu merci, l’Arche de Zoé n’avait pas été invité à participer au Grenelle de l’environnement ! Cette ONG n’aurait certes pas déparé dans le paysage où figuraient bien d’autres farfelus de la même eau (voir Valeurs actuelles du 28 septembre), mais imaginez l’embarras de Jean-Louis Borloo et de Nathalie Kosciusko-Morizet, obligés de reconnaître qu’ils avaient passé des heures à négocier sérieusement avec des irresponsables avérés ! Pareille mésaventure finira bel et bien pourtant par advenir un jour au gouvernement, tant le label "ONG" tend désormais à transformer en autorité morale autoproclamée n’importe quel groupuscule de zigomars à qui leur passion et leur culot valent gage de compétence, de sérieux et d’expertise. Mais les organisations gouvernementales sont-elles plus sérieuses, et est-ce un hasard si les unes prêtent une oreille si déférente aux autres ? Il n’y a pas à chercher bien loin pour trouver les raisons de l’étrange complaisance dont a bénéficié l’Arche de Zoé durant toute la phase préparatoire de sa tentative manquée d’ajouter, à l’immigration choisie et à l’immigration subie, une immigration forcée. Cité par Libération, un membre d’une autre ONG travaillant au Darfour note que le fondateur de l’Arche de Zoé « a pris au pied de la lettre les incantations de Bernard Kouchner sur le génocide en cours au Darfour et sur les nécessaires corridors humanitaires, à l’époque où il n’était pas ministre ». Et si leur opération n’avait pas été bloquée par les Tchadiens, sans doute le ministre y aurait-il salué un audacieux triomphe de "son" devoir d’ingérence… Certes, il est urgent de remettre les ONG à leur place, faute de quoi on ne pourra pas restaurer le Politique. Mais encore faudrait-il que le Politique lui-même se libère de la logique humanitaire, qui en est la négation même. Vaste programme, comme disait l’autre.

Ça débloque à donf

Il y avait Rachida Dati dont le président de la République nous expliquait qu’"en raison de ses origines", il était absolument impératif qu’elle réussisse (serait-il donc, en revanche, anodin que Mme Christine Lagarde, par exemple, échouât, en vertu des siennes ?). Il y avait Rama Yade qui, en visite au Sénégal, utilisait la première personne du pluriel pour parler des Sénégalais et dit fréquemment "chez nous" pour parler de l’Afrique. Il y a maintenant Fadela Amara qui critique le projet de test ADN, en utilisant une étrange argumentation : « Cela me heurte en tant que fille d’immigrés ». Celle qui a pour principal mérite d’avoir introduit le mot "pute" dans le vocabulaire public, et vient de se voir chaleureusement féliciter, aux dires du Monde, par ses collègues du conseil des ministres pour y avoir employé le verlan "à donf", semble plus à l’aise avec l’argot qu’avec les principes généraux du droit et son rôle de ministre de la République : les ministres sont-ils désormais chargés de représenter telle ou telle partie de la population ? y aurait-il des choses qui seraient acceptables ou inacceptables selon que l’on soit de telle origine ou de telle autre ? la morale publique devient-elle relative, en France, selon que l’on vient d’en deçà ou d’au-delà des Pyrénées ? La vérité, hélas, est que le communautarisme, contre lequel Nicolas Sarkozy avait prétendu lutter durant la campagne présidentielle, est désormais bien installé, grâce à lui, au sommet de l’Etat. Vu l’état présent des esprits, il n’est pas près d’en sortir.

Une journée sans Sarko ?

A tous ceux que menace l’overdose, l’initiative du Rassemblement pour la démocratie à la télévision devrait sourire : présidée par un sociologue, Pierre Bitoun, l’association appelle à une « journée sans Sarko » le 30 novembre prochain, date anniversaire de l’annonce officielle de la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. « Pas une image, pas un son, pas une ligne sur les faits et gestes de Nicolas Sarkozy ne doivent sortir, ce jour-là, des rédactions ! Ni éloge, ni critique, ni commentaires ! Rien de rien, s'il vous plaît », réclame l’association. Plus enjouée que la journée sans alcool, plus riche en volutes bleutées que la journée sans tabac, plus mobile que la journée sans voiture : la journée sans Sarko se veut reposante en diable, aussi relaxante pour les nerfs que détendante pour les pupilles. Encore faut-il, pour qu’elle soit pleinement réussie, un peu d’entraînement. Il suffit pour cela d’un week-end à la campagne, sans radio ni télévision. Dépaysement garanti, fût-ce à Nogent-le-Rotrou ou à Bures-sur-Yvette.

Le crime est aussi un marché

Malgré six lois consacrées à la sécurité depuis 2002, on constate chaque jour que rien n’a changé, ou si peu. La raison est connue : ce n’est pas l’arsenal législatif qui fait défaut, c’est la volonté de s’en servir, notamment chez les magistrats. D’où le découragement des policiers qui, entre la crainte d’être accusés de bavure et la colère de retrouver, libre comme l’air, le délinquant qu’ils ont arrêté la veille, voient leurs marges de manoeuvres réduites à peu de choses… Mais au-delà des textes et de cette question de volonté, il y a aussi un troisième aspect, décisif : l’état de la concurrence pénale internationale. Je m’explique : de même que les pays qui connaissent la fiscalité la plus basse attirent les capitaux, de même ceux où l’on est le moins puni attirent les criminels ! La France qui ne fait pas partie de la première catégorie entre résolument dans la seconde. Voyez ce cas d’école que nous signale un lecteur : un homme en fuite, soupçonné de crime aux Etats-Unis, vient de se livrer à la police française après avoir demandé et obtenu sans mal la nationalité française. Originaire de l’Illinois, Etat américain où il risque la peine de mort, il préfère être jugé dans un pays qui non seulement l’a abolie, mais qui n’extrade pas ses ressortissants s’ils risquent d’être exécutés. Vous trouverez tous les détails sur cette affaire exemplaire sur le lien suivant : http://www.myspace.com/dr_david_cornbleet_murder

Gloubi-boulga

Comme d’habitude, il y a à boire et à manger dans la Lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy. Du très bon (« Nous avons le devoir de leur apprendre que tout ne se vaut pas, que toute civilisation repose sur une hiérarchie des valeurs, que l'élève n'est pas l'égal du maître ») et du gloubi-boulga politiquement correct : « Nos enfants ne seront jamais des citoyens du monde si nous ne sommes pas capables d'en faire des citoyens français et des citoyens européens. » (Aaargh ! Au secours !) Du pertinent (« Nous devons remettre la culture générale au cœur de notre ambition éducative », « Il ne faut pas laisser le fait religieux à la porte de l'école ») et, comme toujours avec le Président de la République, du parfaitement déplacé (cet « amour » qu’il se croit obligé de caser partout, surtout là où il n’a rien à faire). Et, comme d’habitude, tout et son contraire : ainsi, faut-il « cultiver l'admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai » ou « lui inculquer ce que soi-même on croit juste, beau et vrai » ? Entre ce qui est vrai et ce que les professeurs croient vrai, les quarante dernières années de l’histoire de l’école nous ont appris qu’il y a une sacrée différence ! De même lit-on que « depuis quelques décennies, c'est la personnalité de l'enfant qui a été mise au centre de l'éducation », au détriment de « la transmission du savoir et des valeurs » Mais, plus loin, on apprend que celle-ci repose encore trop sur « la passivité », et qu’il faut qu’elle s’appuie davantage sur « l'éveil de la conscience, de l'intelligence, de la curiosité. Il faut amener l'enfant à s'interroger, à réfléchir, à prendre de la distance, à réagir, à douter et à découvrir par lui-même les vérités qui lui serviront durant toute sa vie. » Trop ou pas assez ? Ces va-et-vient dénotent, soit une curieuse hésitation, soit (plus sûrement) le désir de faire plaisir à tout le monde. Mais, une fois de plus, on ne sauvera pas l’école en faisant plaisir à tout le monde, ni en mettant du vin nouveau dans de vieilles outre pédagogico-syndicales.

La démocratie malade de l’extrémisme

« Qui a perdu l’Irak ? » s’interroge un chercheur de la Rand, James Dobbins, dans la dernière livraison de « Foreign Affairs », publiée à New York. Il énumère tous ceux qui, depuis l’intervention militaire, se renvoient la balle en s’accusant mutuellement du désastre actuel : la Maison Blanche, le Congrès, le Département d’Etat, le Pentagone et ses généraux, les services de renseignements, les médias, etc. Il note que « certaines administrations peuvent être pires que d’autres, mais que toutes sont mauvaises », pour conduire de tels conflits, tout en précisant que si les « néoconservateurs » sont accusés d’être les responsables du gâchis irakien, les libéraux gauchistes des années soixante le furent pour le Vietnam. Un but partout. La question qui se pose finalement est la suivante : et si la promotion de la démocratie partout n’était pas forcément la bonne solution ? Etonnante question pour un expert américain, n’est-ce pas ! C’est pourtant bien lui qui observe que les cas de l’Irak, du Liban, de la Palestine révèlent que la démocratie (les élections libres) peut aussi vous amener au pouvoir des extrémistes islamistes. Le Maroc, qui est dans la cible, espère bien y échapper.

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