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Black is beautiful

« Any colour as long as it’s black » : Henry Ford – qui n’aurait sans doute pas voté Obama – se vantait par cette formule de mettre à la disposition de ses clients des voitures de n’importe quelle couleur, du moment que c’était du noir. La formule, subliminalement, semble reprise par les thuriféraires d’Obama auquel, à en croire par exemple l’édito d’hier du Monde (« Obama a fait coïncider l’espoir avec le noir », écrit ainsi Eric Fottorino dans une de ces envolées poétiques dont il a le secret), sa couleur seule conférerait un caractère salvifique. Sur ce plan comme sur d’autres, la fortune médiatique d’Obama tient moins à lui-même, à sa personnalité, à son programme, qu’à ce qu’il symbolise : la réconciliation raciale, donc, mais aussi, la fin de l’ère Bush, de ce rapt fantasmatique que, selon leurs détracteurs, les néo-conservateurs auraient perpétré sur l’identité américaine. Mais, s’il est à peu près certain que l’élection d’Obama va effectivement (sans pour autant tout résoudre d’un coup de baguette magique) faire progresser la cause des minorités raciales aux Etats-Unis, on peut être à peu près tout aussi certain qu’il est condamné à décevoir ses partisans quant à ce qui est de la place et du rôle des Etats-Unis dans le monde. « L’Amérique peut changer », a affirmé Obama dans son discours de vainqueur, mais aussi « Nous sommes et nous serons toujours les Etats-Unis d’Amérique » : c’est-à-dire, expliquait Jean-François Colosimo dans son essai Dieu est américain (Fayard), un pays par essence messianique, abîmé dans un culte de lui-même qui est sa plus authentique religion, persuadé d’être un nouvel Israël chargé par la Providence d’apporter au monde la liberté, la prospérité et la paix. « Opposer une Amérique “démocratique” à une Amérique “religieuse” ne sert de rien », écrit Colosimo. « C’est au contraire toute la singularité des Etats-Unis que d’avoir constitué la démocratie en politique religieuse et en religion politique. » Et de citer par exemple le discours d’investiture de George Washington, qui pourtant n’était pas un “born again” à la mode Bush : « L’entretien du feu sacré de la liberté et l’avenir du modèle républicain de gouvernement reposent sur l’expérience qui en a été confiée au peuple américain et remise entre ses mains. » Et Obama, le 4 novembre, d’annoncer « une nouvelle aube du leadership américain ». Pour le moment, les commentateurs voient essentiellement en Obama un président noir. Ils ne devraient pas tarder à s’apercevoir qu’il est, d’abord, un président américain.

Quand l’UMP promeut la « discrimination positive ethnique » !!!

En plein milieu des turbulences de la crise, le sujet pourrait paraître accessoire. Il ne l’est pas, tant il participe, en plus des mesures économiques étatistes, à l’actuelle « gauchisation » de la droite. De quoi s’agit-il ? De la proposition complètement folle que fait sur son blog Benjamin Lancar, le président des Jeunes UMP : « Je suis favorable, écrit-il, à une discrimination positive temporaire sur critères ethniques » - en faveur des minorités s’entend, sans quoi il s’agirait, bien sûr, de racisme ! Cette idée, Lancar, imposé par Sarkozy à la tête de la « relève » de l’UMP, l’avait déjà publiquement évoquée quelque jours plus tôt à Nice devant un autre ultra-sarkozyste, Christian Estrosi. Lequel n’avait (déjà) pas réagi… Est-ce à dire que c’est ce que pensent Sarkozy et plus généralement l’UMP aujourd’hui ? Espérons que nous serons nombreux à leur faire savoir que pour nous, c’est NON !

Expérience vécue d’une insécurité qui n’a pas diminué…

Samedi, 1h 30 du matin. Un coup de fil du commissariat du Vème. Mon fils, 16 ans, et l’un de ses amis viennent de se faire agresser place du Panthéon. Leurs portables ont été dérobés par quatre « jeunes » d’une vingtaine d’années. Je viens donc chercher mon fils pour déposer plainte au commissariat et discute avec plusieurs policiers. La soirée de ces « jeunes » a été une longue succession de violences : à 23h, ils ont tenté de s’introduire par la force, dans une soirée privée, dont l’un des organisateurs a été frappé au visage et plusieurs participants fouillés ; à partir de 23h 30, outre mon fils et son ami, quatre autres personnes seront « dépouillées » de leurs portables – l’une d’elle ayant résisté recevra plusieurs coups de poings. Je m’étonne que la place du Panthéon soit devenue une zone d’insécurité. « Tous les week-ends, me répond un policier, de grandes beuveries sont organisées, qui se terminent en vols et en bagarres. C’est un lieu à absolument éviter la nuit, comme les alentours du champ de Mars et les berges de la Seine » - bref, trois des lieux les plus touristiques de Paris ! « Les jeunes de banlieue viennent y faire leur « course » », m’explique un policier. J’apprends, du même coup, que ces violences sont en constante augmentation. « Vous êtes journaliste, me lance un policier, comment expliquez-vous que les médias l’écrivent si peu ? » Effet de mode ? Chiffres truqués ? Consignes « d’en haut » ? Autocensure ? J’ai promis à ce gardien de la Paix de lancer le débat sur mon blog (qu’il consultera).

Voilà qui est fait. Nous attendons maintenant vos réponses et témoignages.

L’embuscade médiatique

Grâce à deux journalistes français, les talibans viennent de réussir cette semaine un formidable coup médiatique : ils paradent dans un magazine à grand tirage, présentent leurs armes et leurs trophées. Or ce ne sont pas n’importe quels talibans, non, ce sont ceux qui, le 18 août dernier, ont tué dix de nos soldats et en ont blessé vingt et un autres. Pour prouver leurs exploits, ils montrent un de nos fusils d’assaut, un appareil de radio, une tenue de combat, une montre prise au poignet de l’un des soldats tués. Et que nous disent ces valeureux guerriers ? Que les soldats français et occidentaux doivent quitter d’urgence l’Afghanistan avant la fin du ramadan, ou bien ils seront tués comme les autres…

Voilà ce que l’on imprime dans un hebdomadaire français. Qui se soucie des familles des soldats tombés sur le champ de bataille, de leurs camarades qui chaque jour poursuivent leur mission au nom de leur pays, de ceux qui s’entraînent et se préparent à les relever bientôt ? Après l’embuscade militaire dans laquelle sont tombés nos parachutistes, voici l’embuscade médiatique. Celle qui s’attaque en direct à notre opinion publique et veut faire chanter nos responsables politiques pour obtenir leur capitulation.

Comment nos démocraties pourraient-elles affronter ceux que le chef de l’Etat appelle les barbares et les terroristes en s’offrant à eux, en servant de support à leur propagande ? Elles s’avancent, désarmées, une main liée dans le dos, dans le défilé où les attendent leurs adversaires les plus implacables.

Inflation ou déflation ?

L’inflation, aux dires de l’Insee, a atteint son plus haut niveau depuis dix-sept ans. Cependant, le nouvel iPhone, le téléphone portable de Apple, a vu son prix chuter de moitié par rapport au modèle précédent, bien que plus performant. Certes, on ne se nourrit pas avec des téléphones portables pas plus qu’on alimente avec eux les moteurs des automobiles. L’envolée du prix de l’essence qui incite les Français à moins rouler, peut diminuer l’utilisation du téléphone portable au volant, malgré la baisse du prix de l’iPhone. Reste que l’évolution des prix est toujours aussi difficile à mesurer. D’un côté, la prolifération d’offres quasi gratuites, dont l’Internet, l’effondrement des coûts des produits technologiques, de l’autre l’augmentation de tous les biens de première nécessité. L’accès au virtuel est de moins en moins coûteux tandis que le réel devient exorbitant. Il n’est pas sûr que le solde, qui pourrait former l’indice du bonheur préconisé par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, soit positif.

Un 14 juillet en trompe-l’oeil

Hier soir à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, pour un concert donné par Jordi Savall sur le thème Orient-Occident, dans le cadre de l’année européenne du dialogue interculturel (sic). Le concert fut superbe, mais personne n’a pu empêcher Jacques Toubon, président du comité d’orientation de la Cité, de prononcer quelques mots pour “contextualiser” le concert, et se féliciter qu’il ait eu lieu en ce 14 juillet, fête nationale d’un pays « qui puise son identité dans toutes les religions et toutes les cultures »… A entendre un tel gloubi-boulga politiquement correct, on songe avec quelque frayeur à la teneur des “activités pédagogiques” dont se targue ladite Cité. Il paraît (c’est en tout cas en une du “Monde” d'hier soir) que la droite aurait « gagné la bataille idéologique ». Apparemment, la nouvelle n’en est pas parvenue jusqu’à la Porte Dorée ni jusqu’à Jacques Toubon… Ce même 14 juillet, le traditionnel défilé militaire fut, paraît-il, un succès. Traditionnel, il l’est à double titre, puisque c’était le 120e du genre, et parce que, comme souvent, ce fut l’occasion de se rassurer à bon compte sur l’excellente estime en laquelle le pouvoir politique tiendrait nos forces armées, et sur la constance de notre effort de Défense. Mais ce trompe-l’œil trompe-t-il encore quiconque ? Dans les colonnes de Valeurs actuelles, le 3 juillet, Hervé Morin avouait que la France avait renoncé à sa souveraineté en matière de Défense, justifiant la baisse de notre capacité de projection par cet argument surprenant : « La France n’agit plus jamais seule, mais toujours en coalition ou dans un système d’alliance. » Dans une interview à Minute du 9 juillet, le général de Richoufftz était encore plus direct : « La France n’a plus les moyens d’être indépendante. La France est une puissance moyenne qui n’a pas les moyens d’assumer seule une politique internationale. C’est pour cela qu’il faut regarder les réalités en face et s’adapter à un nouveau cadre. » Comme si les moyens n’étaient pas, d’abord, une question de priorité… Avoir réussi à faire renoncer la France à l’idée qu’une Défense indépendante est une priorité absolue, c’est sans doute l’une des “victoires idéologiques” dont la droite est si fière…

Encore une enquête pour l’inspecteur Bourrel

Pour la troisième fois depuis août 2006, apprend-on, le domicile de Ségolène Royal a été cambriolé. Selon Jean-Pierre Mignard, l’avocat de la prétendante aux plus hautes fonctions au Parti socialiste, rien n’a été pris hormis un appareil photo. Jean-Pierre Mignard n’écarte pas un « fait politique ». On ne peut nier le coté viol psychologique d’un tel acte très déstabilisant pour tout le monde. Mais on peut aussi noter la persévérance de ces « visiteurs du soir ». De là à se demander ce qu’ils peuvent donc bien chercher depuis août 2006 avec autant d’acharnement avant de repartir à chaque fois bredouille ? Je serai d’humeur taquine, je dirai tel l’inspecteur Bourrel : « Bon Dieu, mais c’est bien sûr : ils cherchent le programme politique de Ségolène Royal… »

Langue morte

L’a-t-on assez souligné ? En Irlande, seuls quatre députés sur les 166 que compte le Parlement s’étaient prononcés pour le “non”. C’est donc la quasi-unanimité de la classe politique, mais aussi l’ensemble des syndicats, salariés et patrons confondus, qui ont été désavoués par le vote populaire. Un jour, il faudra bien qu’un moderne Augustin Cochin (cet admirable historien, mort pour la France en 1916, auteur d’études capitales sur le rôle des “sociétés de pensée” dans la fabrication de l’esprit révolutionnaire avant 1789) se penche sur les mécanismes, publics ou souterrains, qui ont produit l’effrayant monolithisme des castes médiatico-politiques qui nous gouvernent, sur cette question et sur quelques autres – citons au hasard l’immigration à propos de laquelle, là aussi, le sentiment populaire est inlassablement refoulé par un discours officiel, de nature mythologique, dont l’enfermement sur lui-même évoque immanquablement un phénomène sectaire. Dans ce concert d’autistes, la voix discordante du président tchèque Vaclav Klaus apparaît singulièrement rafraîchissante : « Laissons les gens qui vivent sur le continent européen être Tchèques, Polonais, Italiens, Danois... et ne faisons pas d'eux des Européens. C'est un projet erroné. La différence entre le Tchèque, le Polonais, l'Italien, le Danois et l'Européen est la même qu'entre la langue tchèque, polonaise, italienne et danoise et l'esperanto. L'européisme est l'esperanto : une langue artificielle, morte. » Quand l’ensemble des classes politiques d’un continent tout entier communie dans une langue artificielle et morte rejetée par les peuples qu’elles sont censés gouverner, il n’est pas besoin d’être l’oracle de Delphes pour prévoir des réveils douloureux.

Le bac : une grande braderie ?

« Peut-on désirer sans souffrir ? », « Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même ? », « Y a-t-il d’autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ? » Avouons-le : il y a des moments où l’on est heureux d’avoir passé le bac ! Il suffit de lire les sujets de philosophie soumis aux lycéens pour l’admettre. Plus de 600 000 élèves essaieront de décrocher leur précieux bachot cette année. Ils auront un peu plus de 8 chances sur dix d’y parvenir du premier coup, 9 sur dix s’ils redoublent. Le bac est-il bradé ? Non, répond le ministère, qui souligne que tous les ados nés la même année ne l’ont pas (les deux tiers seulement d’une classe d’âge sont bacheliers). Oui, répond Jean-Robert Pitte, l’ancien président de la Sorbonne, qui a corrigé pendant trente-quatre ans des copies d’étudiants de première année : « Ils ne savent pas ordonner leurs connaissances, l’expression est confuse, la langue n’est pas maîtrisée, la pensée pas structurée, dit-il dans Valeurs actuelles (version papier). Chacun sait qu’en-dessous de 14 de moyenne (la mention bien), le bac ne vaut plus grand-chose ». Ce que confirment bon nombre d’enseignants sous le sceau du secret : professeur dans l’Oise, Nathalie estime à « 25%, peut-être 30%, le taux de réussite au bac si l’on n’appliquait pas les consignes » de l’Éducation nationale, c’est-à-dire si l’on ne relevait pas les notes des élèves « passables »… Alors, le bac, une grande braderie ? Pas sûr, en tous cas, que j’aurais la moyenne en philo… si l’on ne relevait pas ma note !

La preuve par le Stif

Connaissez-vous le Stif ? Moi non plus, jusqu’à ce que, hier soir, de gigantesques affiches dans le métro m’en apprennent l’existence. C’est, nous expliquent-elles fièrement, « l’autorité organisatrice de vos transports en Ile-de-France ». Le Stif a-t-il un rapport commercial avec les usagers ? Jamais. Est-il en situation de concurrence ? Pas le moins du monde. En conséquence, quelle est l’utilité de cette campagne de publicité sur fonds publics ? Absolument et archétypalement nulle. Ce qui n’étonne guère si l’on sait que le Stif dépend de la Région Ile-de-France et de son très dépensier président Jean-Paul Huchon. Valeurs actuelles, dans son édition de vendredi, se penche sur les dérives financières des collectivités locales. Mais de telles dépenses absurdes, il n’y a pas besoin de chercher longtemps pour en trouver à tous les échelons de la puissance publique. Certes, ce sont à chaque fois de petits ruisseaux dont l’assèchement ne suffirait pas à tarir la grande rivière des déficits publics. Mais enfin, l’Etat serait plus audible dans son discours de quasi-faillite s’il ne multipliait dans le même temps les campagnes de communication imbéciles, les cocktails somptueux pour fêter le cinquantième anniversaire d’institutions à l’inutilité avérée, les déplacements coûteux ayant pour seul objet de se faire filmer pour le 20 Heures sur la banquise ou un banc de corail, les rallongements répétés de budget de représentation de tel ministre en mal de bling bling. Quand il s’agit de sauver la France du dépôt de bilan, le Stif gagnerait à être méconnu.

PS : A quelques jours de distance, lu deux portraits de jeunes loups de la politique dans “Le Monde” : Jean-Vincent Placé (Verts) et Frédéric Lefebvre (UMP). A chaque fois, sur une pleine page, il ne sera pas question une seule fois d’idées, de convictions, de valeurs à défendre : juste de stratégie personnelle ou d’attachement aveugle à un mentor. La politique démocratique réduite, sans même se masquer, à de simples jeux d’ambition et de féodalité : “Le Monde” voudrait assurer la promotion de la monarchie qu’il ne pourrait mieux faire.

Les papys sautent sur la City

Jacques Delors, Michel Rocard, Lionel Jospin, Helmut Schmidt… Toute la vieille garde socialiste se mobilise pour sauver la planète des errements de la finance mondiale, nous apprend Le Monde. Il est temps, nous dit ce quarteron de ministres en retraite, de créer « un comité de crise européen qui rassemble des représentants politiques de haut niveau, d’anciens chefs d’Etat et de gouvernement ou des ministres des finances ainsi que des économistes renommés et des experts financiers de tous les continents. » A n’en pas douter, les signataires de cet appel se comptent parmi ces représentants politiques « de haut niveau ». Que peuvent-ils faire pour lutter contre la spéculation ? Trente ans après Kolwezi, envisagent –ils de sauter sur la City pour bouter hors d’Europe les « Hedge funds ». Ou, un demi-siècle après le 13 mai 1958, comptent-ils créer un comité de salut public pour prendre le pouvoir financier ? Leur manque de réussite, quand ils étaient à la tête de l’Etat, ne plaide guère en leur faveur. Et les putsch, on le sait, se terminent souvent mal. Mais bon ! Il n’est pas interdit de se réunir, une fois chez l’un, une fois chez l’autre, pour rigoler un bon coup. Surtout quand on a une bonne retraite.

Contraste

La Birmanie, puis la Chine. Typhon, tremblement de terre et partout la détresse de populations miséreuses. Ce qui frappe dans les images que nous recevons, c’est le contraste entre les officiels chargés de soulager le sort de leurs peuples et les victimes. En Birmanie, ce sont des militaires aux tenues impeccablement repassées, arborant leurs décorations (qui témoignent sûrement d’actes héroïques méconnus chez nous) face à de pauvres hères en guenille. Le désespoir se lit dans leur regard. Même contraste en Chine entre la mise parfaite du Premier ministre en tenue d’apparatchick au visage serein tandis que derrière lui pleurent les parents des victimes. Dans les deux pays, on ressent l’impression d’un gouffre immense entre ceux qui gouvernent et ceux qui subissent leur joug.

En Chine, une croyance ancestrale lie l’apparition de catastrophes naturelles avec une rupture du pacte qui lit le ciel avec l’empereur, ou ceux qui lui ont succédé, les communistes détenteurs du mandat céleste. Puisse cette tradition se confirmer et voir enfin ces deux pays d’Asie accéder à la liberté politique.

De l’utilité des naufrages

Au risque de mécontenter certain lecteur de ce blog, je vais à nouveau délaisser politique ou idéologie pour faire, cette fois-ci, un petit détour par le cinéma. Ce mercredi sort sur les écrans français un film tchèque, adapté par Jiri Menzel d’un roman de son compatriote Bohumil Hrabal, “Moi qui ai servi le roi d’Angleterre” (critique dithyrambique à lire dans “Valeurs actuelles” de vendredi). C’est l’histoire d’un sympathique garçon qui devient insensiblement une crapule, une petite mesquinerie en entraînant une plus grosse, à mesure de son ascension sociale. Il faudra la déchéance et la ruine pour qu’il prenne conscience de son ignominie, et qu’il trouve par là une véritable sérénité : car, comme il le constate lui-même, rendu enfin sage par la déroute de ses illusions, « l’homme devient, contre sa volonté, plus humain quand il commence à faire naufrage, quand il déraille et perd ses repères. » Comme nous voici à quelques jours de la Pentecôte, je n’ai pu m’empêcher de relier ce constat à ces quelques mots que Benoît XVI, dans son nouveau recueil de textes, “Viens, Esprit saint” (publié chez Parole et silence, et chroniqué également dans VA de vendredi…), place dans la bouche du Christ : « Vous devez vous perdre vous-même, car seul celui qui se perd se trouve. » En ces temps où l’on nous explique volontiers qu’il n’y a de dignité humaine que dans la parfaite maîtrise de soi, de son destin ou de son corps, il est bon que quelques-uns sachent encore nous rappeler que c’est souvent dans la tempête, et parfois sous les apparences trompeuses du naufrage, que l’homme se révèle à lui-même et trouve, enfin, un cap digne de lui.

Vive l’Etat bourgeois !

Il paraît qu’Olivier Besancenot a été espionné par une firme privée. On savait tout sur lui, y compris le montant de son compte en banque. S’agissant d’une personnalité politique en vue il n’y a à cela rien de très surprenant. Ce qui l’est plus, c’est la réaction de la LCR (ligue communiste révolutionnaire) qui porte plainte contre X pour violation de la vie privée. Les beaux révolutionnaires que voilà qui se mettent maintenant à avoir une vie « privée » ! Et quelle confiance dans un Etat qui n’est pourtant que le reflet de structures de production, odieusement capitalistes, et dont la police et la justice ne peuvent être que des instruments de répression aux mains des oppresseurs du peuple ! Imagine-t-on Trotski portant plainte auprès de la police tsariste pour violation de sa vie privée ? Tout cela est plutôt rassurant.

Pan sur le Houellebecq

On appelle ça un arroseur arrosé. Michel Houellebecq, sociologue de bazar déguisé en (mauvais) romancier, porté aux nues par le parfum de scandale qui entoure toujours ses romans – par ailleurs assez médiocres, à l’exception du premier, Extension du domaine de la lutte –, utilise volontiers ses livres pour régler ses comptes. Ainsi dans Les Particules élémentaires, roman qui fit sa gloire, ce charmant personnage brossait-il le portrait d’une marâtre à laquelle il donna élégamment le nom de sa propre mère, qu’au détour d’une interview il prétendait décédée. Or non seulement elle est bien vivante, mais elle pratique allègrement le retour de bâton sur le dos de son garnement de fils, dans un livre à paraître la semaine prochaine chez Scali, titré – sans doute par antiphrase – “l’Innocente”. Lui qui avait fait scandale en qualifiant l’islam de « religion la plus con » (au grand soulagement des bouddhistes, qui ont eu chaud), s’y fait traiter de « petit con » par sa génitrice, qui n’acceptera de lui reparler que lorsqu’il ira « sur la place publique, ses “Particules élémentaires” dans la main, et qu’il dira : “Je suis un menteur, un imposteur, j’ai été un parasite, je n’ai jamais rien fait de ma vie, que du mal à tous ceux qui m’ont entouré. » Tout cela est assez pathétique, on vous l’accorde, mais pour une fois qu’on voit un des ces autofictionneurs, qui au nom de leur pseudo création croient licites de mettre en scène, de préférence pour les traîner dans la boue, tous ceux qui ont eu le malheur de croiser leur chemin, se prendre un retour de manivelle, on ne va pas bouder son plaisir. Comme on dit dans les Tontons flingueurs : « Je ne dis pas que c’est juste. Je dis que ça soulage. »

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