La réforme constitutionnelle n’est pas encore adoptée (si tant est qu’elle le soit un jour, vu la fronde qu’elle soulève même à droite), qu’on constate déjà, dans les faits, à quoi mène la présidentialisation du régime façon Sarkozy: la mise en cause de l’autorité présidentielle au moindre accident de parcours parlementaire.
Le cafouillage sur les OGM est typique de cette évolution : en d’autres temps, c’est Matignon qui aurait géré, en direct, le vote du texte. Et le premier ministre qui, le cas échéant, aurait été jugé responsable de l’absentéisme des députés de la majorité.
Ce n’est pas pour rien qu’au début de la V° République, on comparait le premier ministre à un « fusible », en un temps, où, justement, le passage au 220 volts rendait obsolètes et même dangereux, les plombs utilisés avec le 110. Si l’on a généralisé les fusibles en électricité, c’est parce qu’ils protégent mieux une installation électrique que les plombs d’autrefois qui, en cas de surtension, pouvaient créer des incendies.
Aujourd’hui, le fusible de Matignon a été mis hors circuit : et c’est à l’Elysée que les plombs sautent.
Le président voulait être tout à la fois : chef de l’Etat, chef de la majorité, chef de l’UMP (qui, fait révélateur, compte encore un vice-président, mais plus de président), et pourquoi pas ministre - le 13 mai, encore, c’est lui, et non Christine Lagarde, qui planchait devant les ouvriers de Yoplait sur la loi de modernisation de l’économie…
Résultat des courses : la confusion et partout et l’autorité nulle part. Quant au prestige du chef, dont de Gaulle disait qu’il ne pouvait se concevoir sans distance, et même sans un certain mystère, qui aurait la cruauté d’en chercher la trace ?