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Scandaleuse rhétorique

Ah, les beaux esprits ! Les voilà qui s’en prennent au premier ministre parce qu’il a osé prononcer un mot, bien anodin mais chargé d’infamie depuis qu’“un autre” l’a employé. Le 6 octobre, parlant de la loi sur l’immigration, François Fillon a raillé les polémiques qui « ont grossi jusqu’au ridicule un détail » de la loi sur l’immigration : les tests ADN – facultatifs, faut-il le rappeler ? “Détail”. Que n’a-t-il pas dit ! Le socialiste Pierre Moscovici a jugé ces déclarations « d’une gravité extrême », et Stéphane le Foll, le bras de François Hollande, y a vu un « clin d’œil » à l’électorat du Front national. François Fillon « signe non seulement son compagnonnage avec l’extrême-droite mais participe dangereusement à sa banalisation », renchérit Mouloud Aounit, du MRAP, en l’accusant d’avoir franchi « les limites de l’insoutenable et de l’indécence »… Pourquoi ce chahut ? Parce que Jean-Marie Le Pen avait eu le tort de qualifier l’existence des chambres à gaz de « point de détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale », tout en précisant que cela ne retirait rien à l’horreur du crime. C’était en 1987 ! Vingt ans après, voilà que la gauche nourrit encore un procès absurde contre la droite, en pratiquant, comme à son habitude, un amalgame ridicule. Le président du FN ne s’est pas privé de dénoncer la « tyrannie intellectuelle » qu’exercent « les lobbies qui gouvernent la pensée collective » en France. Lobbies qui s’acharnent à disqualifier la droite par ses références obsessionnelles aux « heures sombres de notre histoire » – sans peur du ridicule : n’attend-on pas entendu des associations comparer les contrôles d’identité à des “rafles” ? Et accuser le gouvernement de faire régner la “terreur”, parce qu’il veut faire respecter la loi sur l’entrée et le séjour des étrangers en France ? Qui ces outrances discréditent-elles : le gouvernement ou ces associations ?

Vive l’ouverture ?

Certains reprochent à Nicolas Sarkozy de vouloir ouvrir son gouvernement à des personnalités de gauche. Mais peut-on faire autrement pour faire une politique de droite ? L’expérience montre qu’avec des députés et des ministres de droite on ne peut pas vraiment instaurer, par exemple, un service minimum : le mot ne figure même pas dans la loi qui est censée traiter du sujet. Alors que Jules Moch, ministre socialiste de l’intérieur sous la IV ème république, envoyait les CRS contre les grévistes communistes. Même chose en matière fiscale. Qui a supprimé la vignette auto ? Laurent Fabius. Qui songe à la rétablir ? Jean-Louis Borloo pour faire plaisir aux écolos. Qui se refuse à supprimer l’ISF ? Les députés de droite. Qui vide de son contenu la disposition autorisant les tests ADN pour le regroupement familial ? Le très conservateur Sénat. Il n’est pas sûr que Didier Migault, le président socialiste de la commission des finances de l'Assemblée, serait aussi obstiné pour le maintien de l’ISF avec l’usine à gaz du bouclier fiscal que ne l’est la droite. Ni que Julien Dray serait aussi timoré que les parlementaires de droite sur les questions d’immigration. On comprend que Nicolas Sarkozy, s’il veut vraiment réformer, soit tenté d’essayer. Et que ceux à gauche qui veulent vraiment changer les choses soient tentés d’accepter.

Sécu : ce n’est pas hors d’atteinte

Il est vrai que, année après année, les chiffres de la Sécurité sociale sont assez désespérants : près de 12 milliards de déficit cette année et près de 9 milliards encore l’an prochain, ce qui fera plus de 100 milliards d’euros de dette cumulée, soit 1,5 milliard d’euros d’intérêts à rembourser chaque année…Il y a sûrement bien des choses à faire et bien des gaspillages à traiter. Chacun, et notamment dans ce blog, a sa réforme toute prête et son projet en poche. En fait, quand on y regarde de plus près, même 12 milliards d’euros de déficit ne représentent que 3 à 4% des dépenses totales des différents régimes (maladie, vieillesse, famille, accidents du travail). Combler ces 3 à 4% n’est pas hors d’atteinte. Le solde était positif entre 1998 et 2001. Parce que c’était des années de croissance et que les 35 heures n’avaient pas encore fait tous leurs ravages. Je l’ai dit mardi matin, au micro de France Info, le vieillissement inexorable de notre population nous imposera de travailler plus et plus longtemps – ou bien le système sera mort d’asphyxie.

ADN : les donneurs de leçon, ça suffit !

« Ignoble, naturellement. Inquiétant et ignoble. Touche pas à mon ADN. On ne touche jamais, quand on est démocrate à ces histoires de preuves par le sang et, donc, par l’ADN. » Voilà ce qu’écrit, cette semaine, Bernard-Henri Lévy dans son « bloc-note » du « Point ». Intitulée « Halte au (horte)feux », cette tribune le démontre : en matière d’immigration, plus qu’en tout autre, cela continue, chez nombre d’intellectuels, à être le règne de la pensée unique. Du dogme le plus figé. « On ne touche jamais lorsqu’on est démocrate… » Ah bon ? Et qui l’a décidé ? La Grande-Bretagne qui a depuis longtemps adopté les tests ADN est-elle un pays totalitaire ? Ou bien sont-ce nos « grandes consciences » qui le sont devenus ? A force de rétrécir leur champ de vision, leurs oeillères idéologiques les ont rendu aveugle. Et ce sont eux qui voudraient nous montrer le chemin !!!

Appelez moi Maître !

Cette semaine, Christine Lagarde, Hervé Novelli et Luc Chatel se sont fendus d’un communiqué pour se féliciter (des fois que personne n’aurait songé à le faire à leur place) d’une grande avancée dans la réforme. Les textes relatifs au titre de « maître –restaurateur » ont été publiés au journal officiel, enfin ! Le nouveau titre, octroyé par le préfet, va permettre de reconnaître l’excellence des meilleurs professionnels de la restauration traditionnelle dans tous nos territoires, en valorisant de façon concrète leur compétence, nous expliquent les ministres. Enfin du concret ! Les « Maîtres » auront en effet droit à un crédit d’impôt de 15 000 euros pour des dépenses de modernisation. Il faut attendre la fin du communiqué pour savoir de qu’il ne s’agit pas de restauration de monuments historiques ou d’objets d’art mais bien de celle qui intéresse le plus les Français, la gastronomie. L’objectif des ministres est que cette mesure, forte et ciblée pour la valorisation de notre gastronomie vise rapidement plusieurs milliers de restaurateurs. On ne soulignera jamais assez la portée d’un telle réforme qui justifie la mobilisation de trois ministres, et non des moindres, (selon Jacques Marseille Luc Chatel est le ministre le plus important du gouvernement), ceci en pleine préparation du budget, en pleine crise du commerce extérieur et alors que la pauvre Christine Lagarde a quinze jours seulement pour préparer la réforme de l’Unedic et de l’Anpe. Car donner le titre de maître aux cuisiniers, qui le méritent au moins autant que nos avocats et nos notaires, est vraiment la riposte appropriée à l’offensive américaine contre notre gastronomie dont le film Ratatouille est le fer de lance. Prétendre que nos cuisiniers sont des rats alors que ce sont des Maîtres !

Sarko et les spéculateurs

Quand on veut faire la rupture, il y a toujours un risque d’échec. Il est donc prudent de trouver un coupable au cas où le dessein glorieux que l’on nourrit pour la patrie serait contrarié. Chez Nicolas Sarkozy, le coupable est trouvé : ce sont les spéculateurs et les fraudeurs. C’est de la faute des spéculateurs si les marchés se cassent la figure et si la croissance qu’il espérait pour financer ses réformes ne sera peut-être pas au rendez-vous. Il s’en plaint donc auprès d’Angela Merkel. Il les dénonce à tout bout de champ en les opposants aux travailleurs. Le procédé n’est pas nouveau. Déjà, un émule de Marat, Jacques Roux, dénonçait en 1793 les accapareurs, les monopoleurs, les agitateurs, les intrigants, les traîtres et les sangsues du peuple. Aujourd’hui ce sont les spéculateurs et les patrons voyous qui partent avec des parachutes dorés. Le pauvre Roux, heureusement pour les banquiers, a été guillotiné à temps. Aujourd’hui, il faut souhaiter que ceux qui spéculent sur la croissance aient raison pour ne pas fâcher ceux qui spéculent sur la crédulité des électeurs.

Il y a des gaffes bien utiles

Le conseil des ministres s’est déroulé, nous dit-on, dans un climat de grande sérénité entre le président de la République et son premier ministre. Ceci pour couper court à ce qui se dit à Paris : à savoir que Nicolas Sarkozy aurait mal pris la remarque de François Fillon disant, dimanche dernier, que la réforme des régimes spéciaux de retraite était prête et qu’il n’attendait que le signal du président de la République pour passer à l’acte – comme si l’on pouvait tirer le chef de l’Etat par la manche et décider à sa place du calendrier des réformes ! Bref, exaspération de chaque côté, recadrage, et fuites dans « le Canard enchaîné », etc. Mais, en définitive, quel est le vrai résultat ? Le débat s’est étalé dans les journaux et sur les plateaux de télévision. Tous les arguments ont été à nouveau rappelés. Les syndicats sont prévenus que l’on va, quoi qu’il arrive, réformer ces régimes spéciaux, réforme que l’opinion approuve et que les socialistes s’abstiennent de dénoncer puisqu’elle se fait au nom de l’égalité des temps de cotisation pour tout le monde, public et privé. Et enfin, la majorité fait bloc derrière le premier ministre et le chef de l’Etat pour que cela ne traîne pas. On l’aurait fait exprès que l’on n’aurait pas fait mieux !

Les pingouins ont bon dos

Quelle équipée choquante que ce voyage express de Jean-Louis Borloo sur un glacier du Groënland, « pour voir ce qui se passe effectivement en matière de réchauffement de la planète ». Pour immortaliser ce grand moment de prise de responsabvilité, Borloo était accompagné d’une quarantaine de personnes. Des spécialistes éminents mais aussi d’autres voyageurs aux compétences climatologiques plus people que réelles (le footballeur Lizarazu, le photographe omniprésent Artus-Bertrand, la navigatrice Fontenoy) et une palanquée de journalistes en doudoune venus immortaliser le ministre sur fond de banquise. Cette virée a entraîné l’émission de 65 tonnes de CO2. Ragaillardi par l’air du large, Borloo a balayé le reproche : « Chaque fois que je sors, j’apprends ». Les pingouins ont applaudi. On attendait notre ministre au même moment à Berlin, pour une conférence autrement plus sérieuse. L’Elysée et Matignon ont-ils approuvé cette mission du plus haut ridicule ?

Enfin, Réza parait…

La rumeur, soigneusement entretenue, a alimenté les conversations tout l’été. Fi des biographies hâtives concoctées jusqu’alors par des journalistes politiques. Avec le portrait-reportage de Mme Yasmina Réza, tout ce que nous voulions savoir sur Nicolas Sarkozy allait enfin nous être révélé ! Pour une fois qu’un politique se voit portraituré par un écrivain, nous allions avoir droit à un chef d’œuvre. Profond, subtil, palpitant, plein de ces petits faits vrais, chers à Stendhal, nourri de ces dialogues percutants dont notre dramaturge renommée a le secret. Et, bien sûr, corrosif, voire iconoclaste, puisque Mme Réza ne dissimule pas d’avoir le cœur à gauche (tout comme le mystérieux G, hiérarque socialiste, paraît-il, à qui le livre est dédié). Las, à peine sorti du four, le soufflé est retombé ! Avoir eu la chance de suivre comme son ombre le candidat à la présidentielle durant un an, et n’en tirer qu’un si piètre parti, c’est pitié. Un lâche enchainement d’instantanés photographiques de scènes croquées à la va vite, de notes à peine réécrites, ne font pas un livre. Quant au regard du peintre, il ne retient que des détails, insignifiants le plus souvent, sur le physique et les attitudes de l’homme, qui apparaît comme un agité compulsif, ne pouvant vivre que dans l’immédiateté de l’instant, incurieux du passé et insoucieux de l’avenir, méprisant vis-à-vis d’une France restée provinciale. Un arriviste inculte, aux goûts de « beauf » (les gros tirages de Marc Lévy, les Rolex en or, le Tour de France, Chimène Badi, et j’en passe), bref, le comble de l’horreur démagogique aux yeux d’une icône snob de l’élite intellectuelle... Voilà pour le pire, sans même, du reste, l’intention de nuire, car l’auteur reste dans le registre de la fadeur, du neutre helvétique. Au mieux, ce que Mme Réza voit en Nicolas Sarkozy, c’est un enfant, ébloui par son propre succès, épaté de voir se rallier à lui les vedettes du show-biz et du sport. Une espèce de Rastignac en culottes courtes, à qui elle concède, toutefois, une intelligence et un sens stratégique indéniable, mais dépourvu d’une vision à long terme. Dans ces conditions, comment expliquer qu’une majorité d’électeurs ait choisi Nicolas Sarkozy comme l’homme le plus capable de relever la France ? Ce n’est pas en lisant Mme Yasmina Réza qu’on le comprendra.

La rentrée ne sera pas sanglante…

C’est la seule question que les gens se posaient et notamment le public de droite : et la rentrée ? Plus les augures vous annonçaient une rentrée chaude, plus il fallait s’attendre au contraire. Où sont les troupes, les dirigeants, capables de mobiliser du monde pour descendre dans la rue et sur quel sujet ? A voir l’état dans lequel se trouve la gauche, on se le demande. Les enseignants ? Mais encore ? Lisons ce que Gérard Aschieri, le secrétaire général de la FSU (c’est-à-dire la centrale syndicale la plus conservatrice, la plus corporatiste de l’Education nationale), dit actuellement : « Si nous avions eu 17 000 postes en moins, les discussions sur le métier auraient été très difficiles. A 11 200, il n’y a pas de vrai bouleversement mais on accentue les problèmes qui feront que ni cette rentrée ni la suivante ne seront bonnes. » Décryptons : à 17 000 suppressions de postes, on ne discutait pas ; mais à 11 200, on peut parler ; ce qui veut dire que le principal syndicat enseignant admet désormais que la suppression de plus dix mille postes est dans l’ordre des choses et qu’il n’y peut plus rien. Ce qui était réputé impossible, la réduction des effectifs à l’Education nationale, entre maintenant dans le domaine du courant ; les campagnes électorales et la pédagogie politique n’y sont pas pour rien. Comme quoi, il faut toujours annoncer un chiffre terrifiant au départ (18 000 suppressions de postes) ; quand il est ramené à 11 000, tout le monde l’accepte. C’est le métier !

Rupture ou consensus, il va falloir choisir.

Nicolas Sarkozy a passé le week-end dernier le cap des cent jours depuis sa prise de fonction à l’Elysée. Certes, le gouvernement n’a pas chômé, nombre de mesures ont été prises, certaines non négligeables comme le bouclier fiscal, l’exonération des heures supplémentaires, la réforme des droits de succession… Pour autant, a-t-on observé la rupture promise ? La présidence Sarkozy a-t-elle bousculé les frilosités, plié les intérêts particuliers à l’intérêt général, combattu frontalement ces blocages sur lesquels se sont brisés tous les élans réformateurs passés ? A-t-elle rompu avec le principal tabou, le credo selon lequel rien ne peut se faire en France sans consensus préalable, alors que celui-ci est par définition introuvable dans un pays gangrené de corporatismes et d’égoïsmes institutionnalisés, soumis au caprice de syndicats archaïques et de groupes de pression d’autant plus intraitables qu’ils ne sont pas représentatifs ? Sur tous les sujets où la politique annoncée heurtait de front ces corporatismes, force est de constater que ledit consensus a poussé le gouvernement à renoncer à la rupture : réforme de l’Université réduite à des mesurettes soit anodines soit nuisibles, service minimum escamoté, recul sur la réduction du nombre de fonctionnaires, peine plancher réduite à une simple recommandation, régularisations récurrentes de clandestins sous la pression des lobbies immigrationnistes… Sur les chantiers de réformes annoncés pour la rentrée, à commencer par celle des régimes spéciaux, les mêmes causes produiront inéluctablement les mêmes effets. A moins que Nicolas Sarkozy trouve le courage d’opérer la seule rupture qui vaille, qui commande toutes les autres : la rupture avec la tyrannie du consensus.

Triste ratatouille

On mélange tout et on oublie l'essentiel, dans cette ratatouille habilement mijotée par les Kadhafi, préparée par le père, remuée par le fils. La France se retrouve accusée de tout, obligée de se justifier. Et la gauche fonce dans le panneau, et les autorités bulgares font profil bas, trop heureuses de voir l'attention et les questions s'éloigner de leurs propres responsabilités, alors qu'elles ont tant à se reprocher (indifférence pour les uns, trafics sordides avec la Libye pour les autres) et l'Europe se montre de plus en plus gênée. Bien sûr qu'il y a eu des contreparties avec Kadhafi. Seuls les naïfs croient le contraire. Et pourquoi la France laisserait aux autres les contrats à venir ? Au nom de la raison d'Etat, on va vendre... Le Libyen est joueur et près de ses sous. Il va tirer le maximum des otages après les avoir soigneusement laissés torturer. Le racket après la sauvagerie (lisez les premiers témoignages des otages...). Nous, contribuables, allons financer ses trente années de gabegie et de nullité, en remettant son pays en état. Est-ce normal ? Ils ont violé nos otages avec des chiens et on se laisse mettre a laisse au cou pour quelques millions de contrats ! Est-ce acceptable ? On doit bien rire sous la tente du Bédouin. Faut-il s'en satisfare ? Non. Des plaintes pour tortures, crimes, etc... doivent maintenant être déposées pour ne pas laisser ces crimes impunis. La renonciation à toute poursuite contre leurs tortionnaires signée par les otages ne vaut rien. Un chiffon de papier signé sous la contrainte. Il faut pourrir la vie de Kadhafi et consorts, au nom de toutes ses victimes. Au nom de la justice et et la dignité. Mais où sont les organisations de défense des droits de l'homme et de la femme ?

Sarkozy et l’ombre de Bonaparte

Bon nombre de mes confrères ont évoqué à propos de Nicolas Sarkozy et de son hyperactivité depuis son élection à la présidence de la République l’ombre de Kennedy, allant même jusqu’à mettre en parallèle Cécilia et Jackie Kennedy. Sans aller bien loin, il existe une référence française plus probante : Bonaparte. A maints égards, tant par son ambition que par sa rapidité de décision et d’exécution, par sa manière d’accaparer la moindre parcelle de pouvoir et de monopoliser l’attention, par sa volonté de veiller aux moindres détails, Sarkozy évoque le Bonaparte Premier Consul. Il ne s’agit, dira-t-on, que d’un style et d’un tempérament. Relisant récemment l’œuvre de Barrès, l’inventeur du nationalisme français, et, notamment, Le Roman de l’ énergie nationale, il m’est apparu que le parallèle peut être poussé plus loin. Par sa manière d’infléchir l’esprit des institutions, de redonner au pays le dynamisme qui lui faisait défaut, de pratiquer une sorte de démocratie autoritaire, Nicolas Sarkozy s’inscrit dans l’héritage du bonapartisme, cette troisième famille politique de la droite française, dont le gaullisme fut une résurgence originale. Rassurons, cependant, les électeurs de Ségolène, il ne parait qu’il y ait chez notre président la moindre tentation impériale, sinon impérialiste…

J’avoue : je suis choqué par la visite en Libye

Autant le dire tout de suite : contrairement à (beaucoup) d’autres, j’ai été choqué par la visite de Nicolas Sarkozy en Libye : - Si les infirmières bulgares étaient innocentes, c’est qu’elles ont été condamnées à tort. - Si elles sont été condamnées à tort, c’est que le régime libyen est coupable. - Si le régime libyen est coupable, c’est que son chef est un preneur d’otage. - Si son chef est un preneur d’otage, on ne doit pas le réintégrer dans le « concert des Nations », comme l’a dit Sarkozy. CQFD On peut négocier avec des preneurs d’otage, pas pactiser avec eux. Il fut un temps où Sarkozy reprochait à Chirac sa proximité avec Poutine ou l’invitation en Corrèze faite au numéro un chinois. Kadhafi vaut-il mieux ?

Faut-il aussi lui baiser les pieds ?

Les otages bulgares sont libérés. Bravo et merci à ceux qui ont permis cet heureux dénouement. On peut être fier des Français qui ont œuvré à cette libération. Mais n’oublions pas que le preneur d’otages a obtenu une rançon en bonne et due forme. Il s’appelle Mouammar Kadhafi, ex sponsor de groupes terroristes qui ont quelques centaines de morts à leur actif. Son dernier crime a-t-il payé ? On le dirait : Kadhafi obtient 400 millions, la rénovation de son système de santé, un brevet d’honorabilité et la sollicitude des occidentaux. Faut-il pour autant aller lui baiser les babouches ? Nous espérons en faire un nouvel allié et lui vendre beaucoup de choses, ce que fait Sarkozy aujourd’hui en Libye. Il s’agit sans doute de raison d’Etat et de raison commerciale. Pourquoi pas ? Mais il ne faut pas oublier ses victimes (françaises et étrangères) ni que son retour en grâce se fait sur une nouvelle ignominie. Le voleur qui rend l’argent reste un délinquant. Et quand il ne rend pas l’argent ?

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