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Ouvrir aussi le Parlement ?

Et l’ouverture à gauche continue… Si l’on a finalement échappé à la pétroleuse Taubira et au vieux cheval de retour Baylet, le gouvernement Fillon II s’enrichit de deux nouvelles figures de gauche : le socialiste (blairiste, il est vrai) Jean-Marie Bockel et Fadela Amara, présidente du mouvement « Ni putes ni soumises » (cette intéressante appellation figurera-t-elle sur sa carte de visite officielle ?), appelée à seconder Christine Boutin en un attelage un rien surréaliste. Au lieu de recourir à de si pitoyables gadgets, qui ne lui ont pourtant pas si bien réussi à en juger par le résultat des législatives, Nicolas Sarkozy ne ferait-il pas mieux de songer à une autre ouverture, plus juste et plus profitable à la clarté démocratique : celle qui consisterait à ouvrir l’Assemblée nationale aux "candidats de la diversité" idéologique ? En effet, si 40 % des électeurs ne sont pas déplacés, au premier comme au second tour des législatives, il y a fort à parier que la perspective de ne bénéficier que d’une représentation symbolique, voire de pas de représentation du tout, n’y est pas pour rien. Publiée dans le Monde daté du 19 juin, la projection des résultats des législatives sur un mode de scrutin à la proportionnelle intégrale indique que la majorité UMP en serait sortie renforcée, tandis que le Modem aurait obtenu une représentation plus conforme au score de son candidat à la présidentielle, et que la choquante disparité de traitement entre le PCF et le FN s’en serait trouvée, sinon supprimée, du moins atténuée. Même si la simple existence de la proportionnelle pousserait sans nul doute les électeurs des partis minoritaires à se déplacer en plus grand nombre, la capacité du système à dégager une majorité ne devrait pas s’en trouver affectée. Et permettrait au moins de tenir une promesse : respecter les minorités. Car quand on veut réformer un pays de fond en comble, peut-on s’accommoder de laisser une part non négligeable de l’opinion basculer dans l’indifférentisme ?

Et vous, vous feriez quoi ?

La vague bleue est plus faible que prévu : une partie de la droite s’est abstenue et la gauche a bien mobilisé. La rose socialiste a repris des couleurs et le parti communiste a bien résisté – pour une fois ! Paris reste à gauche et Juppé sur le carreau. Un « avertissement », paraît-il, à Sarkozy. On l’avertit de quoi, au juste ? De ne pas rester fidèle à ses engagements ? Et qui l’avertit ? La gauche battue à répétition, en 2002 et en 2007, à deux reprises (présidentielle et législative). Les mauvaises habitudes de notre vieille droite réputée la plus bête du monde font redouter le pire. Que va faire Sarko ? Continuer sur son programme présidentiel, rompre avec la pensée unique, lancer les réformes promises et moderniser le pays ? Ou s’obstiner à ouvrir à gauche, amadouer des « partenaires sociaux » à la représentativité si douteuse, sonder les sondages pour naviguer à la godille ? Et pourquoi pas rappeler Chirac, Delors, Rocard et tutti quanti ? Et vous, avec une majorité absolue pour cinq ans, que feriez vous ?

UMP : le scandaleux appel à voter pour le candidat PS contre Marine Le Pen

Quels que soient les sentiments que l’on porte sur le Front national, on ne peut à la fois dire que celui-ci a déjà un pied dans la tombe et considérer qu’il continue à être un « danger pour la démocratie ». De même peut-on s’étonner qu’à l’UMP, on justifie le « sauvetage » de Bayrou dans sa circonscription et l’arrivée de nouveaux ministres d’ouverture au gouvernement au nom de « l’expression de la diversité » alors même que, dans le même temps, le parti (ultra) majoritaire appelle à voter pour le candidat PS opposé à Marine Le Pen… N’aurait-elle pas, elle aussi, « quelque chose à dire » comme l’a dit Wauquiez à propos des personnalités de gauche qui rejoignent le gouvernement ? Enfin, comment peut-on, aujourd’hui, « réfléchir » à l’introduction d’une dose de proportionnelle tout en s’échinant à faire battre l’unique candidate FN qualifiée pour un second tour ? Avec un nombre de voix exactement équivalent (283 voix d’écart) le PC obtiendra plus d’une dizaine de députés et le FN aucun. Au nom de quoi celui-ci n’aurait-il pas droit à un élu – un seul sur 577 ! - à l’Assemblée ?

C’est le majoritaire qui l’a tué…

Je me suis bien trompé. Il y a trois mois, le 7 mars, j’annonçais la mort future du scrutin majoritaire. « Bayrou joue gagnant à tous les coups », écrivais-je ici…Parce que je pensais qu’il n’y avait que deux hypothèses : ou bien François Bayrou serait au second tour de la présidentielle et il la gagnait, ou bien il obligeait Sarkozy à négocier avec lui pour obtenir la proportionnelle qui lui donnerait un rôle charnière. Il n’a pas été au second tour et il n’a pas négocié avec Sarkozy. Pire même, il a dit qu’il ne voterait pas pour lui au second tour. Par dépit. Du même coup il a perdu tout ce qu’il avait en main : ses voix et ses hommes. Présomptueux, il n’avait pas imaginé ne pas figurer au second tour. Il se vantait d’avoir 7 millions de voix ; dimanche dernier il lui en est resté 2 millions, et même pas tout à fait. 5 millions de voix perdues en six semaines. Quant à la proportionnelle, elle attendra. Il a joué perdant perdant. Ce n’est décidément pas lui qui a tué le scrutin majoritaire, c’est le scrutin majoritaire qui l’a tué. Sarkozy l’a pris de très haut et lui a évité le coup de grâce, en retirant le candidat UMP qui pouvait se maintenir contre lui.

Après Taubira, hola !

Christiane Taubira va-t-elle entrer au gouvernement ? Ce n’est évidemment qu’une rumeur, mais la seule évocation de son nom ne manque pas d’inquiéter. Faut-il le rappeler ? La députée de Guyane, qui milita pour l’indépendance de ce territoire français depuis le XVIIe siècle, n’a cessé de critiquer l’œuvre de la France outre-mer. Elle a combattu l’article 4 de la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la nation aux Français rapatriés : deux petites lignes bien anodines (« Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer ») supprimées sous la pression de la gauche en général et de Christiane Taubira en particulier, qui a de l’histoire une conception très univoque : on lui doit la loi du 10 mai 2001 faisant de la traite négrière un crime contre l’humanité. Une loi de désinformation mémorielle qui dénonce la traite transatlantique pratiquée par les nations occidentales mais oublie de condamner les traites interafricaines et l’esclavage qui a duré plusieurs siècles en terre d’islam ! Les plus grands historiens ont demandé l’abrogation de ce texte, et d’autres, qui entravent la recherche historique. En vain. Voilà que son auteur pourrait entrer au gouvernement. Nicolas Sarkozy aurait tenté de l’en convaincre après la présidentielle, il ne désespère pas qu’elle accepte après les législatives. Est-ce vraiment là ce qu’il appelle la rupture ?

Qu’il est plaisant d’être ringard !

Dimanche, lors de la soirée électorale, je me suis surpris à regarder le logo qui figurait en bas de mon écran de télévision pour m’assurer que j’étais bien sur TF1 et non sur Comédie. Comment ne pas sourire en entendant Elizabeth Guigou encore parler de la gauche comme « une force de progrès ». Cela fera surement plaisir aux 18 983 138 électeurs qui ont assuré une confortable élection à Nicolas Sarkozy, de savoir qu’ils sont considérés comme d’infâmes ringards par les éléphants et les sympathisants du « Parti du progrès ». Ceux-ci feraient plutôt mieux de chercher à connaître les raisons profondes qui ont conduit les Français à les rejeter massivement à l’élection présidentielle et au premier tour des législatives. Je serai bien tenté de parler d’autisme, mais je ne le ferai pas, ayant un infini respect pour ceux qui souffrent (vraiment) de cette maladie.

Délinquance des mineurs et chômage

Voici comment Ségolène Royal dénonce le projet de loi de Rachida Dati réformant la justice pénale pour les mineurs et instaurant notamment des peines automatiques pour les multirécidivistes qui empoisonnent la vie de nos rues et de nos cités. « Ce qui est le plus urgent pour empêcher la délinquance, dit l’ex-candidate socialiste, c’est de donner du travail aux jeunes et la réussite scolaire. » Ah bon ? Regardons les choses de plus près. Quand la gauche était au pouvoir, sous Lionel Jospin, qu’a-t-elle fait ? Elle a en effet créé des « emplois jeunes » par centaines de milliers et que s’est-il passé ? La délinquance a-t-elle diminué ? Au contraire, elle a tellement augmenté qu’elle a ramené la droite au pouvoir ! Dire que l’on est sur la pente de la délinquance parce que l’on n’a pas de travail laisse supposer qu’un chômeur, jeune ou moins jeune, est par nature une sorte de délinquant en puissance. Peut-on être plus injurieux à leur égard ? Ces quelques remarques ne font que le souligner : la gauche a grand besoin d’une nouvelle défaite aux législatives pour se remettre en question et se reconstruire. En attendant, elle a bien tort de s’énerver.

Une journée avec Marine Le Pen

Passé la journée d’hier dans le Pas-de-Calais à suivre Marine Le Pen, candidate aux législatives, pour V.A. (le reportage passera la semaine prochaine). Il faut vraiment se pincer pour le croire : sur les deux à trois cents personnes qu’elle a rencontré ce jour-là (marchés, commerçants, porte à porte…), seuls… deux ont refusé de lui serrer la main ! Les autres, tous les autres, l’accueillaient comme une star : « Bon courage ! », « comme vous êtes jolie ! », demande de photos souvenirs, d’autographes… Question : cette sympathie affichée va-t-elle se transformer en vote dans les urnes ? Si oui, ce sera la preuve que la carte de la « dédiabolisation » du FN aura été la bonne – l’échec de Le Pen à la présidentielle n’étant qu’un incident de parcours, dû, pour l’essentiel, au talent de Sarkozy. Si non, la stratégie de « dédiabolisation » aura été un échec – le FN « gentil », devenu (presque) comme les autres, perdant sa raison d’être. Outre son avenir personnel, le résultat de Marine Le Pen indexe le futur positionnement du FN – et, sans doute, son avenir.

Sarko en fait-il trop ?

Pour ne parler que de stratégie électorale, c’est bien joué. Chapeau l’artiste ! Après avoir siphonné les voix FN à la présidentielle, voilà que Sarkozy s’apprête à faire main basse sur celles de Bayrou et même d’une partie de la gauche aux législatives. En « ouvrant » son gouvernement à deux ministres socialistes (Kouchner, Besson, Jouyet), un « haut commissaire » de gauche (Hirsh), un centriste (Morin) et nombre de représentants de l’aile gauche de la majorité (Bachelot…), Sarkozy, c’est un fait, a piégé son opposition. Bayrou parce qu’il réalise exactement ce que celui-ci avait promis - privé d’espace ! La gauche, parce qu’en attirant à lui certains de ses représentants, il démontre qu’il n’est pas si « dangereux » que ça - privée de munition ! En une semaine, le loup s’est transformé en agneau. Simple tactique électorale ou retournement de veste ?

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