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Face aux violences, les limites de Bayrou

« Ni trop laxiste (sous-entendu : comme la gauche), ni trop répressif (sous-entendu : comme la droite) ». La réaction de François Bayrou aux émeutes de la gare du Nord illustre bien les limites du « ni-ni » du candidat centriste. Les images de la gare, et de ses usagers « normaux », pris en otage par des centaines de voyous (dont on apprend aujourd’hui qu’ils squattent toute la journée cette enceinte) ont, comme l’a dit Nicolas Sarkozy, marqué un « tournant » dans cette campagne. Pas seulement en faisant ressurgir la thématique – plus enterrée par les médias qu’oubliée par les Français – de l’insécurité. Voilà les candidats à l’investiture suprême placés devant une question simple : que fait-on pour empêcher que se reproduisent de tels faits (qui se produisent tous les jours en banlieue dans un grand silence médiatique) ? « Plus d’ordre ! », répondent le candidat de l’UMP et Jean-Marie Le Pen. « Ecouter les jeunes ! », répond Ségolène Royal. « Entre les deux », répond Bayrou. C'est-à-dire rien. Le candidat UDF est un champion du diagnostic. Pas des réponses. Or c’est cela qu’attendent les Français.

Cohérence

Dans sa récente exhortation apostolique Sacramentum caritatis, Benoît XVI appelait tous les baptisés, et plus particulièrement les responsables politiques, à la « cohérence », leur rappelant qu’il est impossible de reléguer leur foi à la sphère privée, sans incidence aucune sur leurs prises de position concernant ces « valeurs non négociables » que sont « le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes ». Le moins qu’on puisse dire est que cette cohérence n’est pas toujours observée, loin s’en faut, dans la classe politique française, par ceux qui se réclament de la foi ou de la culture chrétienne. Prenons François Bayrou, par exemple (on pourrait en trouver d’autres), catholique pratiquant et indéniablement homme de foi sincère. Dans le grand portrait du candidat centriste publié dans son édition du 21 mars, et justement nommé François Bayrou et son double, le Monde rappelait cette déclaration de l’homme qui murmure à l’oreille des tracteurs : « Mon engagement chrétien est plus important que mon engagement politique. Et je ne tiens pas à ce qu’ils se mélangent. » Incarnation de cette « séparation entre les ordres » (c’est le nom que François Bayrou donne à cette schizophrénie) qui veut qu’il y ait d’un côté le croyant, de l’autre le politique qui fait comme si le croyant n’existait pas, sa position sur l’avortement, rappelée par le Monde : contre en privé, pour en public. Comme de juste, cette séparation des ordres ne marche que dans un sens : imagine-t-on un libre-penseur s’abstenir de défendre l’avortement pour ne pas mélanger son engagement politique avec ses convictions philosophiques ? Impensable, bien sûr : les adversaires de la foi et de la culture de vie n’ont nul besoin, eux, qu’on les rappelle à la cohérence, ils en ont bien compris, et de longtemps, la redoutable efficacité.

Identité nationale

Créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. En associant les deux thèmes dans une même proposition, Nicolas Sarkozy a réveillé l’indignation des belles âmes. François Bayrou moque ce prurit nationaliste, et Ségolène Royal, bien qu’elle ait entonné la Marseillaise, s’interdit de lier l’un et l’autre. Et pourtant ! Il suffit de lire l’essai de Maxime Tandonnet, qui fut conseiller de Sarkozy au ministère de l’Intérieur, pour prendre la mesure du problème. Son titre : Immigration, sortir du chaos (Flammarion). « De manière très sommaire, écrit-il, l’apport “allogène” (de l’extérieur) à la population française serait d’environ 300 000 personnes chaque année (solde migratoire de 200 000 migrants plus 100 000 naissances), en face de 700 000 naissances “endogènes”, issues de deux parents français (…) A long terme, si les tendances démographiques du début des années 2000 se prolongent, la France devrait évoluer vers une situation où les migrants et leurs descendants constitueront environ 30% de sa population ». Le paragraphe dont sont tirées ces lignes s’intitule : « Un peuple en mutation ». Qui peut nier que cette mutation ait des conséquences sur l’identité de la nation ? On répondra qu’il suffit d’“assimiler” ces nouveaux venus. Est-ce possible ? Et qui le veut encore ? De droite ou de gauche, les gouvernements se l’interdisent depuis vingt ans, au nom du “droit à la différence”. Le résultat ? Une société “multiculturelle” où chacun, désormais, se méfie de tous. Une société de communautés juxtaposées, qui est l’exact contraire d’une nation.

Et la famille ?

Il fut un temps où la famille était le pont aux ânes des campagnes électorales. Chaque candidat y allait de son couplet sur « la famille, cellule de base de la société », pour mieux éviter de traiter le sujet, mais enfin, il en parlait. Cette fois, la question est aux abonnés absents : la seule famille qui semble avoir le droit de cité semble être la famille homoparentale avec, à la clé, le droit au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe… Mais la famille qui sert à repeupler la France et, accessoirement, à payer les retraites, la famille qui est le premier investissement d’avenir pour une collectivité en ces sens qu’elle assure à la fois sa pérennité matérielle et le maintien de son identité (eh oui …), cette famille là, semble avoir disparu des préoccupations. Certes, des candidats comme Le Pen ou Villiers ne la négligent pas dans leurs programmes, mais jamais, dans les débats, le sujet n’est abordé… Es-ce la preuve que, plus ou moins consciemment, les « Princes qui nous gouvernent » se résignent à compter sur les immigrés pour assurer la relève démographique d’un pays qui, depuis le milieu des années soixante dix, ne renouvelle plus ses générations ? Peut-être. Mais alors qu’ils aillent au bout de leur raisonnement. Si une campagne ne sert pas à aborder des sujets tels que celui-ci, à quoi peut-elle bien servir ?

Et si c’étaient les « petits » candidats qui faisaient l’élection ?

Rencontre, jeudi, avec un l’un des directeurs d’un grand institut de sondage. Il me parle sans langue de bois. Selon lui, c’est maintenant (que l’on connaît la liste de tous les prétendants) que la « vraie campagne » commence. « Avant, me dit-il, c’était virtuel, aujourd’hui, c’est réel ». Et puis, surtout, les huit « petits candidats » vont venir « turbuler » l’élection. « C’est mécanique, assure-t-il, grâce à leur nouvelle lisibilité et à l’égalité de temps de parole, ils vont récupérer cinq à six points au détriment des quatre grands candidats. » Frédéric Nihous, le candidat des chasseurs, fera évidemment plus que ses actuels 0,5 %, Villiers davantage que ses 1,5 %, Voynet sera au-dessus de ses 1 % etc. Qui, parmi les « grands candidats » risquent d’en pâtir le plus ? « Royal, d’abord, parce que six « petits candidats » sont de gauche ; Bayrou, ensuite, parce que son électorat est le plus volatil. » Bref, l’ordre d’arrivée des quatre « grands », le 22 avril, dépendra, en partie, du score des « petits ». Surtout si, comme on le murmure à l’Elysée, « le ticket d’entrée pour le second tour se jouera à moins de 25 % ». Bref, tout est plus que jamais possible !

Le candidat du Cac 40

C’est fait ! L’épithète est lâchée comme une injure suprême ! Nicolas Sarkozy est qualifié, tant par les socialistes que par François Bayrou, de candidat du Cac 40. Injuste, pour un homme qui se scandalise que les sociétés qui restructurent puissent distribuer des dividendes ! Néanmoins, le plus étrange dans cette affaire est qu’il puisse paraître infâmant d’être le candidat des champions, des meilleurs, des entreprises françaises qui ont réussi à s’imposer sur la scène internationale. Etre le candidat des PME, c’est mieux. Mais à quoi bon, si ce n’est pour les aider à grandir ? Mais non ! Dans ce pays, il est déshonorant de s’intéresser au succès, suspect de nourrir l’ambition d’être meilleur que les autres, de créer davantage de richesses. Pour mériter la considération, il faut rester petit et ceux qui ne campent pas sur le canal Saint Martin n’ont qu’à s’excuser de s’être débrouillés pour loger décemment leur famille. Tant mieux pour nos concurrents ! Tandis que les Français se réjouissent des malheurs de Total (au Cac 40) et de son président, les pétroliers anglo-saxons consolident leur domination mondiale. Pourtant ce sont les mêmes qui fustigent le CAC 40 et défendent le monopole d’EDF, veulent le fusionner avec Gaz de France, deux sociétés du Cac 40 et vouent aux gémonies leur prétendu candidat. Il est vrai qu’il veulent renationaliser ces deux entreprises. Car dans dans la bonne tradition héritée de Louis XIV, il n’y a qu’une entité qui ait le droit d’être grande et puissante en France, c’est l’Etat.

Qui parle d’Europe ?

Toute l’Europe se réunit à Berlin pour célébrer le cinquantenaire du traité de Rome. A Berlin ! La ville symbole de la guerre civile européenne, celle où s’est déclenché le pire des cataclysmes du XXème siècle, est ainsi devenue la capitale d’une Allemagne réunie, pacifiée, accueillante, européenne. En cinquante ans, l’Union née à Rome est passée de six à vingt-sept membres. A-t-elle grandi trop vite ? Cette construction a subi un coup d’arrêt brutal, le 29 mai 2005, quand les Français, suivis par les Néerlandais, ont dit non par referendum au traité constitutionnel. Depuis, tout est suspendu. Les trois candidats en tête des intentions de vote, Sarkozy, Royal et Bayrou, avaient tous voté oui ; cela ne les empêche pas d’être maintenant les favoris. Mais n’est-ce pas parce qu’ils ne parlent plus de l’Europe ou quasiment pas ? Le plus fédéraliste des trois, François Bayrou, n’y fait que des allusions sommaires, comme si cela ne faisait plus partie de la campagne. Mais quelle importance après tout ? Pour l’essentiel, c’est à Bruxelles que se décident les grands choix qui dictent nos politiques nationales. En cinquante ans, les institutions européennes ont pris le pas sur les nôtres dans la plupart des domaines.

Les « vrais gens » plutôt que les sondages

Impressionnante plongée chez les « vrais gens » hier dans l’Aisne. En 2002, Le Pen était arrivé largement en tête en tête au premier tour chez ces paysans pauvres, patrons de café, employés smicards, ouvriers retraités et jeunes au chômage. Jusqu’à 60 % dans certaines communes ! Eh bien, j’en ai acquis la certitude à l’occasion d'un reportage où nous avons discuté avec des dizaines de personnes : Le Pen, cette fois encore, va faire exploser les compteurs. Ici, pas de tentation Sarkozy, « le candidat des riches et des villes ». A peine un intérêt pour Bayrou : « Au moins lui, il connaît la terre ». Une hostilité absolue à la gauche : « elle s’intéresse plus aux délinquants et aux immigrés qu’à nous. » Tout le monde dans le même panier, ou presque. « A la télé, ils me font rigoler avec leurs promesses. Tout ce qui les intéresse, c’est le pouvoir. » Les mêmes qui avaient voté pour Le Pen en 2002 s’apprêtent donc à récidiver. En se cachant à peine. « Lui au moins, disent-ils, on ne l’a jamais essayé. Peut-être que ce sera moins pire qu’avec les autres. » J’ai été surpris par leur colère et leur détermination. Nous ferions bien, nous autres journalistes, de nous détacher un peu des sondages et de nous intéresser plus aux « vrais gens ». Lesquels, disent-ils, ne sont « jamais sondés ».

« Tant d’argent d’un côté ! »

Comme chaque année les bénéfices du « Cac 40 » suscitent de nombreux commentaires révélateurs de l’inculture économique. Ainsi cette semaine, ce sont les 100 milliards de bénéfices réalisés par les plus grands groupes français qui scandalisent les âmes sensibles. Ainsi, Ségolène Royal : « Ce qui me choque, c’est qu’il y ait tant d’argent d’un côté et autant de dégâts sociaux de l’autre » confie-t-elle aux Echos de ce matin. C’est vrai qu’avec ces 100 milliards ont pourrait financer trois fois les 100 propositions de son programme de Villepinte ou encore combler deux ans et demi de déficit budgétaire. Mais 100 milliards de bénéfices, ce sont aussi des dizaines de milliard d’impôt sur les sociétés. Et des milliards d’investissement qui permettent au pays de compter quelques uns des plus grands groupes mondiaux en dépit de sa taille relativement modeste (1% de la population mondiale). Il y a aussi, c’est vrai, les dividendes. Un scandale pour beaucoup. Mais là encore, l’Etat en profite avec ses 80 % dans EDF et Gaz de France et toutes les participations qu’il détient indirectement par le biais de la Caisse des dépôts. Et puis, est-il si scandaleux que des épargnants qui confient leur argent à une entreprise puisse en tirer quelques revenus, ne serait-ce que pour compléter des retraites que l’Etat s’apprête à réduire ? Tous nos hommes et femmes politiques pleurnichent sur le sort d’Airbus et prônent une augmentation de capital d’EADS. Peuvent–ils en même temps refuser aux actionnaires de percevoir un dividendes ? Les actionnaires sont des imbéciles et des mal élevés disait un chef d’entreprise allemand, parce qu’ils confient leur argent aux entreprises et osent leur réclamer des revenus. Ségolène Royal veut-elle mettre fin à ce scandale ?

Nervosité socialiste.

Les dirigeants du parti socialiste sont en train de se mordre les doigts. Même ceux qui, connaissant bien les défauts de Ségolène Royal (son arrogance naturelle, son côté ultra personnel, son individualisme), s’étaient néanmoins ralliés à elle. Ils avaient un motif pour cela : elle était, estimaient-ils, la seule à pouvoir battre Nicolas Sarkozy. Ils y ont cru jusqu’à la mi-février. Aujourd’hui, leur problème, c’est : comment battre Bayrou avant de pouvoir affronter Sarkozy. Et là, les mêmes stratèges se demandent si leur choix était judicieux, car non seulement Ségolène Royal n’a pas vraiment rebondi depuis son « trou d’air » de janvier, mais Bayrou et elle se disputent le même électorat à la marge, avec un avantage évident pour le centriste (qui se bat sur le thème « moi je ne changerai rien »). Fabius et Strauss-Kahn, que Ségo avait battus en primaire, tentent de trouver des issues de sortie honorables, l’un au centre, l’autre à gauche. Mais même ici, quand on voit Bayrou se faire acclamer en banlieue, on doit bien constater que l’extrême gauche, autrefois toute puissante sur ce terrain, n’a laissé que des vides derrière elle. Bref, Nicolas Sarkozy doit regarder ces déchirements avec un certain détachement – consolidant dans le même temps sa légitimité à droite.

Aimer la France

On attendait un bilan politique, on a eu une déclaration passionnée d’amour de la France et des Français. A écouter les adieux de Jacques Chirac, dimanche soir, on ne pouvait s’empêcher de penser à la phrase de Pierre Reverdy : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » L’amour de la France est une fleur délicate et éphémère, qui s’épanouit par centaines en période électorale, pour connaître dans les mois et les années qui suivent une irrémédiable et désolante éclipse. Car les preuves d’amour, il faut bien dire qu’on les attend, de quelque bord qu’elles viennent, comme la jeune ingénue attend le retour du beau parleur frivole et parjure qui l’a séduite avec des paroles d’éternité, pour ne plus jamais revenir. Où est l’amour de la France quand on lui refuse les moyens d’être elle-même, de protéger son visage et sa population ? Où est l’amour de la France, quand on célèbre la quête d’identité de la moindre peuplade d’Asie centrale et qu’on culpabilise les Français dès qu’ils tentent de faire valoir leur culture, leurs valeurs, leur histoire ? Où est l’amour de la France, quand on refuse de lui donner les moyens de la puissance, pour la fondre toujours plus dans des ensembles supranationaux où sa voix se perd chaque jour davantage ? Où est l’amour de la France, quand la défense du bien commun est abandonnée au profit d’une accumulation de politiques catégorielles, qui interdit aux Français de se penser comme un peuple solidaire, doté d’une communauté de destin ? « Aime et fais ce que tu veux », disait saint Augustin. Il semble, s’ils connaissent cette maxime, que nos politiques l’aient comprise de travers.

Les compteurs à zéro !

Trois conversations téléphoniques avec trois directeurs d’instituts de sondages ; trois sons de cloche différents ! Pour le premier, la dynamique Bayrou est en marche : sa présence au second tour constitue une forte probabilité et, quel que soit son adversaire, il dispose de chances sérieuses de l’emporter. Pour le second, le soufflet est à son paroxysme. Il ne peut donc que se dégonfler… Pour le troisième, très socratique : « Je ne sais qu’une chose : c’est que je ne sais rien ». Donc acte. En fait, ce désarroi est révélateur du nouveau départ de la campagne. Le fait qu’elle ne comporte plus seulement deux favoris, mais trois, remet en quelque sorte les compteurs à zéro. Surtout si un quatrième – celui qu’on ne voit jamais venir ! – se met de la partie… Finis, désormais, les écarts de 10 points entre les principaux candidats : tout pourrait bien se jouer dans un mouchoir de poche… Pour le plus grand bénéfice de la démocratie qui se joue toujours des scénarios écrits d’avance.

ISF : la preuve par l’absurde

Qu’est qui est plus scandaleux ? Que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal soient pris en flagrant délit de sous-évaluation de leur patrimoine pour leur déclaration à l’ISF où que les détails de leur vie privée soient donnés en pâture au public et que tous deux soient contraints de justifier, qui le paiement de son escalier, qui la surface de son jardin ou l’état de sa résidence secondaire ? Il n’est certes pas convenable que des responsables qui aspirent à diriger l’Etat, fraudent l’impôt. Il n’est pas non plus très normal qu’ils soient obligés de compter leurs petites cuillères en argent et d’étaler leurs affaires de familles devant les médias. Pourtant, si les Français peuvent comprendre, sans l’approuver, le penchant naturel des candidats à dissimuler une partie de leur patrimoine au fisc, ils ne compatissent sûrement pas à la situation embarrassante dans laquelle ils se sont mis. Il y a quelque jubilation à voir nos deux candidats, qui, l’un comme l’autre, ont défendu l’ISF comme un impôt juste, affirmant qu’ils ne le supprimeraient pas s’ils étaient élus, se voir aujourd’hui pris au piège de l’absurdité de son absurdité. Et les Français qui doivent le payer sont tout pareillement victime de ce viol de leur vie privée qui atteint aujourd’hui nos deux candidats. La différence, c’est que eux, ne l’ont pas cherché puisqu’ils ne se posent pas en modèle de vertu et d’intelligence et ne briguent pas les suffrages de leurs concitoyens. On peut toujours rêver que les persécutions dont sont victimes Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy leur feront comprendre la nécessité de supprimer l’impôt imbécile !

Les gagnants de la présidentielle

Le scrutin majoritaire uninominal à deux tours est à l’agonie. Les députés qui seront élus au mois de juin selon ce mode de scrutin seront les derniers. La mort du scrutin majoritaire, on la devra à François Bayrou. Il n’y a en effet que deux hypothèses : ou bien il est le troisième homme du premier tour de la présidentielle – et il faudra négocier avec lui pour le second tour – ou bien il est second et dans ce cas, il sera élu et fera ce qu’il veut. Dans l’une ou l’autre hypothèse, Bayrou tuera le majoritaire pour le remplacer par la proportionnelle (avec une dose de majoritaire). Parce la proportionnelle est le seul procédé qui permette d’écraser les partis majoritaires et de gonfler les autres : du Front national au parti communiste en passant par les Verts et les trotskistes, tout le monde gagne, à commencer par l’UDF, quand l’UMP et le PS sont assurés de perdre des sièges. Alors Bayrou pourrait dégager ces majorités d’idées entre le centre UDF et tantôt la droite ou tantôt la gauche, comme il ne cesse de le répéter dans la campagne. Autrement dit, dans la position qui est maintenant la sienne selon les enquêtes d’opinion, Bayrou joue gagnant à tous les coups. Car même s’il n’était pas troisième mais devancé par Le Pen, son équation ne changerait pas. Que Le Pen se trouve en situation de négocier ses voix entre Royal et Sarkozy, il obtiendra lui aussi la proportionnelle ! Bref, de cette présidentielle, il faut attendre un bouleversement de notre paysage politique.

Vu de l’Empire State Building…

Une semaine passée à l’étranger, en l’occurrence à New-York, vous fait voir l’actualité française du point de vue de Sirius. Particulièrement, du haut de l’Empire State Building… Déformation professionnelle oblige, bien qu’étant en vacances, je n’ai pu m’empêcher de consulter la presse locale, histoire de vérifier si notre campagne électorale suscite quelque intérêt chez nos confrères américains, et si les poncifs « made in USA » sur notre cher et vieux pays courent toujours. Las, quelle déception pour notre amour-propre : les articles consacrés à la bande des trois, Sarko, Ségo, Bayrou, tiennent une place moins qu’honorable dans la rubrique étrangère. Pas de points de vue très originaux, non plus, si ce n’est une certaine curiosité, voire une sorte de sympathie amusée pour François Bayrou, au motif qu’il appartient à la France rurale et qu’il est, entre autres, éleveur de chevaux de course, profession apparemment mieux vue que celle de bureaucrate issu de l’ENA… Voilà pour la leçon d’humilité. Un séjour à Manhattan permet aussi de prendre quelque distance avec notre sempiternelle propension à s’auto flageller. Non, Paris n’a pas de quoi rougir face à New-York ! Allons plus loin : Paris est une ville resplendissante, fabuleusement propre, magnifiquement entretenue, et, malgré tout, moins embouteillée que la « capital of the world », aux immeubles noirs de crasse, aux avenues creusées de cratères dignes de Dar es Salam, aux trottoirs jonchés de sacs poubelle et hantés par des SDF apparemment plus miséreux que les nôtres. Dernier motif de satisfaction : dans la rue, le nombre d’autochtones comprenant ou parlant un peu le français semble, dans certains quartiers tout du moins, plus important que ceux parlant l’américain. Me le confirmait un New-Yorkais : on peut passer toute sa vie dans la « Grosse Pomme » en ne parlant que l’espagnol, le chinois, ou toute autre langue que celle d’Edith Wharton et d’Henry James …

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