|

Mais où est Yannick Noah ?

Entre Laure Manadou qui part roucouler en Italie et notre Johnny national qui nous redescend des alpages suisses, on croise pas mal de people à nos frontières en ce moment. On peut comprendre Laure. Le choix est vite fait entre le gourou ventripotent et l'Apollon latin. Le coach a bu la tasse mais reste à savoir qui la fera le mieux gagner ? L'entraîneur stakhanoviste ou l'amant de Vérone ? Bonne chance tout de même à notre multimédaillée. Pour Johnny national, c'est clair : Gstaadt n'est pas très folichon, surtout sans la neige. Le pire est ailleurs. Chers internautes, l'affaire est grave : on a perdu Yannick Noah. Il avait promis de quitter la France si Sarkozy était élu. Aux dernières nouvelles, il n'a pas bougé. On ne l'a pas vu aux frontières, la cantine de disques de platine sur le dos. Est-il entré en résistance ? A-t-il basculé dans la clandestinité ? Arme-t-il de nouveaux revers liftés contre la "droite ultra-libérale" ? Faites-nous signe si vous l'apercevez.

Du bon usage de la trahison

C’est entendu : l’intérêt d’un député sortant est d’être réélu, et il faut comprendre l’attitude des parlementaires UDF qui refusent d’aller au casse-pipe derrière Bayrou, eux qui, en 2002, n’avaient dû leur élection qu’aux voix de l’UMP… Mais entendre aujourd’hui ceux qui applaudissaient des deux mains à sa stratégie jusqu’auboutiste (quand ils ne l’encourageaient pas), traiter ce même Bayrou plus bas que terre a quelque chose d’indécent. Bayrou n’est pas plus insensé aujourd’hui, quand il prétend maintenir sa ligne, qu’hier, quand il estimait pouvoir se qualifier pour le second tour. Ce qui a changé, c’est le calendrier qui, en politique, se révèle souvent plus important que les idées: avant le 22 avril, la plupart des députés UDF estimaient, au vu des sondages, qu’il avait une chance sérieuse d’entrer à l’Elysée, et eux, par suite, d’être réélus dans son sillage; depuis le 23, ils ont compris que rester derrière lui risquait de les envoyer au tapis. Voici comment, en quelques heures, le sauveur suprême du centre est devenu son naufrageur. Il n’est en réalité, ni l’un ni l’autre. Seulement un politique qui, à tort ou à raison croit à son destin. Ce qui est tout sauf méprisable. A cette aune, ceux qui, comme Gilles de Robien ont pris tous les risques, depuis 2002, pour s’opposer à la stratégie de Bayrou, peuvent se regarder dans une glace. On ne saurait en dire autant de ceux qui le traitent soudain en paria après l’avoir porté aux nues. En politique comme en physique, rien ne se perd… Tout se transforme !

Le 6 mai vu de gauche

Marie-Noëlle Lienemann, députée socialiste au Parlement européen, ancienne secrétaire d’Etat au Logement du gouvernement de Lionel Jospin, siège au bureau national du PS. Son analyse du scrutin du 6 mai ne correspond guère aux déclarations de Ségolène Royal et de son équipe qui aimeraient croire que sa défaite ne serait qu’un succès porteur d’avenir…Marie-Noëlle Lienemann est sévère. Il m’a paru utile de publier ci-dessous les points forts de son analyse. C’est en effet, vu de gauche, ce que nous disions nous-mêmes quand la droite n’avait pas de colonne vertébrale et qu’elle était si surprise d’être battue aux élections. Si l’on comprend bien Marie-Noëlle Lienemann, la gauche aurait bien besoin d’un Sarkozy pour se refaire un avenir… Voici donc son point de vue.

« Une lourde défaite »


« ''Ségolène Royal a essuyé une double défaite : au premier tour, elle n'a pas su mobiliser et capter l’ensemble des électeurs de gauche. Elle a siphonné les voix de nos partenaires et n’a pu convaincre bon nombre d’hommes et de femmes de gauche qui attendaient de vrais changements, des propositions précises sur le terrain économique et social et une crédibilité politique pour porter un nouveau développement de notre République et le rayonnement de la France en ce début de XXIe siècle. Ségolène Royal n’a pas répondu à leurs espérances. (En 1995 le total Gauche et Verts faisait 40,5%, en 2002 42,9% ; notre score total est donc tombé de 6 points alors que la droite était au pouvoir, que nous avons gagné les régionales, cantonales et européennes, que le « NON » porté par l’électorat de gauche fut majoritaire, que les mouvements sociaux étaient forts et le rejet de Sarkozy initialement puissant). (….) La danse du ventre en direction du « centre » entre les deux tours n’a fait qu’accélérer la catastrophe. Cette ligne démobilise notre électorat sans convaincre les vrais centristes qui sont la plupart du temps de droite et qui de toutes façons vont toujours du coté du vent et du plus fort. La formule de François Mitterrand est toujours d’actualité : rassembler les nôtres au premier tour pour entraîner les autres au second !(…) Mais plutôt que d’affirmer un projet avec une forte colonne vertébrale, de gauche, de résistance au libéralisme, que de proposer des améliorations tangibles immédiates pour nos concitoyens et le monde du travail, Ségolène Royal nous a emmené dans un discours sur la méthode, sur la forme ( et rarement sur le fond) qui s’est avéré très vite inconsistant et, en tout cas, incapable de faire front face à un Nicolas Sarkozy , lui très structuré sur une idéologie de droite mâtinée de pseudo défense des travailleurs en citant Blum et Jaurès. Voilà la racine de l’échec d’aujourd’hui''. »

"On n'a pas été bon"

Légèreté programmatique, manque de cohérence, approximation tactique, rénovation en panne, préparation bâclée, légèreté ambiante, autosatisfaction et suffisance morales, agressivité et complexes non résolus : "On n'a pas été bon". Où l'entend-on ? A gauche. Qui le dit ? Les dirigeants comme les militants, les royalistes autant que les strauss-kahnistes. On n'entend plus que cela depuis dimanche soir?. Mais qui l'avait dit avant le 6 mai ? La droite. Elle avait raison. Elle a gagné.

1981 de droite

Ce n’est pas la droite que Sarkozy a remise au goût du jour. Ni la France. Ni la valeur travail. En tout cas, pas seulement. C’est d’abord le rêve. Celui de son slogan : « Tout est possible ». Comme Mitterrand, en 1981, Sarkozy a promis de « changer la vie ». Et les Français, conscient de la « maladie d’immobilisme » du pays, et lassés des vieilles recttes qui ne marchent plus, avaient envie de recommencer à rêver. C’est cela, plus que tout le reste, qui a permis à Sarkozy – qui a d’ailleurs parlé de « rêve Français » - de l’emporter. La preuve ? Une majorité de Français continue de se dire proche de la gauche, quant à l’homme Sarkozy, pas plus que Mitterrand en 1981, il ne fait l’unanimité. Les Français restent réservés sur de nombreux pans de sa personnalité. Mais le message de « grand changement » qu’il a su porter a tout balayé. Exactement comme Mitterrand il y a vingt-cinq ans. Deux décennies et le talent de persuasion d’un homme auront donc inversé la tendance : désormais, c’est la droite qui fait rêver.

		

Encore un impôt !

Ségolène Royal a renoué avec une recette socialiste éprouvée : pour résoudre un problème, créer un impôt nouveau. Ainsi propose-t-elle, pour financer la revalorisation des petites retraites, la création d’une taxe sur les revenus boursiers. Quelle taxe ? sur quelle assiette ? nul ne le sait, pas même la candidate. Elle fixera son montant « en fonction de la croissance ». La croissance des cours de Bourse ou la croissance économique ? En principe, si la croissance est forte, les rentrées de cotisations sociales doivent s’améliorer et la taxe serait donc plus faible. Mais en cas de croissance faible, les cours de Bourse pourraient baisser et une taxe forte ne ferait qu’accélérer le mouvement. Surtout, sur quoi portera la taxe ? Si c’est sur les revenus, ils sont déjà taxés (impôt sur le revenu et prélèvements sociaux). Ségolène Royal veut par ailleurs davantage taxer les revenus des sociétés distribués ; Il y aurait donc double augmentation. Les plus-values elles aussi sont taxées. Et même si le portefeuille boursier ne bouge pas, sa valeur est taxée à l’ISF pour les patrimoines globaux supérieurs à 760 000 euros. Il est donc inutile de créer un prélèvement nouveau. Il suffit, si tant est que ce soit une solution appropriée, d’augmenter un ou plusieurs de ceux qui existent. Mais il sera difficile après cela de prétendre encourager les Français à placer leur argent dans des entreprises cotées pour leur permettre de se développer et de créer des emplois.

Cruella est de retour !

Que n’avais-je écrit hier mercredi à quelques heures de son duel télévisé avec Sarkozy ! J’avais parlé de « gauche bécassine », de « télévangéliste des stades »….Quand je l’ai vue, hier soir, à l’écran, me regarder avec cet air noir, ces traits fermés, ces yeux revolver, cette bouche méchante, j’ai vite compris qu’elle ne disait plus « je vous aime ». Elle me labourait le visage de toutes ses griffes de femme. Elle ne souriait même plus. « Comment parler d’un sourire de bois que je n’aimerais pas rencontrer au coin d’un bois par une nuit sans lune ? » se demandait Philippe Muray. Là, oui, elle m’a inquiété. Et Julien Dray, son porte-parole, nous a expliqué qu’elle s’était révélée « elle-même ».

La télévangéliste de Charléty

Il stigmatise l’héritage de mai 68, le relativisme moral, le rien ne vaut rien, la liquidation du respect et de l’autorité, le culte du cynisme et de l’argent. Elle choisit Charléty, le stade symbole de mai 68 où se mêlaient à l’époque les drapeaux rouges et noirs, pour son dernier grand meeting de campagne. Elle arrive en blanc, les bras en croix, fend la foule, extatique. Elle dit : « je vous salue », « je vous aime », « aimons-nous les uns les autres »… Elle parle pendant une heure dix en répétant les mêmes mots emportés par un torrent de bons sentiments comme si tout le monde était beau, tout le monde était gentil. Quand la gauche a perdu le marxisme et la lutte des classes, il ne lui reste rien comme colonne vertébrale intellectuelle ; il ne lui reste qu’à verser dans le sentimentalisme. Venez à moi mes enfants. La dame en blanc ou la gauche Bécassine. Mais voilà, le monde ne nous attend pas, il reste aussi cruel que l’Histoire est tragique. Ce n’est pas le moment de regarder passer les trains ni de s’abandonner dans les bras d’une télévangéliste. Nous avons besoin d’une main ferme et solide si ce pays veut avoir une chance de se redresser.

Qui est le plus facho ?

Voir la vitesse à laquelle s’est développée l’hystérie anti Sarkozy laisse songeur, comme la (très) faible profondeur de pensée des tenants du TSS (Tous sauf sarko) avec lesquels il serait vain d’avoir ne serait ce qu’une ébauche de dialogue. Que répondre à des personnes qui, transpirant la haine, n’ont pour seul discours que « avec Sarkozy président, il n’y aura plus de liberté, plus de culture, c’est un facho ! » ? Malheureusement, on risque d’entendre encore cette phrase pendant pas mal de temps. D’abord ce week-end : une manifestation anti Sarkozy est organisée à l’initiative d’un nouveau collectif « Stop Sarkozy » qui, dans les grandes traditions syndicales, appelle à manifester entre Nation et République. Puis le 4 mai : fort de ses 483 008 voix - à ce niveau, certains candidats en profiteraient pour se faire oublier… - José Bové monte à Paris pour manifester contre Nicolas Sarkozy « sous formes d’expressions artistiques libres ». Les McDo de la capitale peuvent craindre le pire… Toutes ces manifestations de haine à l’égard d’un homme que l’on peut aimer ou ne pas aimer, font décidément injure au suffrage universel, fondement de notre démocratie, et surtout aux 11,45 millions d’électeurs qui ont voté pour Nicolas Sarkozy au premier tour. Face à cette hystérie irrationnelle qui s’exprime le plus souvent chez les tenants du TSS par une vacuité des arguments et par une fin de non recevoir, on en vient à se demander si fascisme ne serait justement pas le fait de ceux qui le dénoncent.

La plus compétente !

L’anecdote est racontée par le « Canard enchaîné », et elle est recoupée auprès de plusieurs sources. La scène se passe dimanche soir, rue de Solferino, au siège du parti socialiste, assiégé par les sympathisants. Le bureau national est réuni, entre dirigeants et « éléphants », pour examiner gravement les chiffres. Ségolène Royal est encore sur la route de Melle à Paris. Elle appelle Jean-Louis Bianco. Elle raccroche. « Qu’est-ce qu’elle dit ? Qu’est ce qu’elle dit » demande Hollande. « Elle demande à tous ceux qui vont aller sur les plateaux de télévision, dit Bianco, de rappeler qu’elle est compétente, qu’elle a été plusieurs fois ministre et qu’elle connaît d’autres chefs d’Etat que Zapatero ». Voilà la personne « compétente » qui va affronter Sarkozy le 6 mai ; et c’est à elle que l’on remettrait la décision nucléaire, le droit de veto au conseil de sécurité des Nations unies, la présidence du conseil de la magistrature ? Sa négociation avec Bayrou se situe d’ailleurs à la même altitude. Beaucoup de Français s’en étaient déjà rendus compte, les autres ne vont pas tarder.

Le casse du siècle

Ainsi donc, Nicolas Sarkozy a magistralement réussi son hold-up sur l’électorat lepéniste, bien aidé il est vrai par la stratégie concoctée par Marine Le Pen, consistant à transformer son père en un vieillard bonasse et patelin – or, avait reconnu Jean-Marie Le Pen lui-même dans un moment de doute, « un Le Pen gentil, ça n’intéresse personne ». Stratégie qui, empêchant Le Pen d’attaquer Sarkozy frontalement (il ne l’a fait qu’en fin de course, pressentant sans doute l’hémorragie), l’a empêché de fixer son électorat. Le hold-up n’est pas fini : dans son discours de Dijon hier soir, Sarkozy s’est payé le luxe de reprendre à son compte la vieille formule lepéniste : « Je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas. » C’est que le candidat de l’UMP sait bien qu’en politique, un butin n’est jamais acquis. Et n’oublie pas que les reports de voix du noyau dur lepéniste, celui qui n’a pas cédé à ses sirènes au premier tour, devront être chèrement gagnés. Mais il faudra qu’il n’oublie pas non plus, une foi élu, que s’il suit les désastreux précédents de Giscard et Chirac, qui ont toujours préféré flatter leurs adversaires à complaire à leurs électeurs, ceux-ci auront bientôt fait de retourner en masse vers Le Pen ou ses successeurs. Un hold-up électoral réussi, ça force toujours l’admiration. A Nicolas Sarkozy de faire en sorte qu’il n’apparaisse pas, un jour, comme une escroquerie.

PS : Et maintenant, une page d’autopublicité. J’étais la semaine dernière sur KTO l’invité de l’émission Eglises du monde. Pendant encore quelques jours, ceux que ça pourrait amuser peuvent la voir là. http://www.ktotv.com/video_data.php3?numero=1607

Le Pen : le syndrome Jospin !

Sans doute Le Pen doit-il ressentir un profond sentiment d’injustice. Ce sont ses idées et ses thèmes qui ont été plébiscité (sur l’immigration, la sécurité, la rupture avec le système…) et c’est Sarkozy qui en profite ! Comme me le résumait un sondeur, dimanche après-midi à l’annonce des premiers résultats officieux : « Le Pen a été tondu par Sarko ». Le candidat UMP en avait fait son objectif. Il est atteint. Mais le président du FN n’en porte-t-il pas lui-même une part de responsabilité ? N’a-t-il pas commis la même erreur que Jospin (celui-là même qu’il avait éliminé) en 2002 ? Obnubilé par le second tour (qu’il considère n’avoir pu véritablement disputer en 2002), Le Pen a « oublié » de mener une vraie campagne au premier. A Sarkozy, les « provocs » et les campagnes de « haine » de la gauche et de l’extrême gauche - bref, le hors système ; à Le Pen la posture du vieux Sage, d’abord attaché à se « dédiaboliser » en prévision du second tour. Au risque de se faire chiper ses fondamentaux. Comme le « rassembleur » Jospin annonçant que son programme n’était pas socialiste (et qui avait vu ses électeurs se disperser). En 2002, Le Pen ne s’était pas préparé au second tour. Cinq ans après il s’y est trop préparé.

Un effet Marianne ?

A deux jours du premier tour, il est de plus en plus difficile d’y voir clair, avec des sondages qui donnent des tendances toujours aussi contradictoires, et une proportion d’indécis qui reste élevée. Incertitude qui se reflète jusque dans un concours de pronostics au sein de la rédaction de votre hebdomadaire préféré, où l’on s’aperçoit que nos journalistes envisagent des issues souvent très différentes les unes des autres. Aussi est-on tenté de chercher d’autres indicateurs que les sondages ; et chacun d’y aller de son anecdote, de sa conversation de bistrot ou de marché, de sa remontée d’"information de terrain". Et certains de voir un signe dans le succès exceptionnel du numéro de Marianne consacré au « Vrai Sarkozy », qui ayant épuisé ses deux premiers tirages, soit 360 000 exemplaires, a dû effectuer une mise en place supplémentaire de 80 000 numéros ! Ce qui devrait assurer plus d’un million de lecteurs à ce portrait à charge où l’amoncellement, sur une douzaine de pages, de "petits faits vrais", comme disait Stendhal, sur les aspects "effrayants" de la personnalité du candidat de l’UMP, produit un effet d’accumulation d’une redoutable efficacité. Si on y ajoute le succès, moindre mais réel, du numéro de Libé de mercredi, titré « l’Inquiétant M. Sarkozy », on se demande si ses adversaires n’auraient pas enfin trouvé, in extremis, un angle d’attaque qui fait mouche. Et promet, en cas d’affrontement Sarkozy-Royal, un entre-deux tours électrique.

Courage, fuyons

Ségolène Royal ne répond pas aux questions de « Valeurs actuelles » (« Quelle France aimez-vous ? ») ni à celles du « Figaro » ni même de « Télérama » ou d’Europe 1. Elle les évite parce qu’elle sait n’avoir que de mauvaises réponses à de bonnes questions. De deux choses l’une désormais : ou bien elle se qualifie dimanche pour le second tour et il faudra bien qu’elle affronte le face à face télévisé avec son adversaire de droite : elle ne pourra pas échapper à ses interpellations sauf à perdre la face devant le public qui sera sans pitié. Ou bien elle ne se qualifie pas et on ne lui posera plus aucune question ; elle pourra toujours regretter de n’avoir pas procédé, partout, aux efforts d’explication nécessaires. La vérité est que chez elle la fuite devant les questions précises et dérangeantes est un défaut d’origine. Elle se prend pour Mitterrand qui réservait ses entretiens à qui il avait envie. Mais une fois élu ! Pour se faire élire au contraire, il prenait un soin minutieux à répondre à chacun ; il ne négligeait personne. Et en particulier pas « Valeurs actuelles ».

Identité à géométrie variable

La gauche et le centre ont poussé des cris d’orfraie quand Nicolas Sarkozy a remis au centre de la campagne le thème de l’identité nationale, dont l’évocation a choqué comme une obscénité lancée par un bambin à la table d’une famille bourgeoise. La suite a pourtant montré qu’il n’y avait pas de quoi fouetter une orfraie et que le gros mot est surtout un mot fourre-tout, un mot-auberge espagnole où chacun apporte ce que lui inspire son caprice, un corbillon où chacun peut mettre ce que lui dicte la rime avec les oracles des sondages. Aussi quand on a dit "identité nationale", n’a-t-on rien dit tant qu’on n’a précisé ce qu’on entend par là. C’est donc avec intérêt qu’on a regardé le clip de campagne où Nicolas Sarkozy énumère les valeurs françaises que les immigrés, selon lui, devraient être appelés à respecter : parmi celles-ci, celui qui lundi 16, chez PPDA, citait Jean-Paul II parmi les personnes qui l’ont le plus inspiré, mentionne en bonne place le « droit à l’avortement ». « Cela fait partie, précise-t-il, de notre identité. » Oui, la gauche avait bien tort de s’indigner : cette identité-là n’a rien pour l’inquiéter.

     |